La
succession d’Espagne était immense. En Europe: l’Espagne,
les Baléares, la Navarre,
la Sicile, la Sardaigne,
le royaume de Naples, le Milanais,
la Franche-Comté et les
Pays-Bas. Hors d’Europe: la
moitié de l’Amérique avec les
mines du Pérou et
du Mexique; une partie de l’Océanie
et des établissements en Afrique.
Louis XIV, on l’a dit,
ne songeait pas à en recueillir pour lui la totalité. Aussi,
dès 1665, à la mort de Philippe IV,
fit-il proposer à l’empereur Léopold
Ier, gendre comme lui du défunt, un traité
de partage qui fut signé en secret, à Vienne, dans la
nuit du 19 au 20 janvier 1668. Philippe IV avait eu, d’un
second mariage, un fils si malingre, Charles
Il, qu’on ne pensait pas qu’il pût vivre; au fait,
il mit 40 ans à mourir et ne décéda qu’en 1700. Par le
Traité de Vienne, si la succession d’Espagne venait à
s’ouvrir par défaut de descendance directe, Louis XIV
devait recevoir les Pays-Bas, la Franche-Comté, le royaume de
Navarre, les royaumes de Naples et de Sicile, les présides du
Maroc et les Philippines; l’empereur, tout le reste.
A
cette date, le roi de France avait déjà commencé à se
mettre en possession d’une partie de l’héritage, la
Flandre, au nom du «droit de dévolution».
C’était une coutume du Brabant en vertu de laquelle les
enfants nés d’un premier mariage - en la circonstance, Marie-Thérèse,
épouse de
Louis XIV - étaient
seuls héritiers de leurs parents, à l’exclusion des
enfants nés d’un second mariage - en la circonstance, Charles
Il. La Flandre fut rapidement conquise, en 1667,
après quoi Louis XIV invita la régente d’Espagne, veuve de
Philippe IV, à reconnaître
le fait accompli. Comme elle ne répondait pas, le vainqueur,
pour la contraindre à céder, fit occuper la Franche-Comté
(février 1668).
Si
les prétentions de Louis XIV étaient
juridiquement insoutenables, les Hollandais n’en étaient
pas moins effrayés des victoires de l’armée française.
Mais ils étaient
paralysés
par la guerre maritime qu’ils
soutenaient contre l’Angleterre. Les Anglais, alarmés
eux aussi de la présence des Français sur l’Escaut, tombèrent
d’accord avec leurs ennemis pour signer la paix à Bréda
(juillet 1667). La Hollande
et l’Angleterre se rapprochèrent
aussitôt et formèrent avec la Suède
dont ils achetèrent le concours, la « Triple
Alliance de la Haye » (janvier 1668). C’était
le commencement des coalitions dirigées contre la France,
considérée désormais comme le plus puissant des États,
celui contre lequel il fallait se garder. Les Alliés coalisés
offrirent leur médiation que
Louis XIV accepta sous la menace d’une coalition générale.
La
paix fut cependant conclue en dehors des médiateurs auxquels
la diplomatie du pape Clément IX
avait prêté son concours. A la Paix
d’Aix-la-Chapelle (2 mai
1668), ils n’eurent qu’à enregistrer l’accord
intervenu à Saint-Germain entre
Louis XIV et la régente d’Espagne. Louis XIV gardait
ses conquêtes aux Pays-Bas et rendait la Franche-Comté. La
paix n’était d’ailleurs qu’une trêve et, déjà,
le roi de France songeait à châtier ce qu’il appelait l’orgueil
des Hollandais, rivaux du commerce et de la marine de
France, et à les « anéantir
».