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C’était
bien une guerre politique, économique,
idéologique même qui se préparait.
Déjà, les France et Pays-Bas se faisaient une guerre
douanière qui n’empêchait pas le commerce
hollandais de se développer et la
Compagnie des Indes orientales de prendre un nouvel
essor. La prospérité faisait d’ailleurs oublier le danger
aux Hollandais. Fiers de leurs victoires navales sur l’Angleterre,
de leur médiation entre la France et l’Espagne, ils économisaient
sur l’armée et se préoccupaient davantage de leurs
dividendes que du renforcement de leur défense. La Banque
d’Amsterdam, créée en 1609,
avait fait affluer le numéraire dans le pays et lui
permettait de pratiquer des prêts à un taux inférieur à
celui des autres États; elle avançait de l’argent aux
souverains eux-mêmes.
Le
Traité de Münster (1648),
en donnant aux Hollandais l’embouchure de l’Escaut, avait
ruiné Anvers à leur profit. Les provinces agricoles
fournissaient en abondance le bétail, le beurre et le
fromage. L’industrie, développée à la fin du XVIe siècle
par les réfugiés protestants de Flandre, était très prospère.
Les draps de Leyde, les velours d’Utrecht, les toiles et les
tapisseries de Haarlem, les faïences de Delft étaient
recherchés dans l’Europe entière. A ces bénéfices
venaient s’ajouter les profits de la pêche, celle du hareng
surtout, presque un monopole de la Hollande. Enfin, les
transports par mer et le commerce colonial avec les Indes
orientales, leur possession, avec l’Extrême-Orient, avec
les Indes occidentales, exploitées par une autre compagnie,
faisaient d’eux les «rouliers de la
mer».
La vie intellectuelle n’y était pas moins
brillante. La Hollande avait quatre
universités, dont celle de Leyde avait une renommée
européenne. Des savants comme le physicien Huyghens,
le philologue bruxellois Juste Lipse,
l’érudit français Scaliger,
le philosophe
Spinoza
avaient une célébrité méritée.
Descartes
y avait trouvé la pleine liberté nécessaire à ses travaux.
L’imprimerie avait une activité qu’évoque les noms des Elzévir,
fondateurs de maisons d’éditions dans plusieurs villes. Les
journaux, telle la célèbre « Gazette
de Hollande », les « Nouvelles
de Leyde », le « Mercure
hollandais », avaient des correspondants dans le monde
entier et donnaient des informations aussi nombreuses que
substantielles.
Plusieurs
d’entre eux étaient rédigés en français par des réfugiés
politiques et religieux et trouvaient accès auprès du public
cultivé de toute l’Europe. Une autre gloire de la Hollande,
c’étaient ses peintres qui résumaient l’originalité de
son génie, curieux des réalités, observateur attentif et
consciencieux. Ils ont évoqué dans des toiles de maîtres la
vie large et simple, à la fois, de cette bourgeoisie riche,
laborieuse et patriote.
L’évolution
politique des Provinces-Unies contribuait, elle aussi, à
renforcer leur position en Europe. A côté du «Grand
Pensionnaire », secrétaire des Etats Généraux, composés
des députés des provinces, et qui faisait figure de président
de la république, s’était élevé le pouvoir du «
Stadhouder général », né des circonstances. Le « Stadhouderat » tendait à devenir héréditaire dans la
famille de Nassau-Orange, qui prenait caractère de famille
souveraine, appelée à jouer bientôt un rôle de premier
plan dans l’histoire européenne.
Louis
XIV détestait d’instinct la Hollande calviniste et républicaine,
son gouvernement de «marchands », tandis que l’impérialisme
économique, préconisé par Colbert, visait à abaisser la
suprématie commerciale des Provinces-Unies et, comme il
disait, « à briser les prohibitions à coups de canon
».
La
guerre, cependant, n’éclata pas tout de suite. Comme les
Hollandais avaient réussi, en 1669, à faire de la Triple
Alliance de La Haye une alliance permanente pour le maintien
de la Paix d’Aix-la-Chapelle,
Louis
XIV riposta en cherchant
à isoler la Hollande avant d’ouvrir les hostilités. Cette
campagne diplomatique, qui dura trois ans, fut facilitée par
la jalousie qu’excitait la richesse de la Hollande. Le roi
de France acheta l’alliance de l’Angleterre, puis celle de
la Suède en lui offrant davantage que ne le faisait son
rival, celle des princes allemands du Rhin, et enfin la
neutralité de l’empereur Léopold, toujours à court
d’argent. Les Hollandais, cependant, sourds aux exhortations
du Grand Pensionnaire, Jean de Witt, se refusaient à prendre
les mesures militaires indispensables. En même temps, la
lutte douanière battait son plein, entraînant de chaque côté
des taxes toujours plus draconiennes: c’était une guerre
sans merci où chacun des deux pays espérait ruiner le
commerce de l’autre.
Lorsque
Louis
XIV eut achevé
la concentration de ses troupes, il déclara la guerre et entra
en campagne au mois de mai 1672, commandant en personne
120.000 hommes, sous Turenne
et Condé. Le passage du
Rhin forcé,
Louis
XIV se crut le maître de la
Hollande quand, par une résolution d’un sublime héroïsme,
les Hollandais arrêtèrent sa marche en ouvrant les écluses
et en crevant les digues qui protégeaient de l’inondation
leur pays, placé au-dessous du niveau de la mer.
L’offensive française fut arrêtée net au bout de huit
jours.
Conscients
néanmoins de la puissance de leur adversaire, les Hollandais
offrirent la paix, s’engageant à céder la place forte de
Maëstricht avec une grosse indemnité de guerre.
Louis
XIV,
mal conseillé par son orgueil et par son ministre, le dur
Louvois, refusa et demanda la cession d’un territoire plus
important en même temps qu’une indemnité de guerre
beaucoup plus forte. Les Hollandais, dès lors,
ne songèrent
plus qu’à la lutte à outrance.
Jean de Witt, injustement
rendu responsable de le défaite, fut assassiné, et le
stadhouder Guillaume d’Orange prit fermement en mains le
pouvoir. Ce chef de 21 ans, aussi grand soldat qu’habile
politique, allait être désormais jusqu’à la fin de sa vie
l’adversaire tenace et irréductible du roi de France. Le
brusque arrêt de l’armée française provoqua un revirement
total des alliances et une guerre européenne. L’Electeur de
Brandebourg, l’Empereur, puis les Princes d’empire et
l’Espagne, et finalement l’Angleterre, prirent le parti de la
Hollande (1673-1677).
Louis
XIV, renonçant à détruire la Hollande,
se tourna contre l’Espagne, lui reprit la Franche-Comté
et entreprit d’achever la conquête des Pays-Bas et
d’enlever Maëstricht. La victoire couronna ses armes tandis
que Turenne battait les Impériaux en Alsace où il trouva la
mort.
Dans le Nord et l’Est de l’Europe, les affaires tournaient mal
pour
Louis
XIV.
Les Suédois, ses alliés, étaient vaincus par les Prussiens du
Grand Electeur et les Danois. Les Polonais et les Turcs,
contenus par les Russes, ne pouvaient pas aider la France; les
Polonais, d’ailleurs, ne voulaient pas faire le jeu des
infidèles contre l’Autriche catholique. Si, à la fin de 1678,
la Moscovie, la Turquie, la Pologne et le Brandebourg avaient
réalisé des agrandissements,
Louis
XIV devait néanmoins réussir, à la
conclusion de la paix, à rétablir au profit de la Suède
l’équilibre baltique, un moment gravement menacé. Dans la
Méditerranée, en revanche, les escadres françaises avaient
affirmé leur supériorité sur la flotte hollandaise.
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