La
Renaissance est une période de
rénovation littéraire, artistique,
et scientifique, qui se produisit en
Europe par la diffusion de
connaissances nouvelles, d'abord et
prioritairement parmi un milieu
lettré. Durant cette période, la
société féodale morcelée du Moyen
Âge, avec son économie agricole et
sa vie intellectuelle et culturelle
dominée par l’Église, s’est
transformée en une société de plus
en plus subordonnée à des
institutions politiques
centralisées, avec une économie
urbaine et commerciale, et un
patronage laïque de l’enseignement,
des arts et de la musique.
Le mot
Renaissance
nous est venu d'Italie, où l'on
parlait de la Rinascita des lettres
et des arts dès la fin du XIVe
siècle (les italiens disent
aujourd'hui
Rinascimento).
La Renaissance est avant tout un
phénomène urbain, issu en grande
partie des villes d’Italie du Centre
et du Nord comme Rome, Florence,
Ferrare, Milan et Venise.
Ce mouvement eut donc comme origine
la « Renaissance » italienne ou
plutôt « pré-Renaissance » qui se
produisit en effet dans plusieurs
villes d'Italie dès le XIVe siècle,
se propagea au XVe siècle dans la
plus grande partie de l'Italie, en
Espagne, dans certaines régions
d'Europe du Nord et d'Allemagne,
sous la forme de ce que l'on appelle
la
première Renaissance
(Quattrocento), puis gagna
l'ensemble de l'Europe au XVIe
siècle (Cinquecento). Les Italiens
appellent le XVe siècle le
Quattrocento parce que les années de
ce siècle commencent par « quatre
cents »: de même le Cinquecento
correspond à notre XVIe siècle. Le
terme de Renaissance est utilisé
pour la première fois en
1855
par l’historien
Jules Michelet
pour parler de la «
découverte du monde et de l’Homme
» au XVIe siècle. Jakob Burckhardt,
dans Civilisation de l’Italie au
temps de la Renaissance (1860),
définit la Renaissance comme la
période située entre Giotto et
Michel-Ange, Burckhardt caractérise
l’époque par la naissance de
l’humanisme et de la conscience
modernes.
Au cours du XVe siècle, un certain
nombre de progrès techniques et de
redécouvertes vont conduire les
lettrés à modifier leur vision du
monde. Le Moyen Age a été très
fécond dans l'évolution de la
réflexion. A partir du XIIIe
siècle, la mise en place en Europe
d'universités va permettre une
plus grande concentration des
maîtres et une ébauche de
réflexion sur des thèmes divers.
La réflexion théologique semble
toujours au centre de la pensée.
La contestation de l'ordre établi
par la papauté est à l'origine de
ces réflexions. L'Anglais
Guillaume d'Ockham,
par exemple, formalise la pensée
que les ordres mendiants, comme
les franciscains, ont avancé.
L'évolution des
idées entraîne dans les dernières
décennies du XVe siècle certains à
s'interroger sur la place de
l'homme dans le monde.
Pic de la
Mirandole définit le
premier cette pensée sur l'homme
dans ses 900 thèses prononcées en
1486. Il va plus loin en
formalisant ses idées sur l'Homme
dans son ouvrage "Discours
sur la dignité humaine".
Se prévalant d'une connaissance
encyclopédique, Pic de la
Mirandole fait de l'homme le
seigneur du monde terrestre. Créé
à l'image de Dieu, l'homme est
maître de son destin. Il devient
l'Homo
Faber. La diffusion de
la pensée se fait également de
manière plus importante grâce aux
progrès de l'imprimerie. Ainsi,
les idées de Pic de la Mirandole
trouvent des échos dans l'Europe,
tandis que ses textes de référence
sont réimprimés.
La conjonction entre la
rediffusion des oeuvres anciennes
et l'avancée de la pensée
replaçant l'homme au centre du
monde sont les deux piliers de
l'humanisme qui va bientôt
rayonner dans l'ensemble de
l'Europe.
A cette première génération
d'humanistes italiens qui
disparaît avant 1500, succède un
second groupe, dont
Pietro Bembo
et
Arioste sont les
représentants. Une place
particulière doit être réservée à
Machiavel.
Sans contexte humaniste, Machiavel
réfléchit plus sur les problèmes
politiques et militaires. "Le
Prince" est une oeuvre
majeure qui renouvelle la pensée
politique et évoque la
problématique du bonheur de la
cité et du rôle des instances
dirigeantes. De même, Machiavel
publie un traité militaire qui
rompt avec les études antiques,
notamment celle de
Vergèce.
Le reste de l'Europe est également
touché par cette vague humaniste,
notamment en France. Au XVe
siècle,
Pierre Gaguin apparaît
comme le précurseur de l'humanisme
français. Mais on peut considérer
que la réflexion devient plus
forte avec Jacques Lefèvre
d'Étaples qui reprend les idées
nominalistes en les développant à
la lumière des textes antiques.
Son oeuvre est essentiel dans la
réflexion philosophique et son
rayonnement dépasse la France.
Guillaume
Briçonnet poursuit cet
oeuvre et réfléchit sur les
problèmes de la réforme de
l'Église. Enfin,
Guillaume
Budé, parfois considéré
comme l'un des meilleurs
hellénistes d'Europe, parvient à
aboutir l'idéal des humanistes en
obtenant de François Ier la
création du Collège des Lecteurs
royaux, futur Collège de France.
Nous y reviendrons.
Relecture de l'Antiquité
Il est fréquent de dire que durant
la Renaissance, on s'intéressa de
nouveau à l'Antiquité grecque et
romaine. En fait, l'Antiquité
n'était pas inconnue au Moyen Âge,
la culture antique était conservée
bien avant le XVe siècle par des
intellectuels comme
Isidore de Séville
ou
Bède le Vénérable.
Platon
était déjà connu à la cour de
Charlemagne,
sous l'influence de plusieurs
lettrés (Alcuin…). De nombreux
auteurs grecs furent redécouverts
par l'intermédiaire des savants
musulmans (Avicenne
vers l'An mil, puis
Averroès
vers 1130, pour ne citer que
quelques noms) : ce fut ainsi que
l'on redécouvrit
Aristote
en occident aux XIe siècle et XIIe
siècles. Les auteurs tels qu'Ovide,
Virgile
ou
Cicéron
étaient tout à fait connus.
En théologie, les traditions
médiévales de la scolastique -
notamment la pensée de saint
Thomas d’Aquin
(mort en 1274), de
Jean Scot
(mort vers 877) et de
Guillaume d’Occam
(mort vers 1350) - se poursuivent à
la Renaissance ; le platonisme et
l’aristotélisme médiévaux inspirent
également la pensée philosophique.
Ce qui
est juste en revanche, c'est que
cette culture était réservée à une
élite composée essentiellement de
clercs, dans les monastères, puis, à
partir du XIIIe siècle, dans les
écoles urbaines, c'est-à-dire les
premières universités européennes.
On sortit progressivement de cette
situation de monopole.
Le système juridique actuel de
l’Europe continentale trouve son
origine dans le développement du
droit civil et du droit canon aux
XIIe et XIIIe siècles.
Pétrarque
et ses amis, dès le XIVe siècle
(Trecento) élargirent la gamme des
auteurs antiques connus. Flavio
Biondo découvrit de nouvelles œuvres
d'auteurs romains, et entreprit des
fouilles archéologiques dans le
Forum romain (vers 1430).
Le mouvement culturel de la
Renaissance cherche effectivement à
se libérer des valeurs médiévales
issues du système féodal et de la
pensée dominante de l’Église.
Cependant, les mille ans précédant
la Renaissance sont féconds en
progrès.
Les progrès dans les disciplines
mathématiques notamment, y compris
l’astronomie, doivent beaucoup à
leurs précédents médiévaux. En
médecine, les universités de
Salerne
(Italie) et de
Montpellier
(France) se sont imposées au Moyen
Âge comme centres renommés de la
recherche médicale.
Mais à la Renaissance les textes
classiques sont étudiés et évalués
pour leur valeur propre, et non pour
servir à embellir et justifier la
civilisation chrétienne. Le profond
intérêt pour l’Antiquité s’exprime
dans une quête fervente et réussie
des manuscrits classiques : les
dialogues de Platon, les histoires
d’Hérodote et de Thucydide, les
œuvres des dramaturges, poètes et
Pères de l’Église grecque sont
redécouvertes et, pour la première
fois, éditées de manière critique.
Grâce à la venue d’érudits byzantins
qui, après la prise de
Constantinople par les Ottomans, se
réfugient à Venise, Florence,
Ferrare et Milan, l’étude du grec se
développe aux XVe et XVIe siècles.
La
redécouverte des textes antiques
offre aux universitaires une vision
plus vaste de la position de
l'homme. La lecture des philosophes
antiques et notamment des
philosophes grecs renouvelle l'idée
que les hommes se font du monde.
Cette relecture entraîne également
un développement de la connaissance
des langues antiques. Le fruit de
cette connaissance est une nouvelle
interprétation des textes, dont
l'Italien
Lorenzo Valla est un des
précurseurs.
L’une des ruptures les plus
significatives de la Renaissance
avec la tradition se produit dans le
domaine historique. Les
Historiarum Florentini populi libri
XII
(«
Douze livres sur les histoires du
peuple florentin
», 1420) de
Leonardo Bruni,
les
Istorie fiorentine
(«
Histoire de Florence
», 1525) de
Nicolas Machiavel,
la
Storia d’Italia
(«
Histoire de l’Italie
», 1561-1564) de
François Guichardin
et le traité
Methodus ad Facilem historiarum
cognitionem
(«
Méthode pour une étude aisée de
l’histoire
», 1566) de
Jean Bodin
sont bâtis sur une vision séculière
du temps et sur une attitude
critique envers les sources.
L’histoire devient une discipline de
la littérature et sort ainsi du joug
de la théologie. Les historiens de
la Renaissance rejettent la division
médiévale chrétienne de l’histoire
commençant par la Création, suivie
par la venue de Jésus-Christ et
s’achevant par le Jugement dernier.
Leur vision de l’histoire, qui
comporte également trois parties,
est nettement plus détachée :
l’Antiquité précède le Moyen Âge,
lequel vient de laisser placer à
un nouvel âge d’or.
Tandis que les savants médiévaux
condamnent le monde païen
gréco-romain leurs homologues de la
Renaissance révèrent les Anciens, et
proclament que leur propre époque
est celle de la lumière et de la
renaissance des classiques. Cette
vision est exprimée par de nombreux
penseurs de la Renaissance appelés
humanistes.
L'expansion de l'humanisme.
A côté de l'enseignement, à base
surtout théologique et d'ailleurs
routinier, que donnaient dans les
Universités des professeurs
ecclésiastiques, les humanistes
avaient, dans un grand mouvement
d'enthousiasme, créé une culture
nouvelle, où le christianisme se
pénétrait de ce qu'il y avait de
meilleur dans la pensée antique.
Cette culture s'adressait à un large
public de laïcs éclairés et elle se
répandait, non plus par
l'enseignement oral, mais par le
livre. Quelques grands imprimeurs,
eux-mêmes humanistes de valeur,
furent, au début du XVIe siècle, les
propagateurs les plus ardents de
l'humanisme :
Froben
à Bâle,
Alde Manuce
à Venise,
Henri Estienne
à Paris; dans la seconde moitié du
siècle, l'un des plus célèbres fut
le Français
Plantin,
établi à Anvers.L’humanisme
est une autre rupture culturelle
avec la tradition médiévale. Selon
le chercheur américain
Paul Oscar Kristeller,
ce terme, souvent mal interprété,
signifie une tendance générale de la
Renaissance à «
attacher la plus grande importance
aux études classiques et à
considérer l’Antiquité classique
comme le standard et le modèle
communs par lesquels guider toute
activité culturelle
».
À la Renaissance, les humanistes
travaillent à un renouveau de
l'éducation et de l'instruction.
L'apprentissage du latin est au cœur
de cette nouvelle éducation pour
laquelle l'étude des Anciens se
conjugue avec la morale chrétienne :
grammaire et humanité, puis
rhétorique, arts de plaire et de
persuader sont tous étudiés dans la
langue antique de référence.
A côté de Henri Estienne,
l'humaniste français le plus connu
fut
Guillaume Budé,
directeur de la Bibliothèque royale
sous
François Ier.
A son instigation le roi créa à
Paris, en dehors de l'Université, un
établissement d'enseignement
supérieur qu'on appela plus tard le
Collège de France.
Des «lecteurs royaux» y enseignèrent
le grec et le latin, l'hébreu,
l'arabe, les mathématiques. A quel
point le goût de l'Antiquité se
répandit en France, c'est ce que
montrent les oeuvres des grands
écrivains du XVIe siècle, poètes
comme
Du Bellay
et
Ronsard,
prosateurs comme
Rabelais
et
Montaigne.
Les humanistes furent nombreux aussi
aux Pays-Bas, en Allemagne et en
Angleterre. Le plus connu de tous
fut le Hollandais
Érasme
(1466-1536). Né à Rotterdam, il fit
de longs séjours en France, en
Angleterre, en Italie, à Bâle ; à
vrai dire, il n'eut pas de patrie :
il fut un Européen. Grand érudit, il
édita et traduisit en latin le texte
grec du Nouveau Testament, ainsi que
de nombreux écrits de l'Antiquité
gréco-romaine et chrétienne. Il
entretint avec les autres humanistes
une correspondance immense. Mais,
dans le moment où se développaient
les langues nationales. Érasme,
comme Budé, n'écrivit guère qu'en
latin.
Les humanistes et la science.
En général soumis à l'Église dans le
domaine religieux, les humanistes
entendaient être, dans les autres
domaines, entièrement indépendants.
Ils voulaient ne rien croire sur
parole, mais tout examiner et ne
rien accepter pour vrai qu'ils ne
pussent le prouver. Cet état
d'esprit, qu'on appelle aujourd'hui
l'esprit
critique ou l'esprit de libre examen,
permit à beaucoup d'humanistes
d'être de grands savants. Afin de
bien comprendre les auteurs anciens
pour lesquels ils
s'enthousiasmaient, ils étudièrent
la langue, la grammaire, les
institutions, la civilisation des
Grecs et des Romains. Ils furent des
érudits et fondèrent la philologie
classique, c'est-à-dire la science
qui permet de déchiffrer, de
comprendre et d'interpréter les
auteurs anciens. Budé, H. Estienne,
Érasme furent d'illustres
philologues. Le peintre italien
Léonard de Vinci,
aussi grand savant que grand
artiste, entrevit les lois de la
mécanique et anticipa les vues de la
science actuelle sur la géologie, la
botanique, le vol des avions, la
marche des sous-marins. Son
compatriote
Cardan
fit faire à l'algèbre des progrès
décisifs. Au milieu d'un fatras de
fausse science, l'Allemand
Paracelse
eut des vues très justes en chimie.
Le Belge
Vésale,
l'Espagnol
Michel Servet,
le Français
Ambroise Paré
firent progresser la médecine et la
chirurgie. Enfin le Polonais
Copernic
affirma que, loin d'être immobile,
la Terre tourne sur elle-même et
autour du Soleil, et il donna des
règles nouvelles pour le calcul des
tables astronomiques. Mais les idées
de Copernic ne furent couramment
acceptées qu'un siècle et demi après
sa mort (1543).
Les humanistes et le christianisme.
L'enthousiasme pour l'Antiquité
gréco-romaine pouvait être un danger
pour l'Église. Les idées des Grecs
et des Romains étaient en effet, sur
bien des points, opposées à celles
du christianisme. L'Antiquité avait
affirmé que le but de l'homme est
d'être heureux ici-bas,
au lieu que, pour un chrétien, la
vie véritable est celle de
l'au-delà, après la mort. L'Antiquité
aimait la vie, la voulait agréable,
belle, luxueuse, au lieu que l'idéal
du Moyen Age avait été le moine qui
fuit le monde et s'enferme dans un
couvent. L'Antiquité avait exalté la
beauté, la gloire, l'orgueil, au
lieu que le chrétien dédaigne le
corps et met au rang des plus hautes
vertus l'humilité et l'obéissance.
Les humanistes n'en restèrent pas
moins presque tous attachés à
l'Église catholique et furent,
surtout en Angleterre, en Allemagne
et en France, des croyants très
pieux. Cependant leurs travaux sur
la Bible et les grands théologiens
des IVe et Ve siècles ap. J.-C.
(ceux qu'on appelle les «
Pères de l'Eglise
» tels
saint Jérôme
ou
saint Augustin)
les amenèrent parfois à des
conclusions redoutables. Il leur
sembla que, sur certains points,
l'Église de leur temps enseignait
des doctrines assez différentes de
celles qu'ils trouvaient dans la
Bible et chez les Pères. Les
humanistes conseillaient de s'en
tenir strictement à ces dernières.
Par là ils contribuèrent à préparer,
parfois même ils favorisèrent, le
mouvement religieux qu'on appelle la
Réforme.
La Renaissance dans les arts.
L'enthousiasme pour l'Antiquité
renouvela la vie artistique plus
encore que la vie littéraire. A
partir du XVIe siècle, l'art italien
tendit à s'affranchir des traditions
du Moyen Age : d'une part, il se
laïcisa, c'est-à-dire qu'il se
libéra de la tutelle de l'Église ;
d'autre part, il s'inspira des
modèles antiques. Les architectes
employèrent de nouveau l'architrave
posée à plat sur des colonnes, et la
décoration de pilastres, d'oves, de
volutes, de palmettes, de feuilles
d'acanthe. Les statues et les
bas-reliefs antiques enseignaient
également aux artistes la beauté du
corps humain. Le Moyen Age, par
pudeur chrétienne, avait représenté
les personnages vêtus; la
Renaissance les montra souvent nus
parce qu'elle voulait faire admirer
des formes belles. Réaliser une
oeuvre belle, sans souci de
préoccupations morales, tel fut son
mot d'ordre. Les artistes
empruntèrent leurs sujets à la
mythologie autant qu'aux Livres
Saints.
Le mécénat, pratiqué par de riches
familles, a contribué au
développement des arts pendant la
Renaissance. Protégé de la puissante
dynastie florentine des Médicis,
Giorgio Vasari
a réalisé le portrait de plusieurs
de ses membres, dont ceux de
Laurent le Magnifique
et d'Alexandre
de Médicis,
commandités tous deux en 1533-1534
par Ottavien de Médicis. Ce portrait
est inspiré par une statue de
Michel-Ange, celle de Julien de
Nemours.
La perfection du corps par
l’exercice physique, un idéal
rarement reconnu au Moyen Âge,
devient un objectif essentiel de
l’enseignement de la Renaissance.
Les études humanistes - tout comme
les grands efforts artistiques de
cette époque - sont encouragées et
soutenues financièrement par de
grandes familles comme les
Médicis
à Florence, les
Este
à Ferrare, les
Sforza
à Milan, les
Gonzague
à Mantoue, ainsi que les ducs d’Urbino,
les doges de Venise et les papes à
Rome.
Le
rétablissement et l’étude des
classiques entraînent la création de
nouvelles disciplines - la
philologie classique et
l’archéologie, la numismatique et
l’épigraphie - et affectent de
manière critique l’évolution des
anciennes disciplines. Dans le
domaine artistique, la rupture
décisive avec la tradition médiévale
se produit à Florence, vers 1420,
alors que viennent d’être assimilées
(scientifiquement parlant) les
règles de la perspective. Les œuvres
de Filippo
Brunelleschi et de
Masaccio
sont des exemples éblouissants de
l’utilisation de cette technique.
La Renaissance italienne.
L'un des traits essentiels de la
Renaissance italienne est sa
prodigieuse fécondité. A aucun autre
moment de l'histoire on ne compte
pareille abondance, en un même pays,
d'artistes de premier ordre. Jamais
non plus on ne vit génies aussi
universels, également grands comme
peintres, architectes, sculpteurs,
ingénieurs ou orfèvres, humanistes
aussi et savants, tels
Léonard de Vinci
et
Michel-Ange.
Du moins ces hommes exceptionnels
furent-ils estimés par leurs
contemporains autant que le méritait
leur génie. Le peuple italien tout
entier, du simple artisan jusqu'au
prince, s'enthousiasmait pour les
oeuvres d'art. Dans ce pays épris de
luxe et de beauté, tous ceux qui le
pouvaient - banquiers florentins,
riches marchands de Venise, prélats
et pontifes romains, tyrans et
condottieri - voulurent avoir des
palais, des statues, des tableaux,
donner des fêtes splendides dans un
splendide décor. Ils furent les plus
somptueux et les plus intelligents
des Mécènes - du nom du Romain
Mécène,
l'ami des poètes latins Virgile et
Horace. Ainsi protégés par les
grands, admis dans leur intimité,
les artistes purent tenir dans la
société une place qu'ils n'avaient
jamais tenue jusque-là. A l'époque
de
saint Louis
on ne faisait guère de différence
entre un grand sculpteur et un
modeste artisan - voilà pourquoi
tant de chefs-d'oeuvre sont anonymes
; - au XVIe siècle on entendit un
pape déclarer, au sujet d'un artiste
célèbre, le ciseleur Benvenuto
Cellini accusé d'assassinat : «
Des hommes uniques dans leur art ne
doivent pas être soumis aux lois.
» Au culte de la beauté s'ajoutait
celui de la gloire, tous deux
d'origine grecque.
L'abondance des artistes et des
Mécènes explique qu'il y ait dans
l'Italie de la Renaissance non pas
un seul foyer artistique, mais
plusieurs. Presque chaque ville put
s'enorgueillir d'un grand peintre ou
d'un grand sculpteur ; mais trois
d'entre elles furent de magnifiques
centres d'art :
Florence
d'abord, puis
Rome
et
Venise.
C'est surtout au XVe siècle que
Florence brilla de tout son éclat
avec l'architecte
Brunelleschi,
les sculpteurs
Ghiberti
et
Donatello,
les peintres
Fra Angelico, Masaccio, Piero della
Francesca,
enfin
Botticelli,
qui ne mourut qu'au début du XVIe
siècle. Le quattrocento dans toute
l'Italie est l'âge des grands
progrès techniques en peinture : on
redécouvrit les lois de la
perspective, on étudia
minutieusement l'anatomie du corps
humain. Ainsi la voie était ouverte
aux grands maîtres :
Léonard de Vinci, Raphaël,
Michel-Ange, Titien.
Génie universel, aussi grand dans
les sciences que dans les arts,
Léonard de Vinci (1452-1519) ne
peignit qu'un petit nombre de toiles
ou de fresques, dont le temps a
souvent abîmé la couleur. Ses
principales oeuvres sont la Cène,
fresque d'un couvent de Milan, et
quelques tableaux comme la Vierge
aux Rochers: la Vierge, Sainte Anne
et Jésus; le portrait connu sous le
nom de la Joconde. Mieux que tout
autre avant lui, il sut par le jeu
des ombres et des lumières - ce
qu'il appelait le clair-obscur -
baigner les personnages dans une
atmosphère qui les enveloppe
d'harmonie et de mystère.
Raphaël (1483-1520) eut une carrière
courte, mais triomphale. Il
travailla à Florence puis à Rome, où
les papes
Jules II
et
Léon X
l'occupèrent pendant douze ans à
décorer leur palais du Vatican : il
y peignit des fresques célèbres. En
même temps il représentait en de
nombreux tableaux soit des Madones -
c'est-à-dire la Vierge - soit ses
contemporains, car il fut un
admirable portraitiste. Il fit
également des cartons (c'est-à-dire
des dessins) pour des tapisseries
que l'on exécutait dans les ateliers
d'Arras. Raphaël travaillait avec
une extrême facilité, abandonnant
souvent à ses élèves le soin de
terminer ses oeuvres.
Michel-Ange (1475-1564) fut, au
contraire de Raphaël, une âme
tourmentée. Orgueilleux et
susceptible, il avait un sentiment
très vif de son génie et rêvait de
créer des oeuvres qui dépasseraient
toutes celles qu'on avait encore
vues; mais il n'était jamais
satisfait de ce qu'il réalisait.
Patriote ardent, il souffrait de
voir l'Italie foulée aux pieds par
les Espagnols, les Français et les
Impériaux. Son art reflète son âme
douloureuse. Il partagea sa vie
entre Florence. sa patrie, et Rome,
où l'appelaient les papes. Génie
universel, il marqua tous les arts
de sa personnalité extraordinaire.
Sculpteur, il travailla à des
tombeaux : celui des Médicis à
Florence et celui de Jules II à
Rome, qu'il laissa inachevés.
Peintre, il décora d'abord la voûte,
puis, longtemps après, le mur du
fond de la Chapelle Sixtine au
Vatican. Architecte enfin, il
construisit de nombreux palais à
Rome et jeta sur la nouvelle
basilique Saint-Pierre une
gigantesque coupole.
Titien (1477-1576) fut exclusivement
peintre, mais un peintre d'une
étonnante fécondité - nous avons de
lui 4 000 tableaux - touchant à tous
les genres : il peignit avec ferveur
des sujets religieux et se complut,
dans des compositions mythologiques,
à montrer de beaux corps: il fut un
des plus grands portraitistes de la
Renaissance et le plus grand
paysagiste : il sut rendre
admirablement les tons chauds et
colorés des ciels italiens. L'éclat
de la couleur se retrouve d'ailleurs
chez beaucoup de peintres vénitiens
qui furent de somptueux décorateurs,
tel Véronèse.
A côté de ces maîtres il y eut toute
une pléiade de très grands artistes,
tels le peintre
Corrège
et les architectes
Bramante
et
Palladio.
Influence de la Renaissance
italienne.
L'influence de la Renaissance
italienne se fit naturellement
sentir en dehors de l'Italie.
Nombreux furent les artistes des
Pays-Bas ou d'Allemagne qui firent
le « voyage d'Italie ». Ce fut le
cas pour deux Allemands :
Dürer,
graveur de génie aussi bien que
grand peintre, et
Holbein,
admirable portraitiste. Mais nulle
part la Renaissance italienne n'eut
autant d'influence qu'en France.
François Ier, suivant l'exemple de
Charles VIII,
acheta en Italie des tableaux, des
statues antiques, fit venir en
France des artistes italiens, qui
décorèrent le château de
Fontainebleau. Les traditions
françaises restèrent cependant
prépondérantes jusqu'au milieu du
XVI siècle et même bien au-delà pour
les édifices religieux ; bien
souvent d'ailleurs on n'empruntait à
l'art italien que des motifs
d'ornementation. Puis, à l'avènement
d'Henri
II
(1547), l'inspiration gréco-romaine
l'emporta et l'art français devint à
son tour un art "classique", inspiré
de l'Antiquité. La Renaissance
française présente avec la
Renaissance italienne des
différences importantes. Elle est
infiniment moins riche en grands
génies; elle ne compte aucun peintre
supérieur : les plus renommés, tel
François Clouet
(1516-1572), étaient d'origine
flamande et ils n'excellèrent que
dans les portraits, peints ou
dessinés au crayon, d'ailleurs
merveilleux de finesse et de
précision. Au XVIe siècle, comme au
Moyen Age, c'est aux architectes et
aux sculpteurs que la France dut sa
gloire artistique.
On construisit des églises, mais
plus encore des châteaux : non plus
des châteaux forts, mais d'élégantes
habitations de plaisance, vastes et
clairs palais qui devaient servir de
décor à des fêtes somptueuses. Au
début du XVIe siècle la tradition
nationale se maintint partiellement
dans les châteaux de la Loire :
Amboise, Blois, Chambord,
Chenonceaux, Azay-le-Rideau.
Cependant, dès cette époque, la mode
nouvelle se manifeste soit par des
détails d'ornementation - chapiteaux
et pilastres à l'antique, terrasses
à l'italienne - soit par la
décoration intérieure des
appartements, où triomphent les
stucs et les fresques. Il y eut
ainsi un curieux mélange d'art
ogival et d'art italien jusqu'à
l'époque d'Henri II, qui vit le
triomphe du style classique.
Trois architectes, qui avaient
visité l'Italie, contribuèrent à
cette transformation :
Pierre Lescot
à partir de 1546, éleva un Louvre
nouveau sur l'emplacement du vieux
château de
Charles V
;
Philibert de l'Orme
construisit, à côté du Louvre, le
château des Tuileries, puis, près de
Dreux, le château d'Anet ; enfin
Bullant
travailla pour le connétable de
Montmorency aux châteaux d'Ecouen et
de Chantilly, près de Paris.
Chez les sculpteurs aussi on
retrouve la lutte entre les deux
écoles, la traditionnelle et la
nouvelle. A la première
appartiennent
Michel Colombe,
Ligier Richier
et
Pierre Bontemps
: par leur souci d'exactitude et de
réalisme, ils continuèrent le Moyen
Age. Au contraire,
Jean Goujon
et
Germain Pilon
s'inspirèrent beaucoup de l'art
antique : certaines statues de
Goujon font penser à des statues
grecques.
Les arts décoratifs. La musique.
La Renaissance, qui se marque par le
Goût du beau et l'amour du luxe,
entraîna un magnifique développement
des arts décoratifs ou arts mineurs
: tapisserie, orfèvrerie, céramique
émaillerie, ciselure, art du meuble.
Un casque, une épée, un coupe, un
bahut furent souvent de splendides
oeuvres d'art. Parmi les maîtres des
arts mineurs, l'Italien
Benvenuto
Cellin fut
un admirable ciseleur, et le
Français
Bernard Palissy
à Ia fois savant géologue et
émailleur de génie, fabriqua des
faïences ornées de figures
d'animaux, de plantes ou de
coquillages. Dans ce siècle où les
fêtes de Cour étaient somptueuses et
raffinées, la musique connut un vif
essor. Les Belges
Lassus
et
Josquin des Prés,
le Français
Jannequin
composèrent des chansons et des airs
de danse. La musique religieuse fut
renouvelée par le protestant
Goudimel,
mais son plus génial représentant
est un catholique, l'Italien
Palestrina.
L’invention de l’imprimerie
L'une des découvertes qui eut le
plus d'impact sur les hommes de la
Renaissance fut la découverte de
l'imprimerie. Avant l'invention de
ce procédé par
Gutenberg
vers 1450, l'écriture des livres
était faite à la main, par des
clercs, qui étaient les seuls
capables de maîtriser les techniques
d'écritures : au XIe siècle et XIIe
siècle, les manuscrits étaient
retranscrits par des moines dans les
scriptoria.
C'était l'une des deux principales
tâches des moines à l'époque ; ils
les embellissaient par des
enluminures.
C’est grâce aux scriptoria des
monastères médiévaux que les œuvres
d’auteurs latins comme Virgile,
Ovide, Cicéron et Sénèque ont été
conservées.
D'autre part, la langue
employée dans les manuscrits était
le latin.
Les universités disposaient d'un
quasi-monopole dans l'éducation et
la diffusion de l'information. Les
puissantes universités de Bologne,
de Paris, de Salamanque, d'Oxford,
et de Cambridge, étaient seules
habilitées à diffuser le savoir,
selon les méthodes éprouvées de la
scolastique. Le droit était l'une
des principales disciplines dans ces
universités. Le savoir était ainsi
réservé aux clercs, qui disposaient
de l'éducation nécessaire à la
compréhension des textes.
L'imprimerie permit brusquement
d'ouvrir l'accès à la connaissance à
d'autres cercles. Il devint
possible, par l'édition de livres à
partir du milieu du XVe siècle, de
mieux comprendre les faits. Par
exemple, l'Imago mundi de
Pierre d'Ailly
fut écrit en 1410, et imprimé en
1478. Il fut l'un des fondements de
la connaissance géographique
utilisée par
Christophe
Colomb
et les navigateurs pendant
les grandes découvertes.
Les textes imprimés bouleversèrent
la hiérarchie des valeurs. À
l'université de Paris, par exemple,
la faculté des arts devint au XVIe
siècle la faculté la plus
prestigieuse, devant celle de
théologie. La première édition de la
Bible apparut en 1455. Ses
traductions en langues vernaculaires
apparurent ensuite à des dates
échelonnées selon les différents
pays. Les premiers textes imprimés
concernaient assez souvent la
religion, et ceci pendant une
cinquantaine d'années. À partir du
début du XVIe siècle, l'impression
de textes profanes prit plus de
place, ce qui explique le
bouleversement des idées à cette
époque.
Alde de Manuce,
imprimeur vénitien,
est un des premiers à rééditer les
textes anciens d'Homère, Virgile ou
encore Horace.
Conclusion
A partir des années
1520,
l'arrivée de la
Réforme
va modifier la perception des
humanistes. Une partie d'entre eux
va rejoindre le camp luthérien qui
apparaît plus libre et moins
contraint par Rome. Mais les
positions parfois très dures de
Luther,
notamment dans son ouvrage sur le
Serf arbitre, ne vont pas être
admises par ces lettrés pour qui
l'Homme est au centre du monde comme
un être autonome.
La
Renaissance est une période de
remise en question des croyances
séculaires. C’est une période de
bouillonnement intellectuel, jetant
les bases de ce qui constituera