Outre la France, que nous avons
préalablement étudiée, le phénomène des révolutions de
1848
s'est propagé en
Italie,
en Autriche,
en Allemagne,
d'autres états y échappèrent comme l'Angleterre,
la Belgique,
l'Empire de
Russie,
L'Empire ottoman,
les Etats
scandinaves…
Au début de l'été 1848, il ne restait
plus rien de l'ancienne Europe centrale, c'était le "printemps
des peuples". Mais les
révolutionnaires étaient divisés entre monarchistes, républicains,
modérés bourgeois, démocrates socialistes. Les
nationalités se dressaient les unes contre les autres. Et,
surtout en Allemagne et en Autriche, l'armée restait fidèle au
pouvoir. L'année 1849
vit partout la défaite cuisante des
révolutions. L'attitude de la France n'est pas étrangère à
ce fiasco révolutionnaire, il y avait alors dans le
Paris de la révolution de nombreux réfugiés politiques
étrangers qui ne cessèrent de demander l'aide diplomatique et
militaire de la France en faveur des insurgés de leurs pays
respectifs, mais Lamartine
(alors Ministre des Affaires
étrangères) était pacifiste, il craignait la désorganisation
de l'armée et un coup de force des monarchies absolutistes. Il
se décida donc contre la politique girondine de 1792 et
proclama le principe de non-intervention. La France ne
prenait pas les "reines" de l'idéal révolutionnaire,
au contraire même puisqu'en 1849 elle envoie une armée en
Italie pour renverser la République romaine. La France aurait
pu être le ciment des révolutions européennes, au lieu de
cela chacune se développa dans son coin, leur simultanéité
faisant leur réussite, leur isolement causant leur défaite.
En
Italie.
La victoire du
24
février en
France va obliger les souverains de Naples, de
Florence,
Turin et Rome à céder aux revendications
constitutionnelles de leurs peuples. Mais c'est déjà le
12
janvier 1848 que
la révolution triomphait à Palerme, le 29 janvier
Ferdinand
II (roi
de Naples) du accorder une Constitution. C'était les
premières révolutions de 1848, bientôt la victoire française
"dopa" encore le mouvement et les souverains des Etats
que nous avons mentionnés accordent des Constitutions. Quand on
apprit que Metternich
était en fuite (13 mars) Venise et
Milan se soulevèrent aux cris de "l'Italie libre"
et de "Vive Pie IX", à Venise la révolution,
menée par Daniel Manin, triompha pacifiquement. Mais à Milan
il fallut la furieuse "bataille
des 5 jours" (18-23 mars)
pour forcer les Autrichiens du général Radetzky
à se replier. Tous pensaient alors
que l'heure de l'unité avait sonné, il fallait bouter hors
d'Italie l'Autrichien détesté, ce fut la guerre nationale.
C'est le roi de Sardaigne, Charles-Albert,
qui du en prendre le contrôle, il adopta le drapeau tricolore
et prononça le fameux "italia
fara da se" pour repousser
l'offre d'alliance de Lamartine. Charles-Albert remporta d'abord
quelques succès dans sa croisade pour sauver la
Vénétie
et la Lombardie, mais bientôt Ferdinand rappela ses
troupes et le pape, par soucis religieux, refusa de prendre
parti. De plus les méfiances à l'encontre de Charles-Albert,
soupçonné de vouloir agrandir son royaume plus que libérer
l'Italie, se faisaient plus vives. De l'autre côté Radetzky se
renforçait, c'est à la bataille de Custozza
(juillet 1848)
que Charles-Albert fut battu, les Autrichiens reprenaient le
contrôle du territoire de jadis, à Venise
Manin,
proclamé dictateur, résista à l'ennemi toute une année
(août 48- août 49).
Mais la défaite allait affaiblir les
Etats monarchiques de Florence et de Rome, alors accusés de
trahison. A Rome les colères se tournèrent contre le principal
ministre du pape, Rossi,
qui fut assassiné le 15 novembre, le lendemain le palais du
Quirinal
était assiégé et un prélat
abattu. Pie IX s'enfuit auprès de
Ferdinand II et
se refusa à tout compromis avec les rebelles. Une Assemblée
proclama alors la République
romaine le 9 février 1849,
à sa tête un triumvirat dont Mazzini
fut le chef. Puis se fut le tour de
Florence, le 18 février, le grand-duc du s'enfuir.
La guerre nationale reprit, l'armistice
signé avec les Autrichiens fut rompu le 20 mars. 3 jours plus
tard Radetzky écrasa les Italiens à Novare,
Charles-Albert abdiqua en faveur de son fils
Victor-Emmanuel
II. Un nouvel armistice fut
signé et une partie du Piémont passa à l'Autriche.
Le Pape, influencé par le cardinal
Antonelli,
pressait les autrichiens de marcher sur Rome. Les Français
décidèrent d'intervenir, une armée commandée par
Oudinot
débarqua en avril 1849 : but de
l'intervention : prévenir une intervention autrichienne,
rétablir Pie IX dans ses états, tout en assurant à ses sujets
des institutions libérales. Mais finalement l'expédition
aboutit à une guerre entre la République française et la
République romaine. Oudinot mis le siège devant Rome alors
défendue par Garibaldi.
Un mois plus tard la garnison française était installée au cœur
de Rome et le pape revint dans ses états.
La chute de Rome fut suivie par celle de
Venise en août. Pie IX rejeta les réformes proposées par
Louis-Napoléon
et l'absolutisme fut rétabli. Seul
le royaume de Sardaigne échappa à la réaction.
Victor-Emmanuel refusa la paix avantageuse des autrichiens qui
avait comme condition l'abrogation de la Constitution de
Charles-Albert. La maison de Savoie incarna aux yeux des
patriotes la cause de la liberté. Turin devint la capitale
de l'Italie libérale. A ce moment là Victor-Emmanuel avait
bien compris que l'Italie du "fara da se" aurait tout
de même besoin de l'appui de l'extérieur…
En
Allemagne.
Dans l'Allemagne occidentale la
révolution détermina la structure démocratique des Etats qui
avaient déjà une constitution, elle amena en quelques points
une agitation paysanne et ouvrière et surtout elle amorça le
mouvement national pour l'unité allemande. Les Etats de la
Confédération germanique instaurent un parlement allemand.
La révolution prit la double forme d'un
mouvement national unitaire et d'une
révolution
démocratique. L'appel national partit
d'Heidelberg
d'une cinquantaine de patriotes. La
convocation d'un Parlement constituant fut décidé, le
gouvernement alors affolé laissa faire et la Diète se sépara.
Les princes, pris de peur devant les mouvements populaires, se
pressèrent d'accorder les libertés réclamées par leurs
sujets. C'est le 18
mars, suite à des affrontements
sanglants entre manifestants et la troupe, que la révolution
éclata. La lutte se poursuivit toute la nuit et était encore
indécise quand Frédéric-Guillaume
IV (1840-1861) promit à ses
"chers Berlinois" de retirer ses troupes.
Frédéric-Guillaume IV commença par
convoquer une Assemblée nationale, mais il ne tarda pas à
entrer en conflit avec et, devant l'exemple de l'Autriche qui
avait écrasé la révolution de Vienne, il dissout l'Assemblée
et met Berlin en état de siège. Mais l'absolutisme ne
fut pas réintroduit comme il le fut en Autriche, une
Constitution octroyée par le roi fut promulguée en janvier
1850,
la Constitution
de 1850 qui resta en
vigueur jusqu'en 1918.
Un Landtag (=Parlement) est établit, composé de 2
chambres (Chambre des Seigneurs et
Chambre des
députés). Mais en réalité ce furent les riches qui
élirent les députés et le bas peuple n'eut rien à dire. Le
roi choisissait ses ministres comme il lui plaisait, le principe
de la souveraineté monarchique était sauf, le pouvoir royal
restait prépondérant.
Le Parlement allemand élu au suffrage
universel se réunit à Francfort en mai 1848. En janvier
1849
on se décida pour donner à l'état
la forme d'un Etat
fédéral à forme impériale.
Deux camps s'affrontaient au sujet des frontières de l'Etat
fédéral, d'un côté les partisans d'une Grande Allemagne
englobant l'Autriche, de l'autre les partisans de la Petite
Allemagne qui ne voulait en Allemagne que des allemands et donc
exclure l'Autriche et avoir comme Empereur non pas celui
d'Autriche mais celui de Prusse. C'est ce dernier parti qui
l'emporta et en mars 1849
Frédéric-Guillaume fut élu
empereur. Immédiatement Schwarzenberg
rappela de Francfort les députés
autrichiens. Frédéric-Guillaume désirait la couronne mais il
souhaitait la recevoir avec l'accord de l'Autriche et des mains
des princes, quand les délégués vinrent la lui offrir il la
repoussa avec mépris (avril 1849). C'était la fin du
parlement, des républicains se soulevèrent mais ils furent
vite écrasés. Frédéric-Guillaume essaya de se faire
reconnaître par l'Autriche et recevoir la couronne des mains
des princes. Il proposa la création d'une Union allemande
formée d'un côté par l'Autriche et de l'autre par un empire
allemand dont il serait à la tête. Les Etats allemands
étaient divisés mais pour finir il ne resta que les moins
importants d'entre eux pour soutenir le projet de
Frédéric-Guillaume, c'était l'Union
restreinte. La Constitution
préparée par le roi de Prusse fut alors votée par le
Parlement. Mais l'opposition de l'Autriche ce fit vive,
Schwarzenberg prit une attitude provocante et entendait
reconstituer l'Allemagne d'avant 1848. L'ultimatum autrichien,
soutenu par les Russes, ne tarda pas à arriver.
Frédéric-Guillaume céda, à l'entrevue
d'Olmutz
entre Schwarzenberg et le ministre
prussien Manteuffel
toutes les conditions autrichiennes
furent acceptées (novembre 1850). Tout recommençait comme
autrefois. Dès la fin de 1849 il ne restait donc quasi-rien
des révolutions de 1848. Le grand vainqueur était le
gouvernement autrichien. Pourtant le mouvement de 1848 avait
réalisé une œuvre d'importance : la
destruction du régime féodal.
Mais les vaincus ne pensaient qu'à la revanche, et l'avenir la
leur réservait.
En Autriche
La révolution
du 13 mars à
Vienne renversa Metternich,
elle amena des soulèvements à Venise, Milan, Berlin. Les
nationalités de l'Empire autrichien exigèrent leur
indépendance. En Autriche les révolutions de 1848 furent plus
grave et plus complexe que partout ailleurs.
Ferdinand IV
(1835-1848) était un malade qui ne
pouvait s'occuper des affaires de son état, à côté de cela
les ministres ne s'entendaient pas, les administrations étaient
lourdes et se paralysaient mutuellement. L'inégalité était de
règle dans le pays. Mais le plus important des problèmes pour
les Habsbourg était les différentes aspirations nationales.
Les Autrichiens et les Hongrois étendaient leur pouvoir sur les
autres peuples (Tchèques, Polonais, Ruthènes, Slovènes,
Italiens, Slovaques, Roumains, Serbes, Croates…). Même la
Hongrie, qui formait pourtant à l'intérieur de l'empire un
royaume constitutionnel du nom de "Couronne
de saint Etienne",
le porte-parole des mécontents était Kossuth
un député de la petite noblesse et
journaliste violent.
Dès l'annonce de la révolution à
Paris l'agitation libérale et nationale se déclencha partout,
la révolution éclata le 13
mars. Le gouvernement céda sur
tous les points et promit de réunir une Assemblée
Constituante, mais l'armée restait fidèle au gouvernement ce
fut elle qui sauvegarda l'intégrité du pays.
La répression commença à Prague, un
Congrès panslaviste s'était ouvert, l'historien
Palacky
en était le président. Bientôt
les affrontements entre Tchèques et soldats autrichiens
éclatèrent, ces derniers finirent pas imposer une capitulation
à la ville (général Windischgraetz), le
Congrès fut dissous et la Bohême soumise à une dictature
militaire. C'était la première victoire de la réaction
(Juin 1848).
Quatre mois plus tard ce fut le même
sort que connut Vienne alors que la Constituante votait
l'abolition du régime féodal. Le 6 octobre une émeute
éclata, le Ministre de la Guerre y perdit la vie, le
gouvernement alors réfugié en Moravie lança sur la ville les
troupes des généraux Windischgraetz et
Jellachich
(un gouverneur croate). La victoire de la réaction était à
nouveau total. Le prince Schwarzenberg devint Premier ministre,
Ferdinand IV abdiqua pour son neveu, François-Joseph
(2 décembre). La Constituante
fut renvoyée.
Entre-temps la Hongrie s'était
soulevée, les Hongrois dédaignaient les revendications des
autres nationalités, le conflit entre Croate et Hongrois ne
tarda pas. Le gouvernement impérial choisit le camp des
Croates, et l'empereur (qui n'était que roi en Hongrie)
déclara la Diète hongroise dissoute, la Hongrie en état de
siège et la Constitution supprimée. Puis Windischgraetz et
Jellachich envahirent la Hongrie. Mais le conflit s'annonçait
être d'une autre ampleur que les batailles de Prague et de
Vienne, l'état Hongrois était organisé, le peuple prêt à
résister. Les Autrichiens et les Croates furent bientôt
repoussés, Kossuth fit proclamer par la Diète la
déchéance des Habsbourg et l'indépendance de la Hongrie (avril
1849). Pour venir à bout de la Hongrie les Autrichiens durent
accepter l'aide de la Russie de Nicolas
Ier, adversaire de toutes les
révolutions. En août 1849 les Hongrois cèdent. Ses chefs, du
moins ceux ne réussirent pas à fuir en Turquie, furent
exécutés (Kossuth s'enfuit). La Hongrie fut séparée en
province gouvernée par des fonctionnaires allemands. Suivirent
10 années de réaction et d'absolutisme, la politique de
germanisation et de centralisation de Schwarzenberg enraya les
mouvements nationaux, mais ils reprendraient bientôt de la voix
!