LE TROISIÈME REICH

On entend par IIIe Reich la période de l’histoire de l’Allemagne qui s’étend du 30 janvier 1933 au 8 mai 1945.  L’expression elle-même, adoptée et imposée par les nationaux-socialistes, reprend le titre d’un ouvrage d’Arthur Moeller van den Bruck: Das Dritte Reich, paru en 1923. Pour cet auteur, le Ier Reich était le Saint Empire romain germanique, le IIe Reich, celui de Bismarck et de Guillaume II (1871-1918), le troisième devant se substituer à la république de Weimar dont il espérait la fin prochaine.  Pour les historiens, le IIIe Reich est synonyme de régime hitlérien, ou régime national-socialiste.

 

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Mise en place et consolidation du nouveau régime (1933-1936)
 
 

Hitler semble donc avoir pris le pouvoir légalement. Le gouvernement qu’il forme aussitôt n’est nullement composé exclusivement de nationaux-socialistes. Au contraire. Y dominent les représentants de la droite classique. Von Papen est vice-chancelier, Alfred Hugenberg dirige l’Économie et l’Agriculture, Konstantin von Neurath est ministre des Affaires étrangères, le général Werner von Blomberg, ministre des Armées... Le N.S.D.A.P. n’a que trois représentants: outre Hitler, Wilhelm Frick, ministre de l’Intérieur, et Hermann Göring, ministre sans portefeuille et commissaire du Reich pour l’Aéronautique. 

En mars, Joseph Goebbels entre au gouvernement en qualité de ministre de la Propagande. Divisée sur les méthodes, l’équipe gouvernementale avait en commun l’hostilité à la République et au système parlementaire, la volonté d’éliminer les partis de gauche et les syndicats ouvriers afin de trouver plus facilement à la crise économique une solution qui ne mît pas en question le régime capitaliste mais assurât sa prédominance, le désir de refaire de l’Allemagne une grande puissance militaire susceptible d’imposer ses vues à ses partenaires.

Le gouvernement à peine constitué, le Reichstag fut dissous, et les élections fixées au 5 mars 1933, tandis que les sections d’assaut hitlériennes, avec l’appui des autorités, s’efforçaient de réduire au silence par la terreur les adversaires politiques.

À huit jours des élections, le palais du Reichstag fut incendié par des groupes nazis. Il est établi aujourd’hui que l’opération fut montée par la S.S. berlinoise sous la direction de Kurt Daluege qui fit appel à l’aide d’un commando des S.A., tenus en partie hors du secret. Prenant prétexte de l’événement, Hitler fit promulguer un décret qui suspendait en fait les garanties constitutionnelles. Dans la nuit, une gigantesque rafle permit d’arrêter des dizaines de milliers de communistes et d’antifascistes. Quelques jours plus tard, le leader communiste Ernst Thälmann était à son tour jeté en prison. Les premiers camps de concentration accueillaient les militants antinazis.

Malgré tout, les élections du 5 mars n’apportèrent pas à la coalition gouvernementale la victoire escomptée. Même la confiscation des 81 sièges communistes ne donnait pas au gouvernement la majorité des deux tiers dont il avait besoin pour modifier la Constitution. Après quelques jours de négociations, le Zentrum catholique accepta de voter les pleins pouvoirs (ou Ermächtigungsgesetz ) qui, le 23 mars, mettaient fin au régime de Weimar.

Dès ce moment-là, les communistes allemands étaient réduits à l’illégalité. Syndicats et parti socialiste furent à leur tour interdits en mai et juin. En juillet, les autres partis acceptèrent de se dissoudre. Le 14 juillet, une loi faisait du Parti national-socialiste le parti unique du Reich.

Toutes ces mesures avaient pu être prises parce qu’elles avaient l’appui de la grande bourgeoisie (donc de la grande presse) et de l’armée. G. Krupp von Bohlen, président en exercice du Reichsverband der deutschen Industrie , écrit, en février 1933, à Hitler: «L’évolution politique coïncide avec les vœux que moi-même et le bureau [du plus puissant groupement industriel] avons formés depuis longtemps.»

Hitler, cependant, se présentait comme l’homme du retour aux traditions prussiennes, conservatrices, ce que symbolisait la cérémonie du 21 mars où l’on voit, dans la Garnisonskirche de Potsdam, Hitler s’incliner devant le président Hindenburg en grand uniforme de feld-maréchal, accompagné des représentants des autorités religieuses et militaires. Le 16 mars, le Völkischer Beobachter  avait intitulé son éditorial: «Le christianisme: principe fondamental du gouvernement d’Adolf Hitler». Quelques mois plus tard, le 6 juillet, Hitler annonçait dans un discours que «la révolution allemande était achevée».

La première année du IIIe Reich est celle de la Gleichschaltung , ou «mise au pas». La composition des gouvernements des États qui constituent le Reich est alignée sur celle du gouvernement central. Une seconde étape, en janvier 1934, transfère au Reich la quasi-totalité des compétences des États. Le Reich devient un État centralisé, sans que l’unification administrative soit cependant pleinement réalisée. Bien des anomalies subsistent: c’est ainsi que la Prusse conserve son ministère des Finances et son ministre-président (Göring). Parallèlement s’accomplit une certaine osmose entre l’appareil d’État et l’appareil du parti. Mais ici encore la fusion n’est pas totale, ni l’harmonisation accomplie. 

Le parti, par un réseau hiérarchisé (allant du Gauleiter  au Blockleiter ), essaie de contrôler et d’orienter toute la vie politique et idéologique du pays. Tandis que les grands problèmes politiques et surtout économiques échappent de plus en plus à la compétence des membres du parti et des cadres moyens, ceux-ci ont pour fonction d’éduquer le pays tout entier dans le sens national-socialiste et de mettre les masses au service de l’État fasciste.

Les travailleurs sont regroupés dans le Front allemand du travail (Deutsche Arbeitsfront, D.A.F.) dont le chef était le docteur Robert Ley, qui cumulait ses fonctions avec celles d’«organisateur» du N.S.D.A.P. (Reichsorganisationsleiter ). L’emploi de termes militaires (Ley appelle les ouvriers «soldats du travail») correspond effectivement dès les premières années du régime à une militarisation. La propagande insistante, l’embrigadement de tout le peuple allemand s’accompagnent toujours d’une surveillance policière de plus en plus poussée et de l’emploi de la terreur. Celle-ci n’a pas pour seul but d’intimider et d’éliminer les adversaires politiques; elle habitue le peuple allemand à la violence, constituant ainsi une sorte de préparation psychologique à la guerre.

Dès les premiers mois du IIIe Reich, il apparut à l’évidence que le système économique existant, loin d’être bouleversé, se trouvait consolidé. Or un nombre non négligeable de cadres moyens et subalternes du N.S.D.A.P., qui avaient ajouté foi aux promesses démagogiques, au vocabulaire socialisant de Hitler ou de Goebbels, vocabulaire désormais abandonné, avaient rêvé d’une révolution qui s’attaquerait au régime capitaliste lui-même. Par ailleurs, le chef des S.A., Ernst Röhm, souhaitait que la formation qu’il dirigeait, et dont l’emploi était mal défini, prît en main le réarmement et la constitution d’une armée populaire nationale-socialiste.

Ces idées qui se propageaient dans les milieux nationaux-socialistes en 1933 et 1934 inquiétaient les milieux capitalistes et les dirigeants de la Reichswehr. Après avoir hésité pendant des semaines, Hitler se résolut à trancher. Ce fut le massacre de la Nuit des longs couteaux dont Visconti a donné dans son film Les Damnés  une image saisissante. 

Accordant satisfaction aux chefs de l’armée et aux dirigeants de l’économie, Hitler fit abattre Röhm et de nombreux opposants au sein du parti. En même temps il assouvissait des vengeances anciennes (en se débarrassant de toute une série d’adversaires: exécution de Kurt von Schleicher, de Gustav von Kahr) et intimidait von Papen (dont plusieurs collaborateurs furent assassinés). Quelques semaines plus tard (2 août 1934) mourait Hindenburg

Hitler ajouta alors à ses fonctions de chancelier celles de président du Reich. Il devenait du même coup chef de la Reichswehr qui, désormais, prêtera serment non «au peuple et à la patrie», mais, personnellement, au Führer Adolf Hitler. Ces mesures sont sanctionnées par un plébiscite, désormais substitué à toute autre consultation populaire et remarquablement «préparé», le 19 août 1934. Les changements sont approuvés à une très forte majorité (38,4 millions de «oui» sur 45,5 millions d’électeurs inscrits). Le 30 juin 1934 marque en outre le déclin des S.A. et l’ascension d’une autre formation hitlérienne, les Schutz-Staffeln , ou S.S., jusqu’alors subordonnée aux S.A. et désormais indépendante, placée sous la direction de Heinrich Himmler.

Enfin, la consolidation du régime s’accompagne à la fois du développement de l’appareil policier (importance accrue de la Geheime Staatspolizei , ou Gestapo) et d’une mise en tutelle de la vie culturelle et du système d’éducation. Ces mesures, ainsi que les persécutions dirigées contre les antifascistes, ont contraint, dès les premiers mois du nouveau régime, de très nombreux savants et intellectuels (Einstein, Thomas et Heinrich Mann, Bertolt Brecht) à prendre le chemin de l’exil. Une littérature médiocre d’où est banni tout humanisme, un art néo-classique qui se veut grandiose et qui est le plus souvent d’un lourd académisme, telles sont les productions artistiques du IIIe Reich.

 
 
 

Bibliographie

Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

 
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