ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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La coalition générale contre Louis XIV (1688-1697)
 
 

La révocation de l’Edit de Nantes tourna contre Louis XIV tous les Etats protestants et ajouta les haines religieuses aux haines politiques. L’offensive protestante trouva bientôt des auxiliaires en d’autres princes menacés par la puissance de Louis XIV, et Guillaume d’Orange réussit aisément à réunir dans une nouvelle coalition les divers groupes d’alliés déjà formés. Dès 1688, une coalition générale contre la France était constituée, la Ligue d’Augsbourg, dans laquelle entrèrent l’Empereur, les rois d’Espagne et de Suède, plusieurs Electeurs et le duc de Savoie. La ligue n’eut d’abord qu’un caractère défensif; mais Louis XIV avant imposé un candidat de son choix à l’électorat de Cologne au détriment du candidat légalement élu, ce fut le signal de la guerre générale.

Au même moment, la révolution d’Angleterre, religieuse et politique, avait fait de Guillaume d’Orange le roi d’Angleterre sous le nom de Guillaume III. L’Angleterre allait employer désormais toutes ses forces contre la France et, grâce à son concours, les coalisés purent contrebalancer la puissance de Louis XIV.

Le roi de France tint tête seul, sans un allié, pendant neuf ans, à la coalition aux Pyrénées, aux Alpes, sur le Rhin et dans les Pays-Bas. Il ne se battit pas pour s’agrandir, mais pour conserver ses conquêtes. Les faits saillants de la lutte furent l’horrible dévastation du Palatinat par ordre de Louvois, l’expédition d’Irlande pour rétablir Jacques Il Stuart, qui fut un échec, l’indécise bataille navale de la Hougue, les victoires françaises de Fleurus, de Steinkerque, de Neerwinden, de Stalfarde et de la Marsaille.

La lassitude, l’épuisement et les difficultés financières des belligérants amenèrent, en 1697, la paix générale. Les corsaires français, Jean Bart et Duguay-Trouin surtout, restés légendaires, ruinaient le commerce anglais et hollandais; l’Angleterre commençait à plier sous une dette énorme pour le temps, dette estimée à deux milliards de francs-or; l’Empereur était, une fois de plus, aux prises avec les Turcs qu’il devait vaincre et refouler dans la suite. Le congrès de la paix se réunit le 9 mai 1697 dans un château des princes d’Orange, à Ryswick, près de La Haye, sous la médiation de la Suède; la paix fut conclue le 20 septembre avec les coalisés à l’exception de l’Empereur qui la signa le 30 octobre.

Dès le début des pourparlers, Guillaume III était décidé à tout faire pour en éviter la rupture, car il avait compris que les forces de la France étaient de taille à lui infliger de nouvelles défaites tant sur le continent que dans les colonies d’Amérique. Les rois d’Angleterre et de France se donnèrent des assurances mutuelles concernant l’appui à Jacques Il et aux protestants français. Les Hollandais reçurent satisfaction par l’engagement de Louis XIV de remplacer le tarif douanier draconien de 1667 par un tarif plus modéré et par l’exemption du droit d’entrée qui frappait leurs vaisseaux. Louis XIV exigea que l’Empereur lui reconnût la possession de Strasbourg et, comme Léopold résistait, les Anglais et les Hollandais lui firent comprendre qu’ils n’entendaient pas se ruiner pour qu’il conservât Strasbourg; il céda. Le roi d’Espagne recouvra la Catalogne et Barcelone, Luxembourg et les places conquises depuis la Paix de Nimègue; l’Empire, les places occupées hors d’Alsace, ce qui impliquait pour Louis XIV l’abandon de la Lorraine sauf Longwy et Sarrelouis. La modération du roi de France à Ryswick lui avait été dictée par le souci de l’ouverture, qu’on croyait imminente de la succession d’Espagne. L’Angleterre sortait du conflit riche de profit et de gloire. La Chambre des Communes remercia Guillaume III, roi élu à la suite d’une révolution faite au nom de la souveraineté nationale, de «l’honneur qu’il redonnait à l’Angleterre de tenir la balance de l’Europe».

Une question se posait désormais: lequel des deux systèmes d’Etat en présence allait l’emporter la monarchie absolue de Louis XIV ou la monarchie constitutionnelle de l’Angleterre?

En Angleterre, le régime constitutionnel fonctionnait régulièrement. En face de la vieille aristocratie terrienne s’était constituée une nouvelle aristocratie d’argent, celle qui avait prêté à l’Etat, fondé la dette publique et qui tenait le gouvernement par le crédit. Une Angleterre nouvelle s’élevait, plus moderne, plus hardie, plus libre, qui allait faire la conquête du monde.

La France, en dépit des 19 millions d’habitants qu’elle pouvait opposer aux six ou sept millions de la Grande-Bretagne, était en proie à de graves difficultés financières et à une misère profonde dans les campagnes. Symptôme plus grave encore: le pouvoir royal s’affaiblissait à l’intérieur du royaume. Qu’il suffise de rappeler ici avant d’exposer les institutions françaises, que le roi devait céder au Saint-Siège sur les questions si ardemment controversées des libertés gallicanes et du jansénisme; les disputes théologiques aggravaient le déclin de la puissance royale. 

Le Grand Roi, enfin, commençait même à reculer devant la résistance opiniâtre des huguenots et cherchait secrètement à se dégager des maximes et des pratiques d’exception ; partant, l’exode des protestants s’arrêtait et, lentement, le religion réformée reconstituait ses forces. La monarchie française, en somme, sortait affaiblie de la guerre à l’intérieur comme à l’extérieur tandis que la nation anglaise serrée autour d’un gouvernement national, consolidait sa puissance et ses assises politiques, économiques et sociales.

Au lendemain des Traités de Ryswick, tandis que les puissances européennes croient jouir des bienfaits de la paix, si l’on compare l’ensemble du monde avec ce qu’il était en 1660, on constate un énorme progrès des échanges entre les divers domaines de navigation, de commerce et même de civilisation. Les gouvernements et les peuples vouent un intérêt croissant à leurs marchands, à leurs colons, à leurs missionnaires, propagateurs de l’Evangile, mais aussi de leur culture. Certaines civilisations s’ouvrent aux Européens; d’autres leur sont plus fermées; mais de graves compétitions sont à la veille de s’élever entre les nations. Rivalités dans les mers du Nord et dans la Méditerranée, dans l’océan Atlantique et l’Amérique du Nord, dans l’océan Pacifique, l’Asie et l’Amérique du Sud. Au moment où va s’ouvrir la succession d’Espagne, qui aura les colonies espagnoles? Resteront-elles à Sa Majesté catholique? Ou passeront-elles à la France? A la Hollande? A l’Angleterre? Et le duel ne s’annonce-t-il pas entre la France et la Grande-Bretagne pour la possession des empires coloniaux?

Or, au moment où les puissances entament des négociations pour la succession espagnole, la guerre austro-turque se termine par la victoire de l’Autriche, consacrée par la Paix de Carlowitz (1699), et par celle de ses alliés polonais, vénitien et russe. Les Habsbourg, en possession de la Hongrie et de la Transylvanie, à l’exception du banat de Temesvar, avaient ainsi rétabli la situation à leur profit. La paix était à peine faite avec les Turcs que déjà la Pologne et la Russie se retournaient contre la Suède. Une première coalition, dans laquelle entrent la Pologne, le Brandebourg, le Danemark, se noue contre Charles XII, l’aventureux et héroïque roi de Suède. L’intervention des puissances maritimes rétablit à son profit l’équilibre de la Baltique; puis il défait à Narva (1700), les forces supérieures du tsar Pierre-le-Grand. La lutte n’était pas terminée; elle reprendra au début du siècle suivant et se terminera par la victoire du jeune Empire russe qui entrera dans l’histoire européenne.

  
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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