ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Âge Classique >>> Le XVIe siècle

De l'Empire ottoman à la République turque
 
 

Abdul-Hamid II et la réaction (1878-1908)

Abdul-Hamid II, porté au pouvoir par un courant réformiste et libéral, n’a pas longtemps suivi cette voie; un peu plus d’un an après la promulgation de la Constitution, il suspend celle-ci et renvoie sine die le Parlement (févr. 1878).

Hostile aux novateurs, aigri par les concessions faites aux Occidentaux, il rétablit le pouvoir absolu et axe sa politique sur le panislamisme, dans l’espoir de regrouper autour de sa personne les musulmans de l’Empire, en prenant au besoin comme boucs émissaires les minoritaires; les Arméniens, en particulier, sont les victimes de cette politique (massacres de 1894 et 1896). Cela ne suffit pas à rétablir la situation politique, ni l’équilibre économique.

En effet, l’État ottoman traverse une crise financière dramatique: il ne peut assurer les services publics que grâce aux avances de la Banque ottomane (banque franco-anglaise fondée en 1863). Par le décret de Muharrem (20 déc. 1881), celle-ci obtient de pourvoir aux déficiences de l’État moyennant la perception des principaux revenus, gérés par un nouvel organisme: l’administration de la Dette publique ottomane. Sous le nom de Banque impériale ottomane, elle devient, en outre, la banque officielle de l’État, tout en demeurant société étrangère. De nombreuses entreprises anglaises, françaises, allemandes, autrichiennes, belges obtiennent la concession des principaux services, l’exploitation des ressources, la construction des routes et des voies ferrées, en bénéficiant en plus d’avantages exorbitants. La rivalité entre les grandes puissances dépasse même le cadre économique et déborde sur la politique à propos de l’octroi aux Allemands de la concession du chemin de fer de Bagdad et de la participation aux recherches et à l’exploitation des gisements pétrolifères (Turkish Petroleum Company), ce qui inquiète fortement l’Angleterre, soucieuse de protéger la route des Indes face au Drang nach Osten des Allemands et, depuis la découverte des gisements iraniens, désireuse de s’assurer le monopole du pétrole en Orient. À ces difficultés d’ordre économique s’ajoutent les problèmes politiques: en Crète, où une insurrection provoque une guerre gréco-turque (1897); en Bulgarie, où les Russes veulent imposer leur domination et où se pose la question de la Macédoine (1887-1903). En fait, la «question balkanique» tout entière est posée, en raison des rivalités entre Turcs, Bulgares, Grecs et Serbes à propos de cette province.

Les Jeunes-Turcs et l’invasion territoriale (1908-1919)

C’est dans ces circonstances qu’éclate la révolution des « Jeunes-Turcs » qui animent le comité «Union et Progrès». Des intellectuels et des officiers ottomans, libéraux et réformateurs, vivant dans l’Empire ou en exil, cherchent à constituer un Empire libéral, qui se dégagerait de l’emprise européenne. Un premier mouvement, en juillet 1908, provoqué par les officiers de Salonique, contraint le sultan à rétablir la Constitution de 1876; un souffle d’enthousiasme parcourt l’Empire, les provinces arabes adhèrent plus étroitement au nouveau gouvernement, mais celui-ci, en raison des conditions nées de la politique extérieure, se voit obligé d’abandonner la ligne libérale pour suivre une ligne autoritaire, axée sur le panturquisme, ce qui lui aliène du coup les sympathies arabes et celles des minoritaires.

La guerre ne cesse de faire rage dans les derniers territoires ottomans. En Afrique, après la perte de la Tunisie, occupée par la France en 1881, c’est le tour de la Tripolitaine, où débarquent en 1911 les Italiens, qui conquièrent en outre Rhodes et le Dodécanèse, conquêtes reconnues par le traité d’Ouchy (oct. 1912). Puis la première guerre balkanique, où Bulgares, Grecs et Serbes alliés attaquent les Turcs, aboutit à la perte de presque toute la Thrace (déc. 1912); cependant la mésentente des alliés à propos du partage permet aux Turcs, dans la seconde guerre balkanique, de récupérer Andrinople, la Thrace orientale et les îles de Ténédos et d’Imbros (déc. 1913). À Constantinople, le gouvernement jeune-turc, après l’assassinat du Grand Vizir Mahmud Chevket, accentue, sous la direction du triumvirat Talaat, Djémal et Enver, sa politique autoritaire et son recours au soutien germanique, ce qui le conduit à s’engager aux côtés de l’Allemagne dans la Première Guerre mondiale (31 oct. 1914).

À l’ouest, les Français et les Anglais échouent dans leur tentative de franchissement des Dardanelles; à l’est, les Russes remportent une série de victoires que la révolution de 1917 vient interrompre. En pays arabe, les Anglais parviennent, non sans difficulté, jusqu’à Bagdad (mars 1917); en Arabie, en Palestine et en Syrie, ils favorisent la révolte arabe qui, de 1916 à 1918, oblige les Turcs à évacuer ces provinces. L’armistice de Moudros (30 oct. 1918) consacre la défaite turque et entraîne l’occupation des pourtours de l’Anatolie par les Alliés, y compris les Grecs, qui débarquent dans la région de Smyrne en mai 1919.

La République turque de Mustafa Kemal

Le gouvernement de Constantinople ne peut en rien s’opposer au démembrement non seulement de ce qui reste de l’Empire, mais encore de l’Anatolie; contre ce démembrement du sol turc se dresse alors un officier, qui a combattu sur les Dardanelles et au Proche-Orient, Mustafa Kemal, qui organise la lutte pour l’intégrité et l’indépendance de la Turquie, dès le 19 mai 1919. Son énergie et son prestige lui valent le ralliement des populations anatoliennes et d’un certain nombre de personnalités politiques; cela lui permet de rejeter le traité de Sèvres qui entérine le démembrement de l’Empire et la réduction de la Turquie au seul plateau anatolien, et envisage la création d’un État arménien et d’un État kurde.

De 1920 à 1922, Mustafa Kemal mène sans répit la guerre d’indépendance contre les Grecs soutenus par les Anglais, tandis que lui-même reçoit l’appui officiel des Soviétiques et le soutien officieux des Français et des Italiens; les victoires remportées sur la Sakarya et l’Ineunu entraînent l’éviction des Grecs d’Anatolie. Les négociations de paix engagées après l’armistice de Mudanya (11 oct. 1922) ont leur conclusion au traité de Lausanne (24 juill. 1923): les Turcs retrouvent leurs frontières de Thrace et les îles d’Imbros et de Ténédos; les populations grecques d’Anatolie et turques de Grèce doivent être échangées, mais les Turcs conservent le contrôle des Détroits; les capitulations sont abrogées et il n’est plus question d’État arménien ni d’État kurde; les Turcs reconnaissent l’indépendance des anciennes provinces arabes. La Turquie nouvelle est créée. Mais il faut lui donner d’autres structures: les nationalistes turcs ne sauraient envisager un retour à l’Empire et à son régime, accusés d’avoir causé la décadence ottomane; aussi, le 29 octobre 1923, la République turque est proclamée et, par voie de conséquence, le sultanat et l’Empire disparaissent; Mustafa Kemal est élu président de la République; pour mieux rompre avec l’ancien régime, la capitale est désormais fixée à Ankara. Dernière étape de la révolution turque: le 3 mars 1924, le califat est aboli et le dernier calife ottoman prend le chemin de l’exil. Ainsi s’achèvent six siècles d’histoire ottomane, tandis que commence l’histoire de la Turquie.

 
 
 

Bibliographie

- Dictionnaire historique, Dominique Vallaud, Fayard, 1995.

- Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

- Nicolas Chalmin, Textes sur l'Empire ottoman

- Encyclopédie Hachette, éd.2001

 
Copyright © Yannick RUB