La
France, pendant tout le règne de
Louis
XIV, fut le plus puissant des États de l’Europe
et le centre de la politique générale. Quand, hors de
France, on disait « le Roi »,
tout le monde entendait qu’il s’agissait du roi de France,
le roi par excellence. Il avait d’ailleurs, dès le début
de son règne personnel, manifesté avec éclat sa volonté de
mettre hors de pair la monarchie française. De Philippe
IV, roi d’Espagne, il avait exigé que ses
ambassadeurs cèdent partout le pas aux ambassadeurs de
France. A Charles II, roi
d’Angleterre, il avait dénié le droit d’exiger des
navires étrangers le salut au pavillon britannique en mer. «Je
saurai, avait-il dit, soutenir
mon droit, quoi qu’il puisse arriver.»
Au
moment où
Louis
XIV prend
en mains le gouvernement du royaume le plus peuplé de l’Europe,
les grands conflits européens semblent apaisés. Les
Traités
de Westphalie et des
Pyrénées
font loi; la paix règne dans le Nord, à la seule exception
des hostilités qui continuent entre Polonais et Russes.
En
Europe orientale, les Turcs
maintiennent par les armes leurs conquêtes et restent aux
prises avec l’Autriche en Hongrie et en Transylvanie, avec
les cosaques de l’Ukraine et du Don, avec la République de
Venise dans l’archipel. L’Angleterre
a rétabli la monarchie des Stuarts
(1660), qui tendent à instaurer l’absolutisme, et, comme
les Pays-Bas, devenus une grande puissance, est encore
l’alliée de la France. Les cantons
suisses, alliés eux aussi du Roi Très Chrétien, lui
fournissent des soldats valeureux et s’ouvrent a la
civilisation française tout en couvrant la frontière française
de l’Est. L’Espagne, malgré
ses défaites et la diminution ruineuse de sa population, possède
en Amérique l’empire le plus vaste du monde et fait encore
grande figure. Ses poètes, ses romanciers, ses dramaturges
sont lus, traduits, imités par les Anglais, les Italiens et
les Français. L’Italie, morcelée,
n’est qu’une «expression géographique
» - selon les termes que devait, 150 ans plus tard encore,
lui appliquer Metternich -,
mais elle reste la terre des grands souvenirs classiques. La Papauté,
bien que fort diminuée dans sa puissance politique, exerce
dans les arts un généreux mécénat et rayonne d’un grand
éclat spirituel jusqu’aux confins du monde.
Aux
Indes et en Chine,
de grands empires se constituent, tandis que sur les océans
et dans les vastes continents qu’ils baignent se perpétuent
les rivalités commerciales et les compétitions territoriales
qui mettront aux prises les anciens peuples coloniaux,
Espagnols et Portugais, et les nouveaux, Hollandais, Anglais
et Français. Dans l’ensemble, on aperçoit déjà des progrès
dans les relations entre l’Europe et le reste du monde, mais
aussi l’annonce de nouveaux conflits
qui se dérouleront au siècle suivant sur les champs de
bataille d’Europe, d’Asie et d’Amérique.