C'est le 24 février
1848 que Louis-Philippe
abdique, la Chambre des députés allait donner la régence
à la duchesse d'Orléans (le duc d'Orléans était mort
en 1842 laissait un fils, le comte de Paris, il avait
alors 10 ans.). Mais des députés républicains et insurgés
proclamèrent un Gouvernement
provisoire formé de 7 députés républicains
modérés : Lamartine,
Arago,
Ledru-Rollin,
Garnier-Pagès
pour ne citer que les plus connus. Les républicains de
tendance socialiste ne voulaient pas rester en dehors du pouvoir
et imposèrent quatre non-parlementaire au gouvernement (dont
Louis Blanc, Albert…).
Le 25 février le
Gouvernement provisoire instaure la République et
institue le suffrage universel. Une Assemblée Constituante
serait élue, il fut prévu une indemnité parlementaire pour
que les pauvres puissent participer à l'Assemblée.
Le
nombre des électeurs passa de 240'000 à plus de 9 millions.
La liberté de presse et de réunion fut accordée, sous
l'impulsion de Victor Schoelcher
le gouvernement supprima l'esclavage dans les colonies.
Aucun soulèvement n'eut lieu contre le nouveau gouvernement, on
attendait beaucoup de lui dans tout le pays. Mais espoir et
confiance furent de courte durée. La crise économique et
financière qui durait depuis 1847 s'aggrava, la condition des
ouvriers se détériorait rapidement, la Banque de France fut
sur le point de cesser ses paiements. Bref, la France républicaine
s'effondrait devant le désastre économique. La question sociale divisait le camps républicain
: d'un côté les républicains bourgeois de l'autre les
socialistes
voulant une transformation complète de la société. Ce conflit
allait bientôt prendre le caractère d'une lutte des classes. Dans un premier temps le gouvernement dû
céder aux socialistes, les ouvriers étaient armés et
endoctrinés par des orateurs de talents comme
Cabet, Raspail, Blanqui, Barbès. Ils échouèrent toutefois
dans leur tentative du 26 février
pour faire remplacer le drapeau tricolore par le drapeau
rouge.
28 février: Une Commission du
gouvernement pour les travailleurs fut mise en place, elle
instaura la journée de 10h maxi à Paris et 11h en province,
mais deux mois plus tard elle se séparait.
La question de la date des élections était
d'importance, les socialistes essayaient de la retarder pour
pouvoir s'organiser et la remporter, mais les élections furent
fixées au 23 avril, trop tôt pour les socialistes. La
bourgeoisie forma la garde mobile pour renforcer
la garde nationale, le conflit se dessinait. Le 23 avril les
socialistes connurent une écrasante défaite. Ils furent moins
de 100 à l'Assemblée Constituante contre
500 modérés
et 300 monarchistes ralliés à la République. Le
pouvoir fut confié à une Commission exécutive ne comprenant
pas un seul socialiste. Les révolutionnaires tentèrent alors
un coup de force le 15 mai 1848,
c'est en arme qu'ils pénétrèrent dans la salle des séances,
ils déclarèrent l'Assemblée dissoute et constituèrent un
nouveau gouvernement. Ils furent dispersés et leurs chefs
arrêtés. Un mois plus tard se fut la
fermeture des
Ateliers nationaux (21 juin 1848). Indignés les ouvriers
dressèrent des barricades, l'insurrection se développa
rapidement. La réponse de l'Assemblée fut de confier des
pouvoirs dictatoriaux au ministre de la Guerre, le général
Cavaignac.
Alors commencèrent les journées de Juin
(23-26 juin), la plus terrible des batailles de rues que
connut Paris. Mais finalement la victoire resta à l'armée et
à la garde nationale. Les représailles furent terribles :
11'000 arrestations et 4'000 inculpés, tous furent déportés
en Algérie. Les clubs furent fermés, les journaux avancés également.
On ne parla plus désormais de réformes sociales.
Les ouvriers étaient désormais hostiles
à la République, comme les bourgeois qui ne lui pardonnait pas
l'augmentation des impôts. Tous les "possédants"
craignaient les "rouges", les "partageux",
ils s'unirent dans un Parti de l'ordre
et étaient
prêts à se rallier à un gouvernement fort, maintenant l'ordre
social. Le second Empire est sorti de cet état d'esprit.
La
Constitution de 1848.
C'est en novembre que l'Assemblée
promulgua la Constitution, les députés
refusèrent aux socialistes d'y inscrire le droit au travail, le
droit à l'assistance, le droit à l'instruction, ils conservèrent
du moins le suffrage universel. La Constitution était fondée sur le
double principe de la souveraineté du peuple et la séparation
des pouvoirs. Le législatif allait à une Assemblée unique
de 750 membres, l'exécutif était délégué à un président
de la République (élu pour 4 ans). Comme dans la Constitution
de l'An III en cas de conflit entre les deux pouvoirs il n'y
avait d'autres solutions qu'un coup d'état
! Il y eut 4 candidats à la présidence:
le général Cavaignac (Modéré),
Ledru-Rollin
(Montagnards), Raspail (socialistes),
Louis-Napoléon
Bonaparte dont seul le nom comptait. Ce dernier, fils de
Louis Bonaparte roi de Hollande et d'Hortense
de Beauharnais était le neveu de
Napoléon
Ier. Il participa au mouvement des
carbonari
en Italie. Il essaye par deux fois, en
1836
et en 1840 de renverser
Louis-Philippe, il fut interné au fort de Ham
mais il s'évada et en 1846 se réfugia à Londres. Il
avait écrit un livre l'Extinction du paupérisme. Il
pouvait compter sur les voix des paysans, il obtint l'appui du
Parti de l'ordre, un de ses membres, Thiers,
disait alors "c'est un crétin qu'on mènera".
Le
10 décembre Louis-Napoléon devint facilement Président de la
République.
La
réaction, le coup d'état.
Les ministres de Louis-Napoléon furent
des hommes du Parti de l'ordre tels qu'Odilon Barrot, Falloux
ce qui veut dire que l'exécutif échappait aux républicains.
Le pouvoir législatif, alors discrédité se séparait fin mai
1849 pour faire place à l'Assemblée
Législative. Les élections de 1849 prirent un tout
autre visage qu'en 1848, les modérés furent vaincus (moins de
80 sièges), les Montagnards étaient 180, le Parti de l'ordre
était la majorité imposante de 450 élus. Bref tous les
pouvoirs de la République étaient aux mains des ennemis de la
République.
Le 13 juin 1849
les Montagnards organisèrent un soulèvement pour
manifester leur mécontentement devant l'expédition
de Rome (organisée dans le dessein de rétablir le
Pape en ses Etats). Ils échouèrent, des montagnards furent arrêtés,
des lois contre la presse et les associations politiques furent
votées. L'année suivante l'Assemblée Législative pris 2
mesures:
-1- la Loi Falloux sur l'enseignement
-2- la Loi électorale du 31 mai.
-1- Cette loi supprima pour l'enseignement
secondaire le monopole universitaire établit par napoléon Ier.
La liberté d'enseigner était reconnue aux catholiques. La loi
donna un droit de contrôle au clergé sur les écoles
publiques, les congrégations religieuses se voyaient faciliter
l'ouverture d'établissement d'enseignement, et les municipalités
avaient même le droit de choisir un congréganiste comme
instituteur dans les écoles primaires publiques.
Le problème
scolaire passait au premier plan entre partisans et adversaire
de l'Eglise. Par-là nous voyons que la Loi Falloux est un
événement capital de l'histoire de la France contemporaine.
-2- En avril 1850 des élections partielles
à Paris furent favorables aux socialistes, ce fut la panique au
sein du parti de l'ordre. Pour épurer le suffrage universel
sans violer la Constitution l'Assemblée vota la
loi électorale du 31 mai 1850. Pour être électeur il
fallait désormais être domicilié dans le canton depuis 3 ans
et n'avoir subit aucune condamnation, il faut bien comprendre
qu'à l'époque les ouvriers allaient de ville en ville pour
trouver du travail, on imagine sans grande peine le résultat
escompté par l'Assemblée…
Unit contre les "rouges", le Président
et l'Assemblée n'avaient toute fois pas les mêmes objectifs.
Le premier voulait restaurer la royauté et la seconde l'Empire
à son profit. La lutte était inévitable et c'est le Président
qui allait l'emporter. En effet l'Assemblée était divisée
entre Orléanistes
(partisans du Duc d'Orléans.) et légitimistes
(partisans du Comte de Chambord,
petit-fils de Charles X),
une conciliation échoua en septembre 1850. De plus en cas de
coup de force du Président l'Assemblée ne pouvait compter sur
le soutien du peuple de paris qu'elle s'était mise à dos par
les répressions des
Journées
de Juin et
la loi du 31 mai.
Les républicains eux,
soutenait parfois les royalistes et parfois le Président.
Pourtant, et malgré sa
popularité grandissante, le Président arrivait à la fin de
son mandat en 1852 et la Constitution interdisait sa réélection.
Et en Juillet 1851 l'Assemblée refusa, évidemment, de revoir
la Constitution pour éliminer le problème du Président, ne
lui laissant comme seul choix qu'un coup d'état. D'un autre côté
les orléanistes en préparaient un aussi, en faveur d'un fils
de Louis-Philippe et Thiers comme Premier ministre. Louis-Napoléon plaça à
la tête de l'armée et de la police des hommes sans scrupules
comme Saint-Arnaud, Magnan, Maupas. Tout était
prêt pour le coup d'état.
Il eut lieu le
2 décembre 1851, jour
anniversaire d'Austerlitz.
Les organisateurs en furent Morny (demi-frère
du Président) et Persigny.
Les politiciens importants de l'Assemblée furent arrêtés, la
Chambre des députés occupée par la troupe. Deux décrets
furent affichés:
-
L'un prononçait la
dissolution de l'Assemblée et l'abolition de la loi électorale
du 31 mai.
-
L'autre annonçait la
tenue d'un plébiscite pour voir si le peuple approuvait la
démarche du Président et lui donnait les pouvoirs nécessaires
pour instaurer une nouvelle Constitution.
Des députés récalcitrants
furent arrêtés, mais le soir du
2 décembre tout semblait fini
et sans effusions de sang. Le lendemain des républicains comme
Victor
Hugo, Baudin, Schœlcher
tentèrent de soulever les
ouvriers. Le 4 l'armée
intervint contre les barricades des républicains, l'épisode le
plus tragique en fut la fusillade sur les boulevards où l'armée,
se croyant menacée, ouvrit le feu sur des promeneurs et des
badauds. Paris ne bougea pas, mais une quinzaine de département
s'agitaient, mais l'ordre fut restauré et le gouvernement se
posa en sauveur de la bourgeoisie devant les risques de "jacquerie".
La répression fut terrible pour les républicains, on arrêta
près de 27'000 personnes (chiffre sûrement inférieur à la réalité).
Il y eut 15'000 condamnations dont 10'000 furent envoyés
au bagne de Cayenne ou en Algérie. Plus de 60 députés, dont
Victor Hugo, furent expulsés de France. Au plébiscite
la France abdiqua sa liberté à 7 millions de voix contre
650'000.