Créés en 1933
pour accueillir les opposants au régime,
les camps de concentration, qui s’étaient sensiblement vidés
en 1939, à la mobilisation, virent leur importance s’accroître
avec la guerre. On y rassembla, outre les Allemands, les antifascistes
et les Juifs des territoires occupés:
en même temps, les camps changèrent de fonction. Baptisés
d’abord camps de rééducation, ils
devinrent des camps de travail, chargés
de fournir une main-d’œuvre à bon marché à un certain nombre
d’entreprises industrielles, et des camps d’extermination.
Les camps de concentration se
muent, à partir de 1942 surtout, en
énormes métropoles de la mort. Placés sous l’autorité
d’officiers
S.S.
qui logent dans des villas situées hors du camp, ils sont
construits sur un modèle identique à partir de 1936 et organisés
selon un système hiérarchisé; les S.S., peu nombreux, en
assurent la garde et la direction. Mais à l’intérieur ils
placent, à la tête des baraques, des blocs, des chambrées, des
internés, le plus souvent des condamnés de droit commun: les Kapos.
Rasés et vêtus de défroques
rayées, les internés reçoivent à leur arrivée au camp un numéro
et des signes distinctifs suivant leur nationalité et la cause de
leur internement. Livrés à l’arbitraire des kapos, soumis à
des châtiments corporels, sous-alimentés, privés d’hygiène,
entassés dans des baraquements sommaires, astreints à des
besognes épuisantes, pas ou mal soignés, les déportés meurent
par milliers. Ceux qui survivent le doivent souvent aux organisations
de solidarité, créées la plupart du temps à
l’initiative des communistes, qui forment le gros des déportés
politiques et qui, comme à Buchenwald, libéreront le camp peu
avant l’arrivée des troupes alliées.
L’antisémitisme chez les
hitlériens a des fondements idéologiques et est utilisé à des
fins politiques. Le IIIe
Reich n’est pas, en Allemagne, l’inventeur
de l’antisémitisme: il s’est borné à reprendre des
idées largement répandues en les systématisant (voir les pages
sur
l'antisémitisme
au Moyen Age).
Hitler
voyait dans le Juif (personnage imaginaire et abstrait, doté de
toutes les tares physiques, intellectuelles et morales) le
responsable de tous les maux dont souffrent les nations et
d’abord l’Allemagne. Au Juif, on oppose l’Aryen, personnage
mythique lui aussi, porteur de civilisation supérieure, citoyen
idéal du IIIe Reich.
Cette distinction s’exprime,
dès les premiers textes programmatiques du national-socialisme,
dans la notion d’un peuple allemand composé de Volksgenossen ,
c’est-à-dire d’individus «de sang
allemand». Tous ceux qui sont de sang «étranger»
ne sauraient faire partie de la communauté nationale et peuvent
donc à tout moment en être expulsés.
Avant la prise du pouvoir, les
Juifs sont, avec les marxistes, la catégorie politico-sociale sur
laquelle les nationaux-socialistes tentent de polariser
les mécontentements et qu’ils rendent responsables de
toutes les misères. Jusqu’à la guerre une série
de lois écartent les Juifs allemands de toutes les
fonctions publiques et les contraignent à émigrer, parfois
contre le versement d’une véritable rançon. Les persécutions
ont lieu par à-coups en fonction de la conjoncture politique;
ainsi, le meurtre à Paris du conseiller d’ambassade von
Rath est le prétexte et l’occasion d’un véritable
pogrom organisé par
Goebbels
et
Himmler
(Nuit
de cristal, nov. 1938).
Avec l’approche de la guerre,
les Juifs sont astreints au port de l’étoile
jaune et ils n’ont plus le droit de quitter le Reich. La
persécution antisémitique prend une autre dimension avec l’occupation
de la Pologne. Les Juifs polonais sont d’abord regroupés
dans des ghettos. Lors de
l’invasion de l’Union soviétique, des commandos S.S., opérant
sur les arrières de la Wehrmacht, procèdent à l’exécution
d’une grande partie de la population juive (camions spéciaux où
l’on asphyxie les Juifs raflés). Mais il
n’existait pas jusqu’alors de plan global d’extermination.
Les grandes lignes de ce plan
furent arrêtées au cours d’une conférence
qui se tint le 20 janvier 1942
près de Berlin, sous la présidence de
Reinhard
Heydrich, adjoint de
Himmler.
Le procès-verbal précise: «La solution
finale [Endlösung ] du problème juif en Europe sera
appliquée à 11 millions de personnes environ.»
Dès lors, sous la direction
d’Adolf Eichmann, l’Europe
entière va être ratissée, les Juifs raflés méthodiquement, et
envoyés pour la plupart au camp d’Auschwitz
où ils seront exterminés. Selon le directeur du camp, R.
Höss, 3 millions de déportés auraient péri à
Auschwitz jusqu’au 1er
décembre 1943: 500 000 de maladie ou d’épuisement, 2 500 000
exécutés, la plupart asphyxiés à l’aide du gaz Zyklon
B fourni par l’I.G. Farben.
Comme dans tous les camps, les corps des suppliciés étaient
ensuite brûlés dans des fours crématoires (voir le dossier
La
solution finale).
Himmler,
qui avait la responsabilité de ces massacres, poursuivait, parallèlement
à la destruction des races dites inférieures
(Juifs, Tsiganes...) et à l’anéantissement des ennemis
politiques (exécution des commissaires politiques de l’armée
soviétique et de nombreux prisonniers de guerre russes,
extermination plus ou moins rapide des antifascistes déportés),
la sélection des futurs cadres du parti qu’il opérait selon
des critères biologiques, d’ailleurs mal définis («pureté»
du sang), et idéologiques: «Les S.S.
doivent être honnêtes, corrects, fidèles et bons camarades vis-à-vis
de ceux qui sont de notre sang, mais envers personne d’autre.»
Dans des établissements spéciaux (Napolas ),
Himmler se proposait «de fournir en
l’espace de vingt ou trente ans les cadres dirigeants pour l’Europe
entière» et de repousser «en vingt
ans la frontière de la germanité de 500 kilomètres vers
l’est» (discours de Posen, 4 oct. 1943).
On
estime à près de douze millions
au total le nombre des victimes de diverses nationalités qui périrent
dans les bagnes, les camps de concentration et d’extermination
du IIIe
Reich (voir le dossier
La
solution finale).