ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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La monarchie et le catholicisme
 
 

La monarchie française était une monarchie catholique, et le serment du roi, le jour du sacre, impliquait la lutte contre l'hérésie. Les protestants n'étaient qu'une minorité devenue de plus en plus impuissante au XVIIe siècle, même avant que la révocation de l'Edit de Nantes (1685) leur eût enlevé, comme on l'a vu, les garanties stipulées dans cet édit. L'immense majorité des Français était opposée, à la fois, aux huguenots et aux ultramontains, les deux partis extrêmes qui avaient été tous deux responsables des violences de la guerre civile et religieuse au siècle précédent. Le concordat de 1516 résistait à toutes les épreuves et l'Eglise de France resta étroitement liée jusqu'à la Révolution à la monarchie de qui dépendaient les bénéfices ecclésiastiques. Bien que le Saint-Siège n'acceptât pas toujours cet état de choses sans essayer de réagir, bien que ses agents en France, comme dans les autres Etats catholiques, fussent les jésuites, confesseurs des rois, l'union des deux pouvoirs subsistait fermement. Les rois tendaient néanmoins à profiter de la situation pour appuyer les revendications gallicanes et transformer l'Eglise de France en une Eglise nationale, qui ne serait pourtant pas schismatique. La partie la plus cultivée de la bourgeoisie et la majorité des grandes familles parlementaires, c'est-à-dire dont les membres faisaient partie des parlements ou cours de justice, partageaient les mêmes vues.

Cette situation se modifia complètement avec l'apparition du jansénisme dont l'importance dans l'histoire religieuse et politique de la France ne saurait être exagérée. On sait que le jansénisme doit son nom à Jansen ou Jansénius (1585-1638), professeur à la Faculté de théologie de Louvain, qui avait repris la doctrine sur la grâce d'un théologien de la même université, Michel de Bay, condamné par le Saint-Siège en 1567, et qui s'était soumis à l'autorité pontificale. Cette doctrine se rapprochait singulièrement de celle de Calvin sur la prédestination et fut vigoureusement combattue par les jésuites dont l'un d'eux la qualifia de « calvinisme rebouilli ». L'austérité du culte telle que la concevaient les jansénistes avait aussi quelque chose du dépouillement et de la simplicité huguenots. L'abbé de Saint-Cyran, plusieurs membres de la famille Arnauld, le grand Pascal lui-même, et beaucoup d'autres esprits fort distingués, qui avaient élu domicile dans l'ancien monastère de Port-Royal-des-Champs près de Paris, en furent les principaux défenseurs. Le jansénisme ne tarda pas à lier partie avec le gallicanisme. C'est qu'ils marquaient tous deux une opposition au Saint-Siège et qu'ils répondaient tous deux aussi à certains traits du génie national: Les Français voulaient bien être catholiques, mais à leur manière. Le gallicanisme, qui s'était renforcé au lendemain des guerres de religion par opposition à l'ultramontanisme et à l'esprit démocratique de la Ligue, était essentiellement une théorie religieuse et politique qui tendait à limiter la puissance de l'Eglise par celle de l'Etat. On peut même dire qu'il était le terme d'une évolution continue qui avait commencé en France au XIIIe siècle, lors de la lutte de Philippe-le-Bel contre le pape Boniface VIII. Gallicans et jansénistes se recrutaient tous deux dans les vieilles familles parlementaires, et c'est ce qui explique que tout ce monde se groupa autour de la doctrine de Saint-Cyran, encore que beaucoup de gallicans ne fussent pas jansénistes.

Le pouvoir royal, que ce soit sous Richelieu ou sous Louis XIV, se montra hostile à ces tendances extrêmes, même si elles semblaient de nature à servir sa politique. L'Etat monarchique ne tolère pas de dissidents, quels qu'ils soient; l'orthodoxie religieuse et la fidélité politique lui apparaissent liées. Du reste, Louis XIV, à partir de la révocation de l'Edit de Nantes, conduisit en Europe une politique catholique qui en faisait l'héritier moral de Philippe II, à cette différence près que ce serait la France, cette fois, qui en retirerait les bénéfices. Ainsi se précisa, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, un catholicisme d'Etat dont Bossuet fut le magnifique et savant interprète. Ce catholicisme poursuivait les jansénistes et les protestants d'une haine à peu près égale, leur préférant presque les esprits forts ou, comme on disait alors, les « libertins ». La situation vis-à-vis des gallicans était évidemment plus complexe, car le rêve d'une Eglise d'Etat était tentant, qui relèverait du roi plus encore que du pape. Il faillit bien se réaliser lorsque l'Assemblée du clergé vota, en 1682, les quatre fameux articles, fondements de l'Eglise gallicane, qui tourmentèrent si fort Bossuet. Mais les difficultés de la politique extérieure en détournèrent bientôt le roi qui avait besoin du pape pour sa lutte contre la coalition européenne dénommée la Ligue d'Augsbourg. Louis XIV fut bien excommunié - quoique avec discrétion - en 1687. Il n'en intervint pas moins à la fin du règne contre le quiétisme de Mme Guyon et du P. Quesnel et contre les jansénistes. C'est le roi qui, en 1713, poussa le pape à promulguer la bulle Unigenitus qui condamnait à la fois le « pur amour » du quiétisme et les prétentions outrées du gallicanisme.

On a pu dire avec raison « qu'un lien s'est établi sous Louis XIV, entre le trône et l'autel, que les siècles n'ont pas rompu, du moins dans la conscience des peuples » (Madaule, Les chrétiens dans la cité) . Ce catholicisme, classique comme on l'est au « Grand Siècle », repousse également la grâce partiale des jansénistes et les effusions d'un mysticisme trop mièvre du quiétisme. « Il conçoit le gouvernement de l'univers et celui de l'Eglise sur le même modèle que celui du royaume. Dieu est un monarque absolu, dont les rois sont les premiers sujets, ne devant qu'à Lui seul compte de leurs actes. De même le pape dans l'Eglise règle souverainement les matières dogmatiques, pourvu qu'il n'entreprenne pas sur ses propres prérogatives. La vertu essentielle du chrétien, comme du sujet, est l'obéissance. »

Cette monarchie majestueuse, qui revêtit à son apogée tant de grandeur qu'elle en imposait même à ses ennemis les plus acharnés, ne peut toutefois pas en dissimuler les échecs tragiques. Ce ne sont point seulement les revers militaires qui la laissent encore grande, mais cependant amoindrie dans une Europe plus forte, ni la désorganisation des finances, ni l'atroce misère du peuple sur laquelle Fénelon et Vauban attirent en vain l'attention du vieux monarque. C'est surtout l'opposition grandissante, politique et religieuse, qui n'attend que le moment pour escalader le pouvoir avec la Régence. Vingt ans après Bossuet, ce sera l'effondrement de cette puissance qu'il croyait éternelle. Ce sera la Régence et les Lettres persanes, le Diable boiteux, la perfide Histoire des oracles de Fontenelle, les articles de Bayle où le XVIIIe siècle ira chercher ses armes et, déjà, le persiflage de Voltaire. Aux jansénistes organisés en parti, les « philosophes » vont venir qui ne leur ménageront pas leur sympathie. Ils ne se priveront pas d'opposer les jansénistes aux jésuites, ni les gallicans aux ultramontains. Entre ces adversaires du catholicisme officiel, les « lumières » vont faire leur trouée. Dans un monde où l'ordonnance classique, bien qu'elle eût résisté aux assauts de la Renaissance et de la Réforme, n'avait pas triomphé des courants souterrains qui apparaissaient maintenant au grand jour, l'hostilité s'enhardit contre le trône et l'autel. A ces nouveaux assaillants qu'anime la confiance de l'homme dans l'humanité éblouie des premières conquêtes de la science, l'Eglise et la monarchie absolue apparaîtront bientôt comme les ruines d'un passé qui encombreront la route de l'avenir. Déjà la révolution est en marche. L'élargissement de l'idée du monde et la démolition scientifique des anciennes hypothèses, moment capital pour l'histoire de l'esprit humain, comme la réussite incomparable du classicisme français, donnent au XVIIe siècle dans l'histoire intellectuelle une des toutes premières places parmi les grands siècles.

      
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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