ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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La révocation de l'Edite de Nantes (1685)
 
 

Au nombre des causes du conflit qui se préparait, il faut mettre la proscription par Louis XIV, qui croyait obéir à Dieu, de la religion réformée. Cet acte, qui relevait de la conscience du roi et qui eut tant de conséquences pour la vie intérieure du royaume, a eu aussi des répercussions internationales. Les princes et les peuples attachaient alors une grande importance à la religion et aux Eglises d’Etat, et à considérer, par exemple, les seuls royaumes de France et d’Angleterre, on voyait les intérêts religieux influer sur le gouvernement intérieur et même extérieur, et les luttes confessionnelles reprendre toute l’âpreté du siècle précédent. La révocation de l’Edit de Nantes et, trois ans plus tard, la révolution anglaise sont des événements à la fois politiques et religieux, d’une portée nationale et internationale. C’est qu’il semblait alors à l’immense majorité des catholiques comme des protestants que la solidité de l’édifice social était ébranlée et même compromise si l’on tolérait deux religions dans un même Etat.

On sait que l’Edit de Nantes, donné par Henri IV, en 1598, avait fait au parti protestant une situation politique privilégiée et lui avait permis d’organiser une espèce de république fédérale, véritable Etat dans l’Etat. Richelieu l’avait brisé, puis ramené les protestants au droit commun par l’Edit d’Alais (1629), c’est-à-dire avait enlevé les privilèges concédés par l’Edit de Nantes, mais leur avait garanti la liberté du culte. Richelieu, puis Mazarin interprétèrent les points obscurs de l’Edit de Nantes dans un sens favorable à la minorité religieuse et reconnurent qu’elle se comportait en loyaux sujets. Louis XIV suivit bientôt une autre voie qui n’était que la dernière étape d’une longue et patiente politique. Si le désir du roi était, au début, de n’obtenir que des conversions sincères, acquises par la persuasion, il en vint ensuite à l’intimidation et enfin à une véritable terreur.

Des mesures de plus en plus rigoureuses avaient été prises après la Paix de Nimègue, si bien qu’en 1680, l’Assemblée du Clergé de France n’avait presque plus rien à réclamer. Les protestants étaient exclus des charges et des «offices». Il ne restait plus qu’à leur interdire - et c’est ce que demanda l’Assemblée du Clergé en 1685 - les professions d’avocat, d’imprimeur, de libraire, ainsi que les métiers de cabaretier et d’aubergiste.

En Poitou, dans le Dauphiné, dans le Languedoc, à Montauban, comme à Bordeaux, Castres et Montpellier, les huguenots passaient en masse au catholicisme. Le roi, tout en recommandant de «ménager les banquiers et les chefs de manufactures», laissait faire ses ministres; Louvois le persuadait que «tout est catholique».

Il pensait qu’il y allait de son salut. Il était harcelé par l’Assemblée du Clergé, par son confesseur, le père de La Chaise, par l’archevêque de Paris, par le vieux Chancelier Michel Le Tellier, par Mme de Maintenon - petite-fille, convertie au catholicisme, d’un des plus illustres calvinistes du XVIe siècle, Agrippa d’Aubigné, et que Louis XIV avait épousée secrètement en 1684. Elle avait tiré le roi des désordres de sa vie privée et l’avait ramené à la vie chrétienne. Tous le persuadaient par des arguments efficaces que le célèbre mémorialiste, le duc de Saint-Simon, a exposé cette fois sans partialité:

« On toucha un dévot de la douceur de faire aux dépens d’autrui une pénitence facile, qu’on lui persuada sûre pour l’autre monde; on saisit l’orgueil du roi en lui montrant une action qui passait le pouvoir de tous ses prédécesseurs; on le détermina, lui qui se piquait sérieusement de gouverner par lui-même, d’un chef-d’oeuvre à la fois de politique et de religion ». 

«Je ne peux douter, écrivait le roi à un abbé, que c’est la volonté divine qui se veut servir de moi pour remettre dans ses voies tous ceux qui sont soumis à mes ordres ».

Mme de Maintenon, Louvois, Le Tellier levèrent les dernières hésitations du maître qui signa le 18 octobre 1685, à Fontainebleau, l’Edit de révocation. Les temples seront démolis, les écoles protestantes fermées, les enfants des huguenots élevés dans la religion catholique; les curés baptiseront ceux qui naîtront dans la R. P. R. (la religion prétendue réformée). Les ministres qui ne voudront pas se convertir seront exilés; leurs fidèles qui sortiraient du royaume encourront la peine des galères. L’édit devait recevoir une exécution immédiate dans tout le royaume, sauf en Alsace afin d’y respecter les clauses des Traités de Westphalie.

La révocation fut accueillie avec enthousiasme par la presque unanimité de la nation. Devant cet acte odieux et inouï d’intolérance, les esprits les plus élevés, Racine, La Bruyère, La Fontaine, Mme de Sévigné exprimèrent leur admiration. Bossuet, qui avait écrit: «Contraindre à la messe, ceux qui refusent la confession et ses suites, c’est les induire en erreur et avilir la messe dans leur esprit», dit dans son oraison funèbre de Le Teiller, prononcée devant le roi: «C’est le digne ouvrage de votre règne, c’en est le propre caractère; par vous, l’hérésie n’est plus; Dieu seul a pu faire cette merveille.» Quant au pape Innocent XI, Saint-Simon aussi hostile pourtant au pontife qu’au roi, a dit: « Cette main basse sur les huguenots ne peut tirer de lui la moindre approbation. » Il en fut réduit à solliciter Jacques Il, roi d’Angleterre, d’intercéder auprès de Louis XIV en faveur des protestants français.

L’exode d’environ 300.000 protestants qui renoncèrent à tout, risquèrent leur liberté et leur vie pour sauver leur foi, montra bientôt au roi la grandeur de sa faute. On sait, au surplus, quel affaiblissement moral, intellectuel, économique et politique, militaire même, subit la France du fait de la révocation.

Hors du royaume, l’édit de Fontainebleau causa une stupeur indignée. Louis XIV apparaissait à l’Europe non plus seulement comme un arbitre redoutable, mais comme un despote. C’est qu’au moment où le roi de France était à l’apogée de sa puissance, où il se croyait peut-être le maître des hommes, des choses et même des consciences, s’achevait une révolution intellectuelle et morale d’une portée incalculable: la victoire sur le principe d’autorité, de la philosophie rationaliste et de la science expérimentale, début de cette crise de la conscience européenne qui devait marquer de son empreinte le siècle suivant.

    
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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