ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Âge Classique >>> Le XVIIe siècle

La guerre de Hollande (1672-1678)
 
 

C’était bien une guerre politique, économique, idéologique même qui se préparait. Déjà, les France et Pays-Bas se faisaient une guerre douanière qui n’empêchait pas le commerce hollandais de se développer et la Compagnie des Indes orientales de prendre un nouvel essor. La prospérité faisait d’ailleurs oublier le danger aux Hollandais. Fiers de leurs victoires navales sur l’Angleterre, de leur médiation entre la France et l’Espagne, ils économisaient sur l’armée et se préoccupaient davantage de leurs dividendes que du renforcement de leur défense. La Banque d’Amsterdam, créée en 1609, avait fait affluer le numéraire dans le pays et lui permettait de pratiquer des prêts à un taux inférieur à celui des autres États; elle avançait de l’argent aux souverains eux-mêmes.

Le Traité de Münster (1648), en donnant aux Hollandais l’embouchure de l’Escaut, avait ruiné Anvers à leur profit. Les provinces agricoles fournissaient en abondance le bétail, le beurre et le fromage. L’industrie, développée à la fin du XVIe siècle par les réfugiés protestants de Flandre, était très prospère. Les draps de Leyde, les velours d’Utrecht, les toiles et les tapisseries de Haarlem, les faïences de Delft étaient recherchés dans l’Europe entière. A ces bénéfices venaient s’ajouter les profits de la pêche, celle du hareng surtout, presque un monopole de la Hollande. Enfin, les transports par mer et le commerce colonial avec les Indes orientales, leur possession, avec l’Extrême-Orient, avec les Indes occidentales, exploitées par une autre compagnie, faisaient d’eux les «rouliers de la mer».

La vie intellectuelle n’y était pas moins brillante. La Hollande avait quatre universités, dont celle de Leyde avait une renommée européenne. Des savants comme le physicien Huyghens, le philologue bruxellois Juste Lipse, l’érudit français Scaliger, le philosophe Spinoza avaient une célébrité méritée. Descartes y avait trouvé la pleine liberté nécessaire à ses travaux. L’imprimerie avait une activité qu’évoque les noms des Elzévir, fondateurs de maisons d’éditions dans plusieurs villes. Les journaux, telle la célèbre « Gazette de Hollande », les « Nouvelles de Leyde », le « Mercure hollandais », avaient des correspondants dans le monde entier et donnaient des informations aussi nombreuses que substantielles.

Plusieurs d’entre eux étaient rédigés en français par des réfugiés politiques et religieux et trouvaient accès auprès du public cultivé de toute l’Europe. Une autre gloire de la Hollande, c’étaient ses peintres qui résumaient l’originalité de son génie, curieux des réalités, observateur attentif et consciencieux. Ils ont évoqué dans des toiles de maîtres la vie large et simple, à la fois, de cette bourgeoisie riche, laborieuse et patriote.

L’évolution politique des Provinces-Unies contribuait, elle aussi, à renforcer leur position en Europe. A côté du «Grand Pensionnaire », secrétaire des Etats Généraux, composés des députés des provinces, et qui faisait figure de président de la république, s’était élevé le pouvoir du « Stadhouder général », né des circonstances. Le « Stadhouderat » tendait à devenir héréditaire dans la famille de Nassau-Orange, qui prenait caractère de famille souveraine, appelée à jouer bientôt un rôle de pre­mier plan dans l’histoire européenne.

Louis XIV détestait d’instinct la Hollande calviniste et républicaine, son gouvernement de «marchands », tandis que l’impérialisme économique, préconisé par Colbert, visait à abaisser la suprématie commerciale des Provinces-Unies et, comme il disait, « à briser les prohibitions à coups de canon ».

La guerre, cependant, n’éclata pas tout de suite. Comme les Hollandais avaient réussi, en 1669, à faire de la Triple Alliance de La Haye une alliance permanente pour le maintien de la Paix d’Aix-la-Chapelle, Louis XIV riposta en cherchant à isoler la Hollande avant d’ouvrir les hostilités. Cette campagne diplomatique, qui dura trois ans, fut facilitée par la jalousie qu’excitait la richesse de la Hollande. Le roi de France acheta l’alliance de l’Angleterre, puis celle de la Suède en lui offrant davantage que ne le faisait son rival, celle des princes allemands du Rhin, et enfin la neutralité de l’empereur Léopold, toujours à court d’argent. Les Hollandais, cependant, sourds aux exhortations du Grand Pensionnaire, Jean de Witt, se refusaient à prendre les mesures militaires indispensables. En même temps, la lutte douanière battait son plein, entraînant de chaque côté des taxes toujours plus draconiennes: c’était une guerre sans merci où chacun des deux pays espérait ruiner le commerce de l’autre.

Lorsque Louis XIV eut achevé la concentration de ses troupes, il déclara la guerre et entra en campagne au mois de mai 1672, commandant en personne  120.000 hommes, sous Turenne et Condé. Le passage du Rhin forcé, Louis XIV se crut le maître de la Hollande quand, par une résolution d’un sublime héroïsme, les Hollandais arrêtèrent sa marche en ouvrant les écluses et en crevant les digues qui protégeaient de l’inondation leur pays, placé au-dessous du niveau de la mer. L’offensive française fut arrêtée net au bout de huit jours.

Conscients néanmoins de la puissance de leur adversaire, les Hollandais offrirent la paix, s’engageant à céder la place forte de Maëstricht avec une grosse indemnité de guerre. Louis XIV, mal conseillé par son orgueil et par son ministre, le dur Louvois, refusa et demanda la cession d’un territoire plus important en même temps qu’une indemnité de guerre beaucoup plus forte. Les Hollandais, dès lors, ne songèrent plus qu’à la lutte à outrance. Jean de Witt, injustement rendu responsable de le défaite, fut assassiné, et le stadhouder Guillaume d’Orange prit fermement en mains le pouvoir. Ce chef de 21 ans, aussi grand soldat qu’habile politique, allait être désormais jusqu’à la fin de sa vie l’adversaire tenace et irréductible du roi de France. Le brusque arrêt de l’armée française provoqua un revirement total des alliances et une guerre européenne. L’Electeur de Brandebourg, l’Empereur, puis les Princes d’empire et l’Espagne, et finalement l’Angleterre, prirent le parti de la Hollande (1673-1677). Louis XIV, renonçant à détruire la Hollande, se tourna contre l’Espagne, lui reprit la Franche-Comté et entreprit d’achever la conquête des Pays-Bas et d’enlever Maëstricht. La victoire couronna ses armes tandis que Turenne battait les Impériaux en Alsace où il trouva la mort.

Dans le Nord et l’Est de l’Europe, les affaires tournaient mal pour Louis XIV. Les Suédois, ses alliés, étaient vaincus par les Prussiens du Grand Electeur et les Danois. Les Polonais et les Turcs, contenus par les Russes, ne pouvaient pas aider la France; les Polonais, d’ailleurs, ne voulaient pas faire le jeu des infidèles contre l’Autriche catholique. Si, à la fin de 1678, la Moscovie, la Turquie, la Pologne et le Brandebourg avaient réalisé des agrandissements, Louis XIV devait néanmoins réussir, à la conclusion de la paix, à rétablir au profit de la Suède l’équilibre baltique, un moment gravement menacé. Dans la Méditerranée, en revanche, les escadres françaises avaient affirmé leur supériorité sur la flotte hollandaise.

      
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
Copyright © Yannick RUB