ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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La Renaissance

 
 

La Renaissance est une période de rénovation littéraire, artistique, et scientifique, qui se produisit en Europe par la diffusion de connaissances nouvelles, d'abord et prioritairement parmi un milieu lettré. Durant cette période, la société féodale morcelée du Moyen Âge, avec son économie agricole et sa vie intellectuelle et culturelle dominée par l’Église, s’est transformée en une société de plus en plus subordonnée à des institutions politiques centralisées, avec une économie urbaine et commerciale, et un patronage laïque de l’enseignement, des arts et de la musique. Le mot Renaissance nous est venu d'Italie, où l'on parlait de la Rinascita des lettres et des arts dès la fin du XIVe siècle (les italiens disent aujourd'hui Rinascimento). La Renaissance est avant tout un phénomène urbain, issu en grande partie des villes d’Italie du Centre et du Nord comme Rome, Florence, Ferrare, Milan et Venise.

Ce mouvement eut donc comme origine la « Renaissance » italienne ou plutôt « pré-Renaissance » qui se produisit en effet dans plusieurs villes d'Italie dès le XIVe siècle, se propagea au XVe siècle dans la plus grande partie de l'Italie, en Espagne, dans certaines régions d'Europe du Nord et d'Allemagne, sous la forme de ce que l'on appelle la
première Renaissance (Quattrocento), puis gagna l'ensemble de l'Europe au XVIe siècle (Cinquecento). Les Italiens appellent le XVe siècle le Quattrocento parce que les années de ce siècle commencent par « quatre cents »: de même le Cinquecento correspond à notre XVIe siècle. Le terme de Renaissance est utilisé pour la première fois en 1855 par l’historien Jules Michelet pour parler de la « découverte du monde et de l’Homme » au XVIe siècle. Jakob Burckhardt, dans Civilisation de l’Italie au temps de la Renaissance (1860), définit la Renaissance comme la période située entre Giotto et Michel-Ange, Burckhardt caractérise l’époque par la naissance de l’humanisme et de la conscience modernes.

Au cours du XVe siècle, un certain nombre de progrès techniques et de redécouvertes vont conduire les lettrés à modifier leur vision du monde. Le Moyen Age a été très fécond dans l'évolution de la réflexion. A partir du XIIIe siècle, la mise en place en Europe d'universités va permettre une plus grande concentration des maîtres et une ébauche de réflexion sur des thèmes divers. La réflexion théologique semble toujours au centre de la pensée. La contestation de l'ordre établi par la papauté est à l'origine de ces réflexions. L'Anglais Guillaume d'Ockham, par exemple, formalise la pensée que les ordres mendiants, comme les franciscains, ont avancé.

L'évolution des idées entraîne dans les dernières décennies du XVe siècle certains à s'interroger sur la place de l'homme dans le monde. Pic de la Mirandole définit le premier cette pensée sur l'homme dans ses 900 thèses prononcées en 1486. Il va plus loin en formalisant ses idées sur l'Homme dans son ouvrage "Discours sur la dignité humaine". Se prévalant d'une connaissance encyclopédique, Pic de la Mirandole fait de l'homme le seigneur du monde terrestre. Créé à l'image de Dieu, l'homme est maître de son destin. Il devient l'Homo Faber. La diffusion de la pensée se fait également de manière plus importante grâce aux progrès de l'imprimerie. Ainsi, les idées de Pic de la Mirandole trouvent des échos dans l'Europe, tandis que ses textes de référence sont réimprimés.

La conjonction entre la rediffusion des oeuvres anciennes et l'avancée de la pensée replaçant l'homme au centre du monde sont les deux piliers de l'humanisme qui va bientôt rayonner dans l'ensemble de l'Europe. A cette première génération d'humanistes italiens qui disparaît avant 1500, succède un second groupe, dont Pietro Bembo et Arioste sont les représentants. Une place particulière doit être réservée à Machiavel. Sans contexte humaniste, Machiavel réfléchit plus sur les problèmes politiques et militaires. "Le Prince" est une oeuvre majeure qui renouvelle la pensée politique et évoque la problématique du bonheur de la cité et du rôle des instances dirigeantes. De même, Machiavel publie un traité militaire qui rompt avec les études antiques, notamment celle de Vergèce. Le reste de l'Europe est également touché par cette vague humaniste, notamment en France. Au XVe siècle, Pierre Gaguin apparaît comme le précurseur de l'humanisme français. Mais on peut considérer que la réflexion devient plus forte avec Jacques Lefèvre d'Étaples qui reprend les idées nominalistes en les développant à la lumière des textes antiques. Son oeuvre est essentiel dans la réflexion philosophique et son rayonnement dépasse la France. Guillaume Briçonnet poursuit cet oeuvre et réfléchit sur les problèmes de la réforme de l'Église. Enfin, Guillaume Budé, parfois considéré comme l'un des meilleurs hellénistes d'Europe, parvient à aboutir l'idéal des humanistes en obtenant de François Ier la création du Collège des Lecteurs royaux, futur Collège de France. Nous y reviendrons.


Relecture de l'Antiquité

Il est fréquent de dire que durant la Renaissance, on s'intéressa de nouveau à l'Antiquité grecque et romaine. En fait, l'Antiquité n'était pas inconnue au Moyen Âge, la culture antique était conservée bien avant le XVe siècle par des intellectuels comme Isidore de Séville ou Bède le Vénérable. Platon était déjà connu à la cour de Charlemagne, sous l'influence de plusieurs lettrés (Alcuin…). De nombreux auteurs grecs furent redécouverts par l'intermédiaire des savants musulmans (Avicenne vers l'An mil, puis Averroès vers 1130, pour ne citer que quelques noms) : ce fut ainsi que l'on redécouvrit Aristote en occident aux XIe siècle et XIIe siècles. Les auteurs tels qu'Ovide, Virgile ou Cicéron étaient tout à fait connus. En théologie, les traditions médiévales de la scolastique - notamment la pensée de saint Thomas d’Aquin (mort en 1274), de Jean Scot (mort vers 877) et de Guillaume d’Occam (mort vers 1350) - se poursuivent à la Renaissance ; le platonisme et l’aristotélisme médiévaux inspirent également la pensée philosophique. Ce qui est juste en revanche, c'est que cette culture était réservée à une élite composée essentiellement de clercs, dans les monastères, puis, à partir du XIIIe siècle, dans les écoles urbaines, c'est-à-dire les premières universités européennes. On sortit progressivement de cette situation de monopole. Le système juridique actuel de l’Europe continentale trouve son origine dans le développement du droit civil et du droit canon aux XIIe et XIIIe siècles. Pétrarque et ses amis, dès le XIVe siècle (Trecento) élargirent la gamme des auteurs antiques connus. Flavio Biondo découvrit de nouvelles œuvres d'auteurs romains, et entreprit des fouilles archéologiques dans le Forum romain (vers 1430). Le mouvement culturel de la Renaissance cherche effectivement à se libérer des valeurs médiévales issues du système féodal et de la pensée dominante de l’Église. Cependant, les mille ans précédant la Renaissance sont féconds en progrès. Les progrès dans les disciplines mathématiques notamment, y compris l’astronomie, doivent beaucoup à leurs précédents médiévaux. En médecine, les universités de Salerne (Italie) et de Montpellier (France) se sont imposées au Moyen Âge comme centres renommés de la recherche médicale.

Mais à la Renaissance les textes classiques sont étudiés et évalués pour leur valeur propre, et non pour servir à embellir et justifier la civilisation chrétienne. Le profond intérêt pour l’Antiquité s’exprime dans une quête fervente et réussie des manuscrits classiques : les dialogues de Platon, les histoires d’Hérodote et de Thucydide, les œuvres des dramaturges, poètes et Pères de l’Église grecque sont redécouvertes et, pour la première fois, éditées de manière critique. Grâce à la venue d’érudits byzantins qui, après la prise de Constantinople par les Ottomans, se réfugient à Venise, Florence, Ferrare et Milan, l’étude du grec se développe aux XVe et XVIe siècles. La redécouverte des textes antiques offre aux universitaires une vision plus vaste de la position de l'homme. La lecture des philosophes antiques et notamment des philosophes grecs renouvelle l'idée que les hommes se font du monde. Cette relecture entraîne également un développement de la connaissance des langues antiques. Le fruit de cette connaissance est une nouvelle interprétation des textes, dont l'Italien Lorenzo Valla est un des précurseurs.

L’une des ruptures les plus significatives de la Renaissance avec la tradition se produit dans le domaine historique. Les Historiarum Florentini populi libri XII Douze livres sur les histoires du peuple florentin », 1420) de Leonardo Bruni, les Istorie fiorentine Histoire de Florence », 1525) de Nicolas Machiavel, la Storia d’Italia Histoire de l’Italie », 1561-1564) de François Guichardin et le traité Methodus ad Facilem historiarum cognitionem Méthode pour une étude aisée de l’histoire », 1566) de Jean Bodin sont bâtis sur une vision séculière du temps et sur une attitude critique envers les sources. L’histoire devient une discipline de la littérature et sort ainsi du joug de la théologie. Les historiens de la Renaissance rejettent la division médiévale chrétienne de l’histoire commençant par la Création, suivie par la venue de Jésus-Christ et s’achevant par le Jugement dernier. Leur vision de l’histoire, qui comporte également trois parties, est nettement plus détachée : l’Antiquité précède le Moyen Âge, lequel vient de laisser placer à un nouvel âge d’or. Tandis que les savants médiévaux condamnent le monde païen gréco-romain leurs homologues de la Renaissance révèrent les Anciens, et proclament que leur propre époque est celle de la lumière et de la renaissance des classiques. Cette vision est exprimée par de nombreux penseurs de la Renaissance appelés humanistes.


L'expansion de l'humanisme.

A côté de l'enseignement, à base surtout théologique et d'ailleurs routinier, que donnaient dans les Universités des professeurs ecclésiastiques, les humanistes avaient, dans un grand mouvement d'enthousiasme, créé une culture nouvelle, où le christianisme se pénétrait de ce qu'il y avait de meilleur dans la pensée antique. Cette culture s'adressait à un large public de laïcs éclairés et elle se répandait, non plus par l'enseignement oral, mais par le livre. Quelques grands imprimeurs, eux-mêmes humanistes de valeur, furent, au début du XVIe siècle, les propagateurs les plus ardents de l'humanisme : Froben à Bâle, Alde Manuce à Venise, Henri Estienne à Paris; dans la seconde moitié du siècle, l'un des plus célèbres fut le Français Plantin, établi à Anvers.L’humanisme est une autre rupture culturelle avec la tradition médiévale. Selon le chercheur américain Paul Oscar Kristeller, ce terme, souvent mal interprété, signifie une tendance générale de la Renaissance à « attacher la plus grande importance aux études classiques et à considérer l’Antiquité classique comme le standard et le modèle communs par lesquels guider toute activité culturelle ». À la Renaissance, les humanistes travaillent à un renouveau de l'éducation et de l'instruction. L'apprentissage du latin est au cœur de cette nouvelle éducation pour laquelle l'étude des Anciens se conjugue avec la morale chrétienne : grammaire et humanité, puis rhétorique, arts de plaire et de persuader sont tous étudiés dans la langue antique de référence.

A côté de Henri Estienne, l'humaniste français le plus connu fut
Guillaume Budé, directeur de la Bibliothèque royale sous François Ier. A son instigation le roi créa à Paris, en dehors de l'Université, un établissement d'enseignement supérieur qu'on appela plus tard le Collège de France. Des «lecteurs royaux» y enseignèrent le grec et le latin, l'hébreu, l'arabe, les mathématiques. A quel point le goût de l'Antiquité se répandit en France, c'est ce que montrent les oeuvres des grands écrivains du XVIe siècle, poètes comme Du Bellay et Ronsard, prosateurs comme Rabelais et Montaigne. Les humanistes furent nombreux aussi aux Pays-Bas, en Allemagne et en Angleterre. Le plus connu de tous fut le Hollandais Érasme (1466-1536). Né à Rotterdam, il fit de longs séjours en France, en Angleterre, en Italie, à Bâle ; à vrai dire, il n'eut pas de patrie : il fut un Européen. Grand érudit, il édita et traduisit en latin le texte grec du Nouveau Testament, ainsi que de nombreux écrits de l'Antiquité gréco-romaine et chrétienne. Il entretint avec les autres humanistes une correspondance immense. Mais, dans le moment où se développaient les langues nationales. Érasme, comme Budé, n'écrivit guère qu'en latin.


Les humanistes et la science.

En général soumis à l'Église dans le domaine religieux, les humanistes entendaient être, dans les autres domaines, entièrement indépendants. Ils voulaient ne rien croire sur parole, mais tout examiner et ne rien accepter pour vrai qu'ils ne pussent le prouver. Cet état d'esprit, qu'on appelle aujourd'hui l'esprit critique ou l'esprit de libre examen, permit à beaucoup d'humanistes d'être de grands savants. Afin de bien comprendre les auteurs anciens pour lesquels ils s'enthousiasmaient, ils étudièrent la langue, la grammaire, les institutions, la civilisation des Grecs et des Romains. Ils furent des érudits et fondèrent la philologie classique, c'est-à-dire la science qui permet de déchiffrer, de comprendre et d'interpréter les auteurs anciens. Budé, H. Estienne, Érasme furent d'illustres philologues. Le peintre italien Léonard de Vinci, aussi grand savant que grand artiste, entrevit les lois de la mécanique et anticipa les vues de la science actuelle sur la géologie, la botanique, le vol des avions, la marche des sous-marins. Son compatriote Cardan fit faire à l'algèbre des progrès décisifs. Au milieu d'un fatras de fausse science, l'Allemand Paracelse eut des vues très justes en chimie. Le Belge Vésale, l'Espagnol Michel Servet, le Français Ambroise Paré firent progresser la médecine et la chirurgie. Enfin le Polonais Copernic affirma que, loin d'être immobile, la Terre tourne sur elle-même et autour du Soleil, et il donna des règles nouvelles pour le calcul des tables astronomiques. Mais les idées de Copernic ne furent couramment acceptées qu'un siècle et demi après sa mort (1543).

Les humanistes et le christianisme.

L'enthousiasme pour l'Antiquité gréco-romaine pouvait être un danger pour l'Église. Les idées des Grecs et des Romains étaient en effet, sur bien des points, opposées à celles du christianisme. L'Antiquité avait affirmé que le but de l'homme est d'être heureux ici-bas, au lieu que, pour un chrétien, la vie véritable est celle de l'au-delà, après la mort. L'Antiquité aimait la vie, la voulait agréable, belle, luxueuse, au lieu que l'idéal du Moyen Age avait été le moine qui fuit le monde et s'enferme dans un couvent. L'Antiquité avait exalté la beauté, la gloire, l'orgueil, au lieu que le chrétien dédaigne le corps et met au rang des plus hautes vertus l'humilité et l'obéissance. Les humanistes n'en restèrent pas moins presque tous attachés à l'Église catholique et furent, surtout en Angleterre, en Allemagne et en France, des croyants très pieux. Cependant leurs travaux sur la Bible et les grands théologiens des IVe et Ve siècles ap. J.-C. (ceux qu'on appelle les « Pères de l'Eglise » tels saint Jérôme ou saint Augustin) les amenèrent parfois à des conclusions redoutables. Il leur sembla que, sur certains points, l'Église de leur temps enseignait des doctrines assez différentes de celles qu'ils trouvaient dans la Bible et chez les Pères. Les humanistes conseillaient de s'en tenir strictement à ces dernières. Par là ils contribuèrent à préparer, parfois même ils favorisèrent, le mouvement religieux qu'on appelle la Réforme.

La Renaissance dans les arts.

L'enthousiasme pour l'Antiquité renouvela la vie artistique plus encore que la vie littéraire. A partir du XVIe siècle, l'art italien tendit à s'affranchir des traditions du Moyen Age : d'une part, il se laïcisa, c'est-à-dire qu'il se libéra de la tutelle de l'Église ; d'autre part, il s'inspira des modèles antiques. Les architectes employèrent de nouveau l'architrave posée à plat sur des colonnes, et la décoration de pilastres, d'oves, de volutes, de palmettes, de feuilles d'acanthe. Les statues et les bas-reliefs antiques enseignaient également aux artistes la beauté du corps humain. Le Moyen Age, par pudeur chrétienne, avait représenté les personnages vêtus; la Renaissance les montra souvent nus parce qu'elle voulait faire admirer des formes belles. Réaliser une oeuvre belle, sans souci de préoccupations morales, tel fut son mot d'ordre. Les artistes empruntèrent leurs sujets à la mythologie autant qu'aux Livres Saints.

Le mécénat, pratiqué par de riches familles, a contribué au développement des arts pendant la Renaissance. Protégé de la puissante dynastie florentine des Médicis, Giorgio Vasari a réalisé le portrait de plusieurs de ses membres, dont ceux de Laurent le Magnifique et d'Alexandre de Médicis, commandités tous deux en 1533-1534 par Ottavien de Médicis. Ce portrait est inspiré par une statue de Michel-Ange, celle de Julien de Nemours. La perfection du corps par l’exercice physique, un idéal rarement reconnu au Moyen Âge, devient un objectif essentiel de l’enseignement de la Renaissance. Les études humanistes - tout comme les grands efforts artistiques de cette époque - sont encouragées et soutenues financièrement par de grandes familles comme les Médicis à Florence, les Este à Ferrare, les Sforza à Milan, les Gonzague à Mantoue, ainsi que les ducs d’Urbino, les doges de Venise et les papes à Rome.

Le rétablissement et l’étude des classiques entraînent la création de nouvelles disciplines - la philologie classique et l’archéologie, la numismatique et l’épigraphie - et affectent de manière critique l’évolution des anciennes disciplines. Dans le domaine artistique, la rupture décisive avec la tradition médiévale se produit à Florence, vers 1420, alors que viennent d’être assimilées (scientifiquement parlant) les règles de la perspective. Les œuvres de Filippo Brunelleschi et de Masaccio sont des exemples éblouissants de l’utilisation de cette technique.


La Renaissance italienne.

L'un des traits essentiels de la Renaissance italienne est sa prodigieuse fécondité. A aucun autre moment de l'histoire on ne compte pareille abondance, en un même pays, d'artistes de premier ordre. Jamais non plus on ne vit génies aussi universels, également grands comme peintres, architectes, sculpteurs, ingénieurs ou orfèvres, humanistes aussi et savants, tels Léonard de Vinci et Michel-Ange. Du moins ces hommes exceptionnels furent-ils estimés par leurs contemporains autant que le méritait leur génie. Le peuple italien tout entier, du simple artisan jusqu'au prince, s'enthousiasmait pour les oeuvres d'art. Dans ce pays épris de luxe et de beauté, tous ceux qui le pouvaient - banquiers florentins, riches marchands de Venise, prélats et pontifes romains, tyrans et condottieri - voulurent avoir des palais, des statues, des tableaux, donner des fêtes splendides dans un splendide décor. Ils furent les plus somptueux et les plus intelligents des Mécènes - du nom du Romain Mécène, l'ami des poètes latins Virgile et Horace. Ainsi protégés par les grands, admis dans leur intimité, les artistes purent tenir dans la société une place qu'ils n'avaient jamais tenue jusque-là. A l'époque de saint Louis on ne faisait guère de différence entre un grand sculpteur et un modeste artisan - voilà pourquoi tant de chefs-d'oeuvre sont anonymes ; - au XVIe siècle on entendit un pape déclarer, au sujet d'un artiste célèbre, le ciseleur Benvenuto Cellini accusé d'assassinat : « Des hommes uniques dans leur art ne doivent pas être soumis aux lois. » Au culte de la beauté s'ajoutait celui de la gloire, tous deux d'origine grecque.

L'abondance des artistes et des Mécènes explique qu'il y ait dans l'Italie de la Renaissance non pas un seul foyer artistique, mais plusieurs. Presque chaque ville put s'enorgueillir d'un grand peintre ou d'un grand sculpteur ; mais trois d'entre elles furent de magnifiques centres d'art :
Florence d'abord, puis Rome et Venise. C'est surtout au XVe siècle que Florence brilla de tout son éclat avec l'architecte Brunelleschi, les sculpteurs Ghiberti et Donatello, les peintres Fra Angelico, Masaccio, Piero della Francesca, enfin Botticelli, qui ne mourut qu'au début du XVIe siècle. Le quattrocento dans toute l'Italie est l'âge des grands progrès techniques en peinture : on redécouvrit les lois de la perspective, on étudia minutieusement l'anatomie du corps humain. Ainsi la voie était ouverte aux grands maîtres : Léonard de Vinci, Raphaël, Michel-Ange, Titien.

Génie universel, aussi grand dans les sciences que dans les arts, Léonard de Vinci (1452-1519) ne peignit qu'un petit nombre de toiles ou de fresques, dont le temps a souvent abîmé la couleur. Ses principales oeuvres sont la Cène, fresque d'un couvent de Milan, et quelques tableaux comme la Vierge aux Rochers: la Vierge, Sainte Anne et Jésus; le portrait connu sous le nom de la Joconde. Mieux que tout autre avant lui, il sut par le jeu des ombres et des lumières - ce qu'il appelait le clair-obscur - baigner les personnages dans une atmosphère qui les enveloppe d'harmonie et de mystère.

Raphaël (1483-1520) eut une carrière courte, mais triomphale. Il travailla à Florence puis à Rome, où les papes
Jules II et Léon X l'occupèrent pendant douze ans à décorer leur palais du Vatican : il y peignit des fresques célèbres. En même temps il représentait en de nombreux tableaux soit des Madones - c'est-à-dire la Vierge - soit ses contemporains, car il fut un admirable portraitiste. Il fit également des cartons (c'est-à-dire des dessins) pour des tapisseries que l'on exécutait dans les ateliers d'Arras. Raphaël travaillait avec une extrême facilité, abandonnant souvent à ses élèves le soin de terminer ses oeuvres.

Michel-Ange (1475-1564) fut, au contraire de Raphaël, une âme tourmentée. Orgueilleux et susceptible, il avait un sentiment très vif de son génie et rêvait de créer des oeuvres qui dépasseraient toutes celles qu'on avait encore vues; mais il n'était jamais satisfait de ce qu'il réalisait. Patriote ardent, il souffrait de voir l'Italie foulée aux pieds par les Espagnols, les Français et les Impériaux. Son art reflète son âme douloureuse. Il partagea sa vie entre Florence. sa patrie, et Rome, où l'appelaient les papes. Génie universel, il marqua tous les arts de sa personnalité extraordinaire. Sculpteur, il travailla à des tombeaux : celui des Médicis à Florence et celui de Jules II à Rome, qu'il laissa inachevés. Peintre, il décora d'abord la voûte, puis, longtemps après, le mur du fond de la Chapelle Sixtine au Vatican. Architecte enfin, il construisit de nombreux palais à Rome et jeta sur la nouvelle basilique Saint-Pierre une gigantesque coupole.

Titien (1477-1576) fut exclusivement peintre, mais un peintre d'une étonnante fécondité - nous avons de lui 4 000 tableaux - touchant à tous les genres : il peignit avec ferveur des sujets religieux et se complut, dans des compositions mythologiques, à montrer de beaux corps: il fut un des plus grands portraitistes de la Renaissance et le plus grand paysagiste : il sut rendre admirablement les tons chauds et colorés des ciels italiens. L'éclat de la couleur se retrouve d'ailleurs chez beaucoup de peintres vénitiens qui furent de somptueux décorateurs, tel Véronèse.

A côté de ces maîtres il y eut toute une pléiade de très grands artistes, tels le peintre
Corrège et les architectes Bramante et Palladio.

Influence de la Renaissance italienne.

L'influence de la Renaissance italienne se fit naturellement sentir en dehors de l'Italie. Nombreux furent les artistes des Pays-Bas ou d'Allemagne qui firent le « voyage d'Italie ». Ce fut le cas pour deux Allemands :
Dürer, graveur de génie aussi bien que grand peintre, et Holbein, admirable portraitiste. Mais nulle part la Renaissance italienne n'eut autant d'influence qu'en France. François Ier, suivant l'exemple de Charles VIII, acheta en Italie des tableaux, des statues antiques, fit venir en France des artistes italiens, qui décorèrent le château de Fontainebleau. Les traditions françaises restèrent cependant prépondérantes jusqu'au milieu du XVI siècle et même bien au-delà pour les édifices religieux ; bien souvent d'ailleurs on n'empruntait à l'art italien que des motifs d'ornementation. Puis, à l'avènement d'Henri II (1547), l'inspiration gréco-romaine l'emporta et l'art français devint à son tour un art "classique", inspiré de l'Antiquité. La Renaissance française présente avec la Renaissance italienne des différences importantes. Elle est infiniment moins riche en grands génies; elle ne compte aucun peintre supérieur : les plus renommés, tel François Clouet (1516-1572), étaient d'origine flamande et ils n'excellèrent que dans les portraits, peints ou dessinés au crayon, d'ailleurs merveilleux de finesse et de précision. Au XVIe siècle, comme au Moyen Age, c'est aux architectes et aux sculpteurs que la France dut sa gloire artistique.

On construisit des églises, mais plus encore des châteaux : non plus des châteaux forts, mais d'élégantes habitations de plaisance, vastes et clairs palais qui devaient servir de décor à des fêtes somptueuses. Au début du XVIe siècle la tradition nationale se maintint partiellement dans les châteaux de la Loire :
Amboise, Blois, Chambord, Chenonceaux, Azay-le-Rideau. Cependant, dès cette époque, la mode nouvelle se manifeste soit par des détails d'ornementation - chapiteaux et pilastres à l'antique, terrasses à l'italienne - soit par la décoration intérieure des appartements, où triomphent les stucs et les fresques. Il y eut ainsi un curieux mélange d'art ogival et d'art italien jusqu'à l'époque d'Henri II, qui vit le triomphe du style classique.

Trois architectes, qui avaient visité l'Italie, contribuèrent à cette transformation :
Pierre Lescot à partir de 1546, éleva un Louvre nouveau sur l'emplacement du vieux château de Charles V ; Philibert de l'Orme construisit, à côté du Louvre, le château des Tuileries, puis, près de Dreux, le château d'Anet ; enfin Bullant travailla pour le connétable de Montmorency aux châteaux d'Ecouen et de Chantilly, près de Paris.

Chez les sculpteurs aussi on retrouve la lutte entre les deux écoles, la traditionnelle et la nouvelle. A la première appartiennent
Michel Colombe, Ligier Richier et Pierre Bontemps : par leur souci d'exactitude et de réalisme, ils continuèrent le Moyen Age. Au contraire, Jean Goujon et Germain Pilon s'inspirèrent beaucoup de l'art antique : certaines statues de Goujon font penser à des statues grecques.

Les arts décoratifs. La musique.

La Renaissance, qui se marque par le Goût du beau et l'amour du luxe, entraîna un magnifique développement des arts décoratifs ou arts mineurs : tapisserie, orfèvrerie, céramique émaillerie, ciselure, art du meuble. Un casque, une épée, un coupe, un bahut furent souvent de splendides oeuvres d'art. Parmi les maîtres des arts mineurs, l'Italien Benvenuto Cellin fut un admirable ciseleur, et le Français Bernard Palissy à Ia fois savant géologue et émailleur de génie, fabriqua des faïences ornées de figures d'animaux, de plantes ou de coquillages. Dans ce siècle où les fêtes de Cour étaient somptueuses et raffinées, la musique connut un vif essor. Les Belges Lassus et Josquin des Prés, le Français Jannequin composèrent des chansons et des airs de danse. La musique religieuse fut renouvelée par le protestant Goudimel, mais son plus génial représentant est un catholique, l'Italien Palestrina.

L’invention de l’imprimerie

L'une des découvertes qui eut le plus d'impact sur les hommes de la Renaissance fut la découverte de l'imprimerie. Avant l'invention de ce procédé par
Gutenberg vers 1450, l'écriture des livres était faite à la main, par des clercs, qui étaient les seuls capables de maîtriser les techniques d'écritures : au XIe siècle et XIIe siècle, les manuscrits étaient retranscrits par des moines dans les scriptoria. C'était l'une des deux principales tâches des moines à l'époque ; ils les embellissaient par des enluminures.  C’est grâce aux scriptoria des monastères médiévaux que les œuvres d’auteurs latins comme Virgile, Ovide, Cicéron et Sénèque ont été conservées. D'autre part, la langue employée dans les manuscrits était le latin.

Les universités disposaient d'un quasi-monopole dans l'éducation et la diffusion de l'information. Les puissantes universités de Bologne, de Paris, de Salamanque, d'Oxford, et de Cambridge, étaient seules habilitées à diffuser le savoir, selon les méthodes éprouvées de la scolastique. Le droit était l'une des principales disciplines dans ces universités. Le savoir était ainsi réservé aux clercs, qui disposaient de l'éducation nécessaire à la compréhension des textes. L'imprimerie permit brusquement d'ouvrir l'accès à la connaissance à d'autres cercles. Il devint possible, par l'édition de livres à partir du milieu du XVe siècle, de mieux comprendre les faits. Par exemple, l'Imago mundi de
Pierre d'Ailly fut écrit en 1410, et imprimé en 1478. Il fut l'un des fondements de la connaissance géographique utilisée par Christophe Colomb et les navigateurs pendant les grandes découvertes.

Les textes imprimés bouleversèrent la hiérarchie des valeurs. À l'université de Paris, par exemple, la faculté des arts devint au XVIe siècle la faculté la plus prestigieuse, devant celle de théologie. La première édition de la Bible apparut en 1455. Ses traductions en langues vernaculaires apparurent ensuite à des dates échelonnées selon les différents pays. Les premiers textes imprimés concernaient assez souvent la religion, et ceci pendant une cinquantaine d'années. À partir du début du XVIe siècle, l'impression de textes profanes prit plus de place, ce qui explique le bouleversement des idées à cette époque.
Alde de Manuce, imprimeur vénitien, est un des premiers à rééditer les textes anciens d'Homère, Virgile ou encore Horace.

Conclusion

A partir des années 1520, l'arrivée de la Réforme va modifier la perception des humanistes. Une partie d'entre eux va rejoindre le camp luthérien qui apparaît plus libre et moins contraint par Rome. Mais les positions parfois très dures de Luther, notamment dans son ouvrage sur le Serf arbitre, ne vont pas être admises par ces lettrés pour qui l'Homme est au centre du monde comme un être autonome.

La Renaissance est une période de remise en question des croyances séculaires. C’est une période de bouillonnement intellectuel, jetant les bases de ce qui constituera la pensée et la science du XVIIe siècle. L’idée de la Renaissance que l’Homme gouverne la nature s’apparente au concept de Francis Bacon de domination de l’Homme sur les éléments naturels, qui permet l’essor de la science et de la technologie modernes. Les notions de république et de liberté, préservées et défendues par les penseurs de la Renaissance s’appuyant sur les textes de leurs prédécesseurs de l’Antiquité, influent sur la théorie constitutionnelle en Angleterre et en France. Cette floraison d’idéaux humanistes côtoie néanmoins les réflexions les plus intolérantes : la Renaissance est également l’époque des guerres de Religion, du mépris des cultures non européennes, de l’esclavagisme. Mais la Renaissance reste, avant tout, une grande période artistique ; sa contribution à l’art occidental est immense.

 
 
 
 

Bibliographie

- Malet et Isaac, L'histoire, L'Age classique, II. Marabout

- Encyclopédie Wikipedia.

- Encyclopédie Encarta ® 2006.

 

 
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