LE TROISIÈME REICH

On entend par IIIe Reich la période de l’histoire de l’Allemagne qui s’étend du 30 janvier 1933 au 8 mai 1945.  L’expression elle-même, adoptée et imposée par les nationaux-socialistes, reprend le titre d’un ouvrage d’Arthur Moeller van den Bruck: Das Dritte Reich, paru en 1923. Pour cet auteur, le Ier Reich était le Saint Empire romain germanique, le IIe Reich, celui de Bismarck et de Guillaume II (1871-1918), le troisième devant se substituer à la république de Weimar dont il espérait la fin prochaine.  Pour les historiens, le IIIe Reich est synonyme de régime hitlérien, ou régime national-socialiste.

 

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La guerre est en marche
 
 

Encouragé par ce succès, Hitler ne tarda pas à s’en prendre à la Tchécoslovaquie. Le 30 mai 1938, une instruction secrète à la Wehrmacht prévoyait «le démembrement de ce pays dans un proche avenir par une action militaire». Le prétexte fut fourni par l’agitation de la minorité sudète. L’Angleterre ayant conseillé à Prague de faire droit aux revendications des Sudètes, tout dépendait de l’attitude de la France, liée à la Tchécoslovaquie par un traité signé en 1935. Au cours de deux rencontres du Premier ministre britannique, Neville Chamberlain, avec Hitler, en septembre, celui-ci constata que les milieux dirigeants anglais acceptaient ses revendications initiales: il les accrut aussitôt et, quelques jours plus tard, à Munich, les représentants de l’Italie, de la France et de l’Angleterre rencontraient le chef du IIIe Reich et faisaient droit à ses nouvelles demandes, sans que la principale intéressée, la Tchécoslovaquie, eût même été consultée. Dans les jours qui suivirent, la région des Sudètes était incorporée au Reich (voir : Les accords de Munich).

Bien que Hitler eût déclaré solennellement en septembre 1938 «qu’il ne voulait pas de Tchèques», le IIIe Reich, le 16 mars 1939, annexe le territoire tchèque après avoir incité la Slovaquie à se proclamer indépendante. La Tchécoslovaquie était rayée de la carte.

 

« (...) Pendant vingt ans, les Allemands de Tchécoslovaquie et le peuple allemand du Reich ont dû subir les persécutions des Tchèques. Ils ont été forcés de contempler cela en spectateurs, non pas que le peuple allemand ait jamais accepté cette situation, mais ils étaient sans armes, il ne pouvait les aider contre ceux qui les martyrisaient. Et le monde des démocraties s'indigne ! Nous avons appris, en ces années, à mépriser les démocrates mondiaux. Dans toute époque, nous n'avons rencontré qu'un seul État comme grande puissance européenne, et, à la tête de cet État, un seul homme qui ait de la compréhension pour la détresse de notre peuple : c'est mon grand ami Benito Mussolini ! M. Bénès est à Prague, persuadé qu'il ne peut rien lui arriver parce qu'il a derrière lui la France et l'Angleterre. Mes compatriotes, je crois que le moment est venue de parler clair et net. On ne peut refuser le titre de pacifique à quelqu'un qui a enduré pendant vingt ans une pareille honte. M. Bénès a un peuple de sept millions d'individus derrière lui, et ici il y a un peuple de soixante-quinze millions d'hommes (...) J'ai assuré qu'une fois ce problème résolu il n'y aura plus de problèmes territoriaux en Europe (...) Nous ne voulons pas de Tchèques, mais je déclare au peuple allemand : en ce qui concerne la question sudète, ma patience est à bout. M. Bénès a maintenant en main la paix ou la guerre. Ou bien il acceptera cette offre et donnera enfin la liberté aux Allemands, ou bien nous irons conquérir cette liberté ! Que le monde le sache bien (...). »

Discours d'Hitler du 26 septembre 1938 au Sportspalast de Berlin

 

Ces annexions mettent en lumière les méthodes diplomatiques du IIIe Reich. Faisant alterner les protestations pacifiques et les menaces, violant sans le moindre scrupule les accords qu’il venait de signer, Hitler s’efforce par tous les moyens de neutraliser ses adversaires en les isolant. Ces conquêtes territoriales réalisées sans guerre accrurent, en 1938, le prestige de Hitler et permirent à la propagande de Goebbels de développer le «culte du Führer» en même temps qu’il exaltait le nationalisme et le chauvinisme, et que, dans tous les domaines, était accélérée la préparation à la guerre.

Une fois la Tchécoslovaquie dépecée, Hitler se tourna vers la Pologne.

La France et l’Angleterre entrèrent en pourparlers avec l’Union soviétique, la participation de celle-ci étant indispensable au maintien de la paix en Europe orientale. Mais la France et surtout l’Angleterre se refusaient à négocier avec l’Union soviétique des conventions militaires sans lesquelles tout accord politique demeurait inefficace. C’est alors que Hitler pressa Staline de recevoir von Ribbentrop. En quelques heures fut signé entre l’Allemagne et l’Union soviétique un pacte de non-agression en contradiction flagrante avec l’antibolchevisme virulent jusqu’alors affiché par le national-socialisme. L’Union soviétique avait voulu écarter la menace d’un front commun des puissances occidentales contre elle, menace qui avait semblé prendre corps au lendemain de Munich.

Le 1er septembre, les forces armées allemandes envahirent la Pologne sans déclaration de guerre. Le 3, la France et l’Angleterre déclaraient la guerre à l’Allemagne.

La guerre et d’abord sa préparation entraînèrent dans le Reich un certain nombre de changements de structure. Sur le plan économique, on procéda à une concentration et à une rationalisation beaucoup plus poussées. Chaque secteur de production fut strictement organisé. On créa, à la fin de 1941 et au début de 1942, cinq Unions industrielles (Reichsvereinigungen ) à la tête desquelles furent placés des représentants des grandes firmes (Flick, Mannesmann, Krupp). Ces Reichsvereinigungen , dominés par quelques grands monopoles, avaient pouvoir, par exemple, de faire fermer les petites entreprises déclarées peu rentables ou ne travaillant pas directement pour la guerre. Ces Unions étaient dotées de grands pouvoirs et fonctionnaient parallèlement à un Conseil de l’armement (Rüstungsrat ) dans lequel étaient également représentés les grands industriels.

À ce stade on peut considérer que les cadres supérieurs du Parti national-socialiste ont, dans ces domaines, largement fusionné avec l’appareil de direction capitaliste traditionnel. Cela est attesté par la création des usines Hermann Göring. Des hommes comme Fritz Todt ou Albert Speer, chargés d’organiser sur le plan économique une certaine planification en vue de la «guerre totale», accentuent cette évolution qui débouche sur un système que les historiens marxistes dénomment «capitalisme monopoliste d’État».

En même temps, le pillage des territoires occupés par la Wehrmacht se faisait plus systématique, les grands consortiums allemands s’assurant, à la faveur de la guerre, la direction des principales firmes dans ces territoires. Pour la France, le total des spoliations a été évalué à 659 milliards de francs 1938. Au procès de Nuremberg, on a estimé que, de juin 1941 à mars 1944, 9 200 000 tonnes de blé, 622 000 tonnes de viande avaient été expédiées des territoires soviétiques occupés vers le Reich.

S’il hésita à lever des troupes auxiliaires dans les pays occupés, le Reich transféra de ces pays en Allemagne de grandes quantités de main-d’œuvre (Service du travail obligatoire). À ces 7 millions de travailleurs forcés, il faut ajouter 4 millions de prisonniers de guerre et une partie des déportés: on aboutit, vers la fin de la guerre, à un total de 20 millions d’étrangers contraints de participer directement, en Allemagne même, à l’effort de guerre du Reich.

Ce pillage et ces déportations, les souffrances de la guerre accroissaient les résistances. Pour les briser, Himmler fut doté de pouvoirs plus étendus encore. En 1943, il remplaça Frick au poste de ministre de l’Intérieur et ne cessa d’augmenter les effectifs de la police, des S.S. et des Waffen-S.S. placés sous ses ordres. Après le 20 juillet 1944, il assuma en outre les fonctions de commandant en chef de l’armée de l’intérieur.

 
 
 

Bibliographie

Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

 
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