ATRIUM - Histoire Moderne (1789-1914)

En France, les historiens appellent Histoire moderne la période allant de la fin du XVe siècle à la Révolution française. Les historiens allemands et anglo-saxons parlent d'Histoire moderne pour la période s'étendant de la Révolution française à la signature du Traité de Versailles en 1920. Nous ne nous situerons dans aucune de ces traditions et appellerons Histoire Moderne la période englobant les événements se déroulant depuis la Révolution française de 1789 jusqu'à la Première Guerre mondiale (1914).

 

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Sommaire >>> Histoire Moderne >>> 1848 : La révolte

 
 

Outre la France, que nous avons préalablement étudiée, le phénomène des révolutions de 1848 s'est propagé en Italie, en Autriche, en Allemagne, d'autres états y échappèrent comme l'Angleterre, la Belgique, l'Empire de Russie, L'Empire ottoman, les Etats scandinaves

Au début de l'été 1848, il ne restait plus rien de l'ancienne Europe centrale, c'était le "printemps des peuples". Mais les révolutionnaires étaient divisés entre monarchistes, républicains, modérés bourgeois, démocrates socialistes. Les nationalités se dressaient les unes contre les autres. Et, surtout en Allemagne et en Autriche, l'armée restait fidèle au pouvoir. L'année 1849 vit partout la défaite cuisante des révolutions. L'attitude de la France n'est pas étrangère à ce fiasco révolutionnaire, il y avait alors dans le Paris de la révolution de nombreux réfugiés politiques étrangers qui ne cessèrent de demander l'aide diplomatique et militaire de la France en faveur des insurgés de leurs pays respectifs, mais Lamartine (alors Ministre des Affaires étrangères) était pacifiste, il craignait la désorganisation de l'armée et un coup de force des monarchies absolutistes. Il se décida donc contre la politique girondine de 1792 et proclama le principe de non-intervention. La France ne prenait pas les "reines" de l'idéal révolutionnaire, au contraire même puisqu'en 1849 elle envoie une armée en Italie pour renverser la République romaine. La France aurait pu être le ciment des révolutions européennes, au lieu de cela chacune se développa dans son coin, leur simultanéité faisant leur réussite, leur isolement causant leur défaite.

En Italie.

La victoire du 24 février en France va obliger les souverains de Naples, de Florence, Turin et Rome à céder aux revendications constitutionnelles de leurs peuples. Mais c'est déjà le 12 janvier 1848 que la révolution triomphait à Palerme, le 29 janvier Ferdinand II (roi de Naples) du accorder une Constitution. C'était les premières révolutions de 1848, bientôt la victoire française "dopa" encore le mouvement et les souverains des Etats que nous avons mentionnés accordent des Constitutions. Quand on apprit que Metternich était en fuite (13 mars) Venise et Milan se soulevèrent aux cris de "l'Italie libre" et de "Vive Pie IX", à Venise la révolution, menée par Daniel Manin, triompha pacifiquement. Mais à Milan il fallut la furieuse "bataille des 5 jours" (18-23 mars) pour forcer les Autrichiens du général Radetzky à se replier. Tous pensaient alors que l'heure de l'unité avait sonné, il fallait bouter hors d'Italie l'Autrichien détesté, ce fut la guerre nationale. C'est le roi de Sardaigne, Charles-Albert, qui du en prendre le contrôle, il adopta le drapeau tricolore et prononça le fameux "italia fara da se" pour repousser l'offre d'alliance de Lamartine. Charles-Albert remporta d'abord quelques succès dans sa croisade pour sauver la Vénétie et la Lombardie, mais bientôt Ferdinand rappela ses troupes et le pape, par soucis religieux, refusa de prendre parti. De plus les méfiances à l'encontre de Charles-Albert, soupçonné de vouloir agrandir son royaume plus que libérer l'Italie, se faisaient plus vives. De l'autre côté Radetzky se renforçait, c'est à la bataille de Custozza (juillet 1848) que Charles-Albert fut battu, les Autrichiens reprenaient le contrôle du territoire de jadis, à Venise Manin, proclamé dictateur, résista à l'ennemi toute une année (août 48- août 49).

Mais la défaite allait affaiblir les Etats monarchiques de Florence et de Rome, alors accusés de trahison. A Rome les colères se tournèrent contre le principal ministre du pape, Rossi, qui fut assassiné le 15 novembre, le lendemain le palais du Quirinal était assiégé et un prélat abattu. Pie IX s'enfuit auprès de Ferdinand II et se refusa à tout compromis avec les rebelles. Une Assemblée proclama alors la République romaine le 9 février 1849, à sa tête un triumvirat dont Mazzini fut le chef. Puis se fut le tour de Florence, le 18 février, le grand-duc du s'enfuir.

La guerre nationale reprit, l'armistice signé avec les Autrichiens fut rompu le 20 mars. 3 jours plus tard Radetzky écrasa les Italiens à Novare, Charles-Albert abdiqua en faveur de son fils Victor-Emmanuel II. Un nouvel armistice fut signé et une partie du Piémont passa à l'Autriche.

Le Pape, influencé par le cardinal Antonelli, pressait les autrichiens de marcher sur Rome. Les Français décidèrent d'intervenir, une armée commandée par Oudinot débarqua en avril 1849 : but de l'intervention : prévenir une intervention autrichienne, rétablir Pie IX dans ses états, tout en assurant à ses sujets des institutions libérales. Mais finalement l'expédition aboutit à une guerre entre la République française et la République romaine. Oudinot mis le siège devant Rome alors défendue par Garibaldi. Un mois plus tard la garnison française était installée au cœur de Rome et le pape revint dans ses états.

La chute de Rome fut suivie par celle de Venise en août. Pie IX rejeta les réformes proposées par Louis-Napoléon et l'absolutisme fut rétabli. Seul le royaume de Sardaigne échappa à la réaction. Victor-Emmanuel refusa la paix avantageuse des autrichiens qui avait comme condition l'abrogation de la Constitution de Charles-Albert. La maison de Savoie incarna aux yeux des patriotes la cause de la liberté. Turin devint la capitale de l'Italie libérale. A ce moment là Victor-Emmanuel avait bien compris que l'Italie du "fara da se" aurait tout de même besoin de l'appui de l'extérieur…

En Allemagne.

Dans l'Allemagne occidentale la révolution détermina la structure démocratique des Etats qui avaient déjà une constitution, elle amena en quelques points une agitation paysanne et ouvrière et surtout elle amorça le mouvement national pour l'unité allemande. Les Etats de la Confédération germanique instaurent un parlement allemand.

La révolution prit la double forme d'un mouvement national unitaire et d'une révolution démocratique. L'appel national partit d'Heidelberg d'une cinquantaine de patriotes. La convocation d'un Parlement constituant fut décidé, le gouvernement alors affolé laissa faire et la Diète se sépara. Les princes, pris de peur devant les mouvements populaires, se pressèrent d'accorder les libertés réclamées par leurs sujets. C'est le 18 mars, suite à des affrontements sanglants entre manifestants et la troupe, que la révolution éclata. La lutte se poursuivit toute la nuit et était encore indécise quand Frédéric-Guillaume IV (1840-1861) promit à ses "chers Berlinois" de retirer ses troupes.

Frédéric-Guillaume IV commença par convoquer une Assemblée nationale, mais il ne tarda pas à entrer en conflit avec et, devant l'exemple de l'Autriche qui avait écrasé la révolution de Vienne, il dissout l'Assemblée et met Berlin en état de siège. Mais l'absolutisme ne fut pas réintroduit comme il le fut en Autriche, une Constitution octroyée par le roi fut promulguée en janvier 1850, la Constitution de 1850 qui resta en vigueur jusqu'en 1918. Un Landtag (=Parlement) est établit, composé de 2 chambres (Chambre des Seigneurs et Chambre des députés). Mais en réalité ce furent les riches qui élirent les députés et le bas peuple n'eut rien à dire. Le roi choisissait ses ministres comme il lui plaisait, le principe de la souveraineté monarchique était sauf, le pouvoir royal restait prépondérant.

Le Parlement allemand élu au suffrage universel se réunit à Francfort en mai 1848. En janvier 1849 on se décida pour donner à l'état la forme d'un Etat fédéral à forme impériale. Deux camps s'affrontaient au sujet des frontières de l'Etat fédéral, d'un côté les partisans d'une Grande Allemagne englobant l'Autriche, de l'autre les partisans de la Petite Allemagne qui ne voulait en Allemagne que des allemands et donc exclure l'Autriche et avoir comme Empereur non pas celui d'Autriche mais celui de Prusse. C'est ce dernier parti qui l'emporta et en mars 1849 Frédéric-Guillaume fut élu empereur. Immédiatement Schwarzenberg rappela de Francfort les députés autrichiens. Frédéric-Guillaume désirait la couronne mais il souhaitait la recevoir avec l'accord de l'Autriche et des mains des princes, quand les délégués vinrent la lui offrir il la repoussa avec mépris (avril 1849). C'était la fin du parlement, des républicains se soulevèrent mais ils furent vite écrasés. Frédéric-Guillaume essaya de se faire reconnaître par l'Autriche et recevoir la couronne des mains des princes. Il proposa la création d'une Union allemande formée d'un côté par l'Autriche et de l'autre par un empire allemand dont il serait à la tête. Les Etats allemands étaient divisés mais pour finir il ne resta que les moins importants d'entre eux pour soutenir le projet de Frédéric-Guillaume, c'était l'Union restreinte. La Constitution préparée par le roi de Prusse fut alors votée par le Parlement. Mais l'opposition de l'Autriche ce fit vive, Schwarzenberg prit une attitude provocante et entendait reconstituer l'Allemagne d'avant 1848. L'ultimatum autrichien, soutenu par les Russes, ne tarda pas à arriver. Frédéric-Guillaume  céda, à l'entrevue d'Olmutz entre Schwarzenberg et le ministre prussien Manteuffel toutes les conditions autrichiennes furent acceptées (novembre 1850). Tout recommençait comme autrefois. Dès la fin de 1849 il ne restait donc quasi-rien des révolutions de 1848. Le grand vainqueur était le gouvernement autrichien. Pourtant le mouvement de 1848 avait réalisé une œuvre d'importance : la destruction du régime féodal. Mais les vaincus ne pensaient qu'à la revanche, et l'avenir la leur réservait.

En Autriche

La révolution du 13 mars à Vienne renversa Metternich, elle amena des soulèvements à Venise, Milan, Berlin. Les nationalités de l'Empire autrichien exigèrent leur indépendance. En Autriche les révolutions de 1848 furent plus grave et plus complexe que partout ailleurs.

Ferdinand IV (1835-1848) était un malade qui ne pouvait s'occuper des affaires de son état, à côté de cela les ministres ne s'entendaient pas, les administrations étaient lourdes et se paralysaient mutuellement. L'inégalité était de règle dans le pays. Mais le plus important des problèmes pour les Habsbourg était les différentes aspirations nationales. Les Autrichiens et les Hongrois étendaient leur pouvoir sur les autres peuples (Tchèques, Polonais, Ruthènes, Slovènes, Italiens, Slovaques, Roumains, Serbes, Croates…). Même la Hongrie, qui formait pourtant à l'intérieur de l'empire un royaume constitutionnel du nom de "Couronne de saint Etienne", le porte-parole des mécontents était Kossuth un député de la petite noblesse et journaliste violent.

Dès l'annonce de la révolution à Paris l'agitation libérale et nationale se déclencha partout, la révolution éclata le 13 mars. Le gouvernement céda sur tous les points et promit de réunir une Assemblée Constituante, mais l'armée restait fidèle au gouvernement ce fut elle qui sauvegarda l'intégrité du pays.

La répression commença à Prague, un Congrès panslaviste s'était ouvert, l'historien Palacky en était le président. Bientôt les affrontements entre Tchèques et soldats autrichiens éclatèrent, ces derniers finirent pas imposer une capitulation à la ville (général Windischgraetz), le Congrès fut dissous et la Bohême soumise à une dictature militaire. C'était la première victoire de la réaction (Juin 1848).

Quatre mois plus tard ce fut le même sort que connut Vienne alors que la Constituante votait l'abolition du régime féodal. Le 6 octobre une émeute éclata, le Ministre de la Guerre y perdit la vie, le gouvernement alors réfugié en Moravie lança sur la ville les troupes des généraux Windischgraetz et Jellachich (un gouverneur croate). La victoire de la réaction était à nouveau total. Le prince Schwarzenberg devint Premier ministre, Ferdinand IV abdiqua pour son neveu, François-Joseph (2 décembre). La Constituante fut renvoyée.

Entre-temps la Hongrie s'était soulevée, les Hongrois dédaignaient les revendications des autres nationalités, le conflit entre Croate et Hongrois ne tarda pas. Le gouvernement impérial choisit le camp des Croates, et l'empereur (qui n'était que roi en Hongrie) déclara la Diète hongroise dissoute, la Hongrie en état de siège et la Constitution supprimée. Puis Windischgraetz et Jellachich envahirent la Hongrie. Mais le conflit s'annonçait être d'une autre ampleur que les batailles de Prague et de Vienne, l'état Hongrois était organisé, le peuple prêt à résister. Les Autrichiens et les Croates furent bientôt repoussés, Kossuth fit proclamer par la Diète la déchéance des Habsbourg et l'indépendance de la Hongrie (avril 1849). Pour venir à bout de la Hongrie les Autrichiens durent accepter l'aide de la Russie de Nicolas Ier, adversaire de toutes les révolutions. En août 1849 les Hongrois cèdent. Ses chefs, du moins ceux ne réussirent pas à fuir en Turquie, furent exécutés (Kossuth s'enfuit). La Hongrie fut séparée en province gouvernée par des fonctionnaires allemands. Suivirent 10 années de réaction et d'absolutisme, la politique de germanisation et de centralisation de Schwarzenberg enraya les mouvements nationaux, mais ils reprendraient bientôt de la voix !

 
 
 

Bibliographie

- Dictionnaire historique, Dominique Vallaud, Fayard, 1995.

- Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

- Nicolas Chalmin, Textes sur l'Empire ottoman

- Encyclopédie Hachette, éd.2001

 
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