Le IIIe
Reich n’aurait pu naître et survivre sans le soutien
actif de l’armée. Jusqu’à la guerre, et même
jusqu’à Stalingrad, il y a
eu concordance entre les objectifs de la politique hitlérienne et
les conceptions stratégiques globales des chefs de la Wehrmacht.
Les désaccords, quand ils existaient, portaient simplement sur
les méthodes. Cela explique que l’armée ait accepté sans
protester l’assassinat de von
Schleicher, le limogeage des généraux Beck,
von Blomberg, von
Fritsch.
En 1938,
un petit groupe d’officiers supérieurs hostiles aux méthodes
hitlériennes entra en contact avec des
services anglais, mais n’engagea aucune action de résistance
réelle. Certes, de nombreux plans furent élaborés dans les années
suivantes. Aucun d’eux ne reçut un commencement d’exécution.
On invoque d’ordinaire toute une série de hasards ou de
circonstances défavorables. En fait, tant que la politique hitlérienne
paraissait victorieuse, les chefs militaires refusaient de
participer à une action de résistance contre un régime dont ils
avaient approuvé jusqu’alors les fondements et les conquêtes.
Qui plus est, ces généraux prenaient une part active à ces
conquêtes. Ce sont ces «opposants»
qui élaboraient les plans d’offensive, commandaient les armées,
dirigeaient les services de contre-espionnage des armées hitlériennes
et approuvaient, au moins tacitement, les mesures
d’extermination contre une partie des populations des
territoires occupés quand ils n’y étaient pas directement
impliqués.
La résistance
des milieux militaires se précisa après Stalingrad, à
partir du moment où il devint évident que la guerre
était perdue.
Le complot du 20
juillet 1944 ne s’explique donc pas d’abord par le
désir que les généraux auraient eu de mettre fin au IIIe Reich,
mais par le souci de trouver à la guerre
une issue qui n’eût pas de conséquences catastrophiques pour
l’Allemagne telle que la concevaient les chefs de la
Wehrmacht: les conjurés souhaitaient obtenir des Anglo-Américains
la garantie de conditions de paix «honorables»,
qui laisseraient au nouveau régime le bénéfice d’une partie
au moins des conquêtes hitlériennes. À l’intérieur, les
conjurés imaginaient un système conservateur (étaient prévus,
sous certaines conditions, le maintien du Parti nazi et
l’interdiction du Parti communiste). En fait, il existait vers
la fin de la guerre de nombreux groupes
d’opposants, aux conceptions diverses et parfois
divergentes, qui se recrutaient essentiellement parmi les
officiers généraux, les hauts fonctionnaires, et dont faisaient
partie quelques sociaux-démocrates, mais qui ne s’appuyaient
sur aucune base populaire. Le plus important d’entre eux est
celui qui organisa un attentat contre
Hitler
et avait élaboré une série de plans pour l’Allemagne d’après
le IIIe Reich; il avait
à sa tête Karl Goerdeler,
ex-bourgmestre de Leipzig, et le général Beck.
Le colonel
von Stauffenberg déposa au grand quartier général
de Hitler une bombe de faible puissance, le 20 juillet 1944.
L’attentat échoua: Hitler ne fut que légèrement
blessé. Mais ce qui empêcha la conjuration de réussir,
ce furent en premier lieu les hésitations inouïes des chefs
militaires qui, après l’annonce de l’attentat, se laissèrent
devancer par les contre-mesures rapides des dirigeants hitlériens.
La
répression fut brutale et aboutit à l’exécution de centaines
de personnes, la
Gestapo
ayant réussi à «remonter les filières»
et à capturer la plupart des conjurés.