« (...)
Pendant vingt
ans, les Allemands de
Tchécoslovaquie et le peuple
allemand du Reich ont dû subir les
persécutions des Tchèques. Ils ont
été forcés de contempler cela en
spectateurs, non pas que le peuple
allemand ait jamais accepté cette
situation, mais ils étaient sans
armes, il ne pouvait les aider
contre ceux qui les martyrisaient.
Et le monde des démocraties
s'indigne ! Nous avons appris, en
ces années, à mépriser les
démocrates mondiaux. Dans toute
époque, nous n'avons rencontré qu'un
seul État comme grande puissance
européenne, et, à la tête de cet
État, un seul homme qui ait de la
compréhension pour la détresse de
notre peuple : c'est mon grand ami
Benito Mussolini ! M. Bénès est à
Prague, persuadé qu'il ne peut rien
lui arriver parce qu'il a derrière
lui la France et l'Angleterre. Mes
compatriotes, je crois que le moment
est venue de parler clair et net. On
ne peut refuser le titre de
pacifique à quelqu'un qui a enduré
pendant vingt ans une pareille
honte. M. Bénès a un peuple de sept
millions d'individus derrière lui,
et ici il y a un peuple de
soixante-quinze millions d'hommes
(...) J'ai
assuré qu'une fois ce problème
résolu il n'y aura plus de problèmes
territoriaux en Europe (...)
Nous ne
voulons pas de Tchèques, mais je
déclare au peuple allemand : en ce
qui concerne la question sudète, ma
patience est à bout. M. Bénès a
maintenant en main la paix ou la
guerre. Ou bien il acceptera cette
offre et donnera enfin la liberté
aux Allemands, ou bien nous irons
conquérir cette liberté ! Que le
monde le sache bien (...). »
Discours d'Hitler du 26 septembre 1938
au Sportspalast de Berlin
Ces annexions mettent en lumière
les méthodes diplomatiques du IIIe
Reich. Faisant alterner les protestations pacifiques et les
menaces, violant sans le moindre scrupule les accords qu’il
venait de signer,
Hitler
s’efforce par tous les moyens de neutraliser
ses adversaires en les isolant. Ces conquêtes
territoriales réalisées sans guerre accrurent, en 1938, le prestige
de Hitler et permirent à la propagande de
Goebbels
de développer le «culte du Führer»
en même temps qu’il exaltait le nationalisme et le chauvinisme,
et que, dans tous les domaines, était accélérée la préparation
à la guerre.
Une fois la Tchécoslovaquie dépecée,
Hitler se tourna vers la Pologne.
La France et l’Angleterre
entrèrent en pourparlers avec l’Union soviétique, la
participation de celle-ci étant indispensable au maintien de la
paix en Europe orientale. Mais la France et surtout l’Angleterre
se refusaient à négocier avec l’Union soviétique des
conventions militaires sans lesquelles tout accord politique
demeurait inefficace. C’est alors que
Hitler
pressa
Staline
de recevoir von Ribbentrop. En
quelques heures fut signé entre l’Allemagne et l’Union soviétique
un pacte de non-agression en
contradiction flagrante avec l’antibolchevisme virulent
jusqu’alors affiché par le national-socialisme. L’Union soviétique
avait voulu écarter la menace d’un front commun des puissances
occidentales contre elle, menace qui avait semblé prendre corps
au lendemain de Munich.
Le 1er
septembre, les forces armées allemandes envahirent la
Pologne sans déclaration de guerre.
Le 3, la France et l’Angleterre
déclaraient la guerre à l’Allemagne.
La guerre et d’abord sa préparation
entraînèrent dans le Reich un certain nombre de changements de
structure. Sur le plan économique, on procéda à une concentration
et à une rationalisation beaucoup
plus poussées. Chaque secteur de production fut strictement
organisé. On créa, à la fin de 1941 et au début de 1942, cinq Unions
industrielles (Reichsvereinigungen ) à la tête
desquelles furent placés des représentants des grandes firmes (Flick,
Mannesmann, Krupp).
Ces Reichsvereinigungen , dominés par quelques grands
monopoles, avaient pouvoir, par exemple, de faire fermer les
petites entreprises déclarées peu rentables ou ne travaillant
pas directement pour la guerre. Ces Unions étaient dotées de
grands pouvoirs et fonctionnaient parallèlement à un Conseil de
l’armement (Rüstungsrat ) dans lequel étaient également
représentés les grands industriels.
À ce stade on peut considérer
que les cadres supérieurs du Parti national-socialiste ont, dans
ces domaines, largement fusionné avec l’appareil de direction
capitaliste traditionnel. Cela est attesté par la création des
usines
Hermann
Göring. Des hommes comme Fritz
Todt ou Albert Speer,
chargés d’organiser sur le plan économique une certaine
planification en vue de la «guerre totale»,
accentuent cette évolution qui débouche sur un système que les
historiens marxistes dénomment «capitalisme
monopoliste d’État».
En même temps, le pillage des
territoires occupés par la Wehrmacht se faisait plus systématique,
les grands consortiums allemands s’assurant, à la faveur de la
guerre, la direction des principales firmes dans ces territoires.
Pour la France, le total des spoliations
a été évalué à 659 milliards de francs 1938. Au
procès
de Nuremberg, on a estimé que, de juin 1941 à
mars 1944, 9 200 000 tonnes de blé, 622 000 tonnes
de viande avaient été expédiées des territoires soviétiques
occupés vers le Reich.
S’il hésita à lever des
troupes auxiliaires dans les pays occupés, le Reich transféra de
ces pays en Allemagne de grandes quantités de
main-d’œuvre (Service du travail obligatoire). À ces 7
millions de travailleurs forcés,
il faut ajouter 4 millions de prisonniers
de guerre et une partie des déportés:
on aboutit, vers la fin de la guerre, à un total de 20 millions
d’étrangers contraints de participer directement, en
Allemagne même, à l’effort de guerre du Reich.
Ce
pillage et ces déportations, les souffrances de la guerre
accroissaient les résistances. Pour les briser,
Himmler
fut doté de pouvoirs plus étendus encore. En 1943, il remplaça Frick
au poste de ministre de l’Intérieur et ne cessa d’augmenter
les effectifs de la police, des
S.S.
et des Waffen-S.S. placés sous ses ordres. Après le 20 juillet
1944, il assuma en outre les fonctions de commandant en chef de
l’armée de l’intérieur.