ATRIUM - Histoire Moderne (1789-1914)

En France, les historiens appellent Histoire moderne la période allant de la fin du XVe siècle à la Révolution française. Les historiens allemands et anglo-saxons parlent d'Histoire moderne pour la période s'étendant de la Révolution française à la signature du Traité de Versailles en 1920. Nous ne nous situerons dans aucune de ces traditions et appellerons Histoire Moderne la période englobant les événements se déroulant depuis la Révolution française de 1789 jusqu'à la Première Guerre mondiale (1914).

 

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Sommaire >>> Histoire Moderne >>> 1848 : La révolte

 
 

C'est le 24 février 1848 que Louis-Philippe abdique, la Chambre des députés allait donner la régence à la duchesse d'Orléans (le duc d'Orléans était mort en 1842 laissait un fils, le comte de Paris, il avait alors 10 ans.). Mais des députés républicains et insurgés proclamèrent un Gouvernement provisoire formé de 7 députés républicains modérés : Lamartine, Arago, Ledru-Rollin, Garnier-Pagès pour ne citer que les plus connus. Les républicains de tendance socialiste ne voulaient pas rester en dehors du pouvoir et imposèrent quatre non-parlementaire au gouvernement (dont Louis Blanc, Albert…).

Le 25 février le Gouvernement provisoire instaure la République et institue le suffrage universel. Une Assemblée Constituante serait élue, il fut prévu une indemnité parlementaire pour que les pauvres puissent participer à l'Assemblée. Le nombre des électeurs passa de 240'000 à plus de 9 millions. La liberté de presse et de réunion fut accordée, sous l'impulsion de Victor Schoelcher le gouvernement supprima l'esclavage dans les colonies. Aucun soulèvement n'eut lieu contre le nouveau gouvernement, on attendait beaucoup de lui dans tout le pays. Mais espoir et confiance furent de courte durée. La crise économique et financière qui durait depuis 1847 s'aggrava, la condition des ouvriers se détériorait rapidement, la Banque de France fut sur le point de cesser ses paiements. Bref, la France républicaine s'effondrait devant le désastre économique. La question sociale divisait le camps républicain : d'un côté les républicains bourgeois de l'autre les socialistes voulant une transformation complète de la société. Ce conflit allait bientôt prendre le caractère d'une lutte des classes. Dans un premier temps le gouvernement dû céder aux socialistes, les ouvriers étaient armés et endoctrinés par des orateurs de talents comme Cabet, Raspail, Blanqui, Barbès. Ils échouèrent toutefois dans leur tentative du 26 février pour faire remplacer le drapeau tricolore par le drapeau rouge.

28 février: Une Commission du gouvernement pour les travailleurs fut mise en place, elle instaura la journée de 10h maxi à Paris et 11h en province, mais deux mois plus tard elle se séparait.

La question de la date des élections était d'importance, les socialistes essayaient de la retarder pour pouvoir s'organiser et la remporter, mais les élections furent fixées au 23 avril, trop tôt pour les socialistes. La bourgeoisie forma la garde mobile pour renforcer la garde nationale, le conflit se dessinait. Le 23 avril les socialistes connurent une écrasante défaite. Ils furent moins de 100 à l'Assemblée Constituante contre 500 modérés et 300 monarchistes ralliés à la République. Le pouvoir fut confié à une Commission exécutive ne comprenant pas un seul socialiste. Les révolutionnaires tentèrent alors un coup de force le 15 mai 1848, c'est en arme qu'ils pénétrèrent dans la salle des séances, ils déclarèrent l'Assemblée dissoute et constituèrent un nouveau gouvernement. Ils furent dispersés et leurs chefs arrêtés. Un mois plus tard se fut la fermeture des Ateliers nationaux (21 juin 1848). Indignés les ouvriers dressèrent des barricades, l'insurrection se développa rapidement. La réponse de l'Assemblée fut de confier des pouvoirs dictatoriaux au ministre de la Guerre, le général Cavaignac. Alors commencèrent les journées de Juin (23-26 juin), la plus terrible des batailles de rues que connut Paris. Mais finalement la victoire resta à l'armée et à la garde nationale. Les représailles furent terribles : 11'000 arrestations et 4'000 inculpés, tous furent déportés en Algérie. Les clubs furent fermés, les journaux avancés également. On ne parla plus désormais de réformes sociales.

Les ouvriers étaient désormais hostiles à la République, comme les bourgeois qui ne lui pardonnait pas l'augmentation des impôts. Tous les "possédants" craignaient les "rouges", les "partageux", ils s'unirent dans un Parti de l'ordre et étaient prêts à se rallier à un gouvernement fort, maintenant l'ordre social. Le second Empire est sorti de cet état d'esprit.

La Constitution de 1848.

C'est en novembre que l'Assemblée promulgua la Constitution, les députés refusèrent aux socialistes d'y inscrire le droit au travail, le droit à l'assistance, le droit à l'instruction, ils conservèrent du moins le suffrage universel. La Constitution était fondée sur le double principe de la souveraineté du peuple et la séparation des pouvoirs. Le législatif allait à une Assemblée unique de 750 membres, l'exécutif était délégué à un président de la République (élu pour 4 ans). Comme dans la Constitution de l'An III en cas de conflit entre les deux pouvoirs il n'y avait d'autres solutions qu'un coup d'état ! Il y eut 4 candidats à la présidence: le général Cavaignac (Modéré), Ledru-Rollin (Montagnards), Raspail (socialistes), Louis-Napoléon Bonaparte dont seul le nom comptait. Ce dernier, fils de Louis Bonaparte roi de Hollande et d'Hortense de Beauharnais était le neveu de Napoléon Ier. Il participa au mouvement des carbonari en Italie. Il essaye par deux fois, en 1836 et en 1840 de renverser Louis-Philippe, il fut interné au fort de Ham mais il s'évada et en 1846 se réfugia à Londres. Il avait écrit un livre l'Extinction du paupérisme. Il pouvait compter sur les voix des paysans, il obtint l'appui du Parti de l'ordre, un de ses membres, Thiers, disait alors "c'est un crétin qu'on mènera". Le 10 décembre Louis-Napoléon devint facilement Président de la République.

La réaction, le coup d'état.

Les ministres de Louis-Napoléon furent des hommes du Parti de l'ordre tels qu'Odilon Barrot, Falloux ce qui veut dire que l'exécutif échappait aux républicains. Le pouvoir législatif, alors discrédité se séparait fin mai 1849 pour faire place à l'Assemblée Législative. Les élections de 1849 prirent un tout autre visage qu'en 1848, les modérés furent vaincus (moins de 80 sièges), les Montagnards étaient 180, le Parti de l'ordre était la majorité imposante de 450 élus. Bref tous les pouvoirs de la République étaient aux mains des ennemis de la République. Le 13 juin 1849 les Montagnards organisèrent un soulèvement pour manifester leur mécontentement devant l'expédition de Rome (organisée dans le dessein de rétablir le Pape en ses Etats). Ils échouèrent, des montagnards furent arrêtés, des lois contre la presse et les associations politiques furent votées. L'année suivante l'Assemblée Législative pris 2 mesures:

-1- la Loi Falloux sur l'enseignement

-2- la Loi électorale du 31 mai.

-1- Cette loi supprima pour l'enseignement secondaire le monopole universitaire établit par napoléon Ier. La liberté d'enseigner était reconnue aux catholiques. La loi donna un droit de contrôle au clergé sur les écoles publiques, les congrégations religieuses se voyaient faciliter l'ouverture d'établissement d'enseignement, et les municipalités avaient même le droit de choisir un congréganiste comme instituteur dans les écoles primaires publiques. Le problème scolaire passait au premier plan entre partisans et adversaire de l'Eglise. Par-là nous voyons que la Loi Falloux est un événement capital de l'histoire de la France contemporaine.

-2- En avril 1850 des élections partielles à Paris furent favorables aux socialistes, ce fut la panique au sein du parti de l'ordre. Pour épurer le suffrage universel sans violer la Constitution l'Assemblée vota la loi électorale du 31 mai 1850. Pour être électeur il fallait désormais être domicilié dans le canton depuis 3 ans et n'avoir subit aucune condamnation, il faut bien comprendre qu'à l'époque les ouvriers allaient de ville en ville pour trouver du travail, on imagine sans grande peine le résultat escompté par l'Assemblée…

Unit contre les "rouges", le Président et l'Assemblée n'avaient toute fois pas les mêmes objectifs. Le premier voulait restaurer la royauté et la seconde l'Empire à son profit. La lutte était inévitable et c'est le Président qui allait l'emporter. En effet l'Assemblée était divisée entre Orléanistes (partisans du Duc d'Orléans.) et légitimistes (partisans du Comte de Chambord, petit-fils de Charles X), une conciliation échoua en septembre 1850. De plus en cas de coup de force du Président l'Assemblée ne pouvait compter sur le soutien du peuple de paris qu'elle s'était mise à dos par les répressions des Journées de Juin et la loi du 31 mai. Les républicains eux, soutenait parfois les royalistes et parfois le Président.

Pourtant, et malgré sa popularité grandissante, le Président arrivait à la fin de son mandat en 1852 et la Constitution interdisait sa réélection. Et en Juillet 1851 l'Assemblée refusa, évidemment, de revoir la Constitution pour éliminer le problème du Président, ne lui laissant comme seul choix qu'un coup d'état. D'un autre côté les orléanistes en préparaient un aussi, en faveur d'un fils de Louis-Philippe et Thiers comme Premier ministre. Louis-Napoléon plaça à la tête de l'armée et de la police des hommes sans scrupules comme Saint-Arnaud, Magnan, Maupas. Tout était prêt pour le coup d'état.

Il eut lieu le 2 décembre 1851, jour anniversaire d'Austerlitz. Les organisateurs en furent Morny (demi-frère du Président) et Persigny. Les politiciens importants de l'Assemblée furent arrêtés, la Chambre des députés occupée par la troupe. Deux décrets furent affichés:

  • L'un prononçait la dissolution de l'Assemblée et l'abolition de la loi électorale du 31 mai.

  • L'autre annonçait la tenue d'un plébiscite pour voir si le peuple approuvait la démarche du Président et lui donnait les pouvoirs nécessaires pour instaurer une nouvelle Constitution.

Des députés récalcitrants furent arrêtés, mais le soir du 2 décembre tout semblait fini et sans effusions de sang. Le lendemain des républicains comme Victor Hugo, Baudin, Schœlcher tentèrent de soulever les ouvriers. Le 4 l'armée intervint contre les barricades des républicains, l'épisode le plus tragique en fut la fusillade sur les boulevards où l'armée, se croyant menacée, ouvrit le feu sur des promeneurs et des badauds. Paris ne bougea pas, mais une quinzaine de département s'agitaient, mais l'ordre fut restauré et le gouvernement se posa en sauveur de la bourgeoisie devant les risques de "jacquerie". La répression fut terrible pour les républicains, on arrêta près de 27'000 personnes (chiffre sûrement inférieur à la réalité). Il y eut 15'000 condamnations dont 10'000 furent envoyés au bagne de Cayenne ou en Algérie. Plus de 60 députés, dont Victor Hugo, furent expulsés de France. Au plébiscite la France abdiqua sa liberté à 7 millions de voix contre 650'000.

 
 
 
 
 
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