ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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La République des Pays-Bas au XVIIe siècle
 
 

Le rôle prépondérant joué par le stadhouder de Hollande, Guillaume d'Orange, dans la révolution anglaise de 1688, ne saurait s'expliquer si l'on ne se rappelle pas l'histoire des Provinces-Unies, Etat détaché au XVIe siècle des possessions de Philippe II, roi d'Espagne, et reconnu pleinement indépendant en 1648. Surtout à partir de cette date, et en dépit d'une organisation politique fédérative médiocrement favorable à l'action extérieure, les Provinces-Unies, peuplées de deux à trois millions d'habitants ont tenu la place d'une grande puissance. Elles ont dû cette importance à leur amour de la liberté, à leur marine, à leur richesse, résultat de leur activité économique et spécialement de leur commerce colonial. Les Provinces-Unies ont été en même temps un brillant foyer de vie intellectuelle et de vie artistique qui lui assurent l'une des premières places parmi les nations civilisées au XVIIe siècle.

La politique d'intolérance de Philippe II, qui voulait réaliser l'unité de foi dans son royaume, lui coûta la perte d'une partie des Pays-Bas, la plus riche portion de l'héritage de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, passés sous la domination de Charles-Quint, arrière-petit-fils du Téméraire et père de Philippe II. Les Pays-Bas comptaient 17 provinces - les dix du Sud - en gros, la Belgique d'aujourd'hui, de langue française - les sept du Nord, au-delà de la Meuse et du Rhin, d'origine germanique - la Hollande. L'introduction du protestantisme dans les Pays-Bas eut pour conséquence, surtout sous Philippe II, une politique de répression et de terreur qui provoqua en 1572 un soulèvement général. Le chef de l'insurrection fut un prince protestant allemand, Guillaume de Nassau, devenu par héritage prince d'Orange, en France; d'où le nom de Nassau d’Orange donné à la dynastie. Guillaume, nommé auparavant par Charles-Quint gouverneur de deux provinces des Pays-Bas - la Hollande et la Zélande - était surnommé « le Taiseux », celui qui sait se taire, d'où l'on fit plus tard « le Taciturne ». Adversaire redoutable des Espagnols, qu'il tint de longues années en échec, Guillaume vit sa tête mise à prix par Philippe Il et fut assassiné (1584). Provinces catholiques et provinces protestantes avaient tout d'abord marché d'accord et conclu en 1576 l'Union de Gand pour sauvegarder leur indépendance. Mais la désunion opposa bientôt calvinistes et catholiques, et l'habile diplomatie du gouverneur espagnol, Alexandre Farnèse, amena la rupture de l'Union de Gand. Les catholiques formèrent l'Union d’Arras, rentrèrent sous l'autorité de Philippe tandis que la même année (1579) les provinces du Nord signaient la « pacification d'Utrecht ». Deux ans après, le 26 juillet 1581, ces dernières proclamèrent leur indépendance et formèrent un Etat fédératif indépendant, la République des Provinces-Unies. En 1609, grâce à la médiation du roi de France, Henri IV, le roi d'Espagne, Philippe III, signa avec les Provinces-Unies une « trêve de 12 ans » qui équivalait en fait à reconnaître leur indépendance. La reconnaissance définitive n'eut lieu toutefois, on l'a vu, qu'en 1648 au Traité de Münster, après une nouvelle et sanglante lutte qui avait duré 27 ans, de 1621 à 1648. Les conséquences de cette longue et terrible crise pesèrent surtout sur les Pays-Bas espagnols qui en sortirent appauvris, ravagés et décimés. Le port d'Anvers, l'un des plus prospères de l'Europe, se trouva ruiné pour plus de deux siècles, au profit d'Amsterdam et de Londres.

A la fin de la guerre de Trente Ans, le traité signé à Münster entre l'Espagne et les Provinces-Unies (1648) reconnaissait à ces dernières leur pleine indépendance et la cession de territoires étendus. La république comprit dès lors deux sortes de territoires: Les sept provinces de la « pacification d'Utrecht » et les « Pays des Etats Généraux », conquis dans la suite, qui étaient la propriété commune des sept provinces. Ils tenaient leur nom du fait qu'ils étaient administrés par des magistrats nommés par les Etats-Généraux ou assemblée des députés des provinces. La république des Provinces-Unies était, en effet, une république fédérative qui présentait certaines analogies avec la Suisse et l'Empire. La province de Hollande, la plus peuplée et la plus riche, y jouait le plus grand rôle; ses ressources la rendaient supérieure aux six autres provinces réunies, si bien qu'aux yeux de l'étranger, son nom servait à désigner l'ensemble de la république. C'était bien plutôt des républiques fédérées, chacune d'elles ayant, comme les cantons suisses d'autrefois, ou les Etats de l'ancien Empire allemand, son gouvernement, ses finances, son armée. Dans chacune d'elles, le gouvernement était composé des Etats, c'est-à-dire, comme l'indique le terme allemand « Stände », des représentants élus des villes; du Pensionnaire - parce qu'il touchait une pension annuelle - qui était à la fois le secrétaire des Etats et leur avocat-conseil, en fait, un premier ministre; du Stadhouder, gouverneur de la province au temps de la domination espagnole, devenu le pouvoir exécutif. La force armée de terre était aux ordres d'un Capitaine, la flotte aux ordres d'un Amiral, tous deux nommés par les Etats.

Le gouvernement général des Provinces-Unies présentait les mêmes organes. « Leurs Hautes Puissances les Seigneurs des Etats Généraux », qui siégeaient à La Haye dans la province de Hollande, étaient le lien entre les provinces. Ils étaient composés de 40 à 50 députés, élus en nombre variable par les Etats provinciaux. Ils représentaient la république en face de l'étranger, c'était auprès d'eux qu'étaient accrédités les ambassadeurs étrangers, et d'eux que relevaient les envoyés de la République au dehors; eux encore qui nommaient le chef suprême des forces de terre et de mer, le Capitaine et Amiral général. Leurs députés, comme ceux de la Diète de l'ancienne Confédération germanique - après 1815 - ou ceux de la Diète de la Confédération suisse - avant 1798 et de 1815 à 1848 - votaient suivant les « instructions » qu'ils avaient reçues de leurs électeurs et devaient en référer, le cas échéant, à leurs mandants.

Le Grand Pensionnaire, leur secrétaire général, n'était autre que le Pensionnaire de Hollande, en raison de l'importance de cette province. En face de ces pouvoirs constitutionnels, un autre pouvoir s'était élevé, né des circonstances, sans qu'aucune loi en eût prévu l'établissement: celui du Stadhouder général. L'origine de ce pouvoir, appelé à de grandes destinées, remontait à la domination espagnole, Charles-Quint ayant donné aux provinces de Hollande et de Zélande, le même gouverneur, Guillaume de Nassau, prince d'Orange. Les provinces soulevées contre l'Espagne l'avaient maintenu dans ses fonctions pour assurer l'unité de commandement, et la charge était devenue, à la longue, héréditaire dans la famille de Nassau-Orange. De la sorte, grâce à la bravoure et au talent militaire de ses princes, les Nassau-Orange avaient pris, en fait, au regard de l'Europe, le caractère de maison souveraine; c'est ainsi que Charles ler d'Angleterre avait marié sa fille en 1641, au prince Guillaume Il de Nassau.

Cette concentration du pouvoir aux mains d'un seul répondait aux aspirations du parti « démocratique », de tendance unitaire formé des paysans et des marins, tandis que le parti « républicain », recruté dans la riche bourgeoisie commerçante, était hostile à l'unitarisme et au pouvoir personnel. Cette diversité d'attitudes politiques s'explique par le fait que les éléments du parti démocratique, moins étroitement associés aux affaires publiques que la bourgeoisie, avaient un sens très vif des inconvénients du fédéralisme en temps de guerre. Les « républicains », au contraire, parti urbain qui contribuait au paiement de la majeure partie des dépenses publiques, entendait contrôler de près la gestion de l'Etat. Ils désiraient une paix honorable qui permît de réduire les dépenses militaires. Par la force des choses, les « démocrates » se rangeaient derrière les stadhouders, princes de Nassau-Orange, les « républicains », en revanche, se groupaient naturellement autour du Grand Pensionnaire. Il s'ensuivit de longues luttes politiques, parfois sanglantes, qui se compliquèrent, au XVIIe siècle, de querelles religieuses entre théologiens et calvinistes à propos du dogme de la prédestination. Les « Arminiens » - d'Arminius, nom latin du théologien de Leyde, Harmensen - s'opposaient aux « Gomaristes », partisans de Gomar, qui maintenait dans toute sa rigueur le dogme de Calvin. La masse du peuple suivit Gomar par opposition au catholicisme dont se rapprochait la doctrine d'Arminius. On affecta d'y voir un danger pour l'indépendance et de considérer ses adhérents comme des gens susceptibles de favoriser le rétablissement de la domination espagnole. Le Grand Pensionnaire Barneveldt, malgré les mérites éminents qu'il s'était acquis dans la lutte contre l'Espagne, fut exécuté sur l'ordre du Stadhouder Maurice de Nassau (1619).

Les « républicains » prirent leur revanche 30 ans plus tard et gardèrent le pouvoir pendant une vingtaine d'années; les Hollandais, avec le Grand Pensionnaire, Jean de Witt, dominèrent les Etats Généraux et la République. Cependant le parti démocratique-orangiste reconstituait ses forces au moment où Guillaume III d'Orange - le futur roi d'Angleterre - arrivait à l'âge d'homme. Les Provinces-Unies étant entrées en guerre contre Louis XIV, en 1672, à la première défaite Guillaume fut nommé Stadhouder, puis Capitaine et Amiral général, et devint en fait, le souverain de la République. Jean de Witt fut égorgé dans une émeute par la populace orangiste. Ces âpres luttes politiques n'empêchèrent point, toutefois, les Provinces-Unies de développer leur commerce, leur industrie et leur marine, de créer de puissantes compagnies de commerce pour le trafic des Indes orientales et des Indes occidentales, ni d'atteindre un haut degré de civilisation dans les sciences et dans les arts.

Si l'on jette, en terminant cette vue d'ensemble, un coup d'oeil sur les institutions politiques et économiques du continent et de l'Angleterre, on constate que les pays maritimes - la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies - avaient établi à la fin du XVIIe siècle, un régime que l'on peut, dans ses grandes lignes, qualifier de libéral. Les pays continentaux, au contraire, s'en tenaient à une espèce d'économie dirigée - on se rappelle le colbertisme - et à la forme autoritaire de l'Etat, incarné par Louis XIV et par la monarchie impériale des Habsbourg.

L'avènement de Guillaume d'Orange au trône d'Angleterre consacrait la grandeur de sa maison, promue, de droit cette fois, au rang de dynastie régnante. Sous ses successeurs, les Hanovre, le Royaume-Uni allait continuer sa marche ascendants vers la prépondérance maritime qu'elle atteindra aux XVIIIe siècle, au prix de nouvelles luttes contre la France et l'Espagne. La Hollande était reléguée peu à peu au rang de puissance secondaire pour n'être bientôt, nonobstant sa prospérité, comme l'a écrit Michelet, qu'une barque dans le sillage du navire de haut bord britannique, devenu le maître des mers.

       
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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