ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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Le commencement du déclin (1570-1774)
 
 

Les souverains qui ont succédé à Soliman le Magnifique, Selim II et Murad III, sont loin d’avoir sa personnalité; avec eux s’affirme déjà, plus que le caractère absolu de leur pouvoir, le souci prédominant de la satisfaction de leurs caprices, dont leurs successeurs seront encore plus esclaves.

Révoltes et anarchie (XVIIe siècle)

La fin du XVIe siècle est pourtant marquée par quelques succès: conquête de Chypre (1570-1571), prise de Tunis (1574), occupation de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan (1590); mais des défaites ont été subies à Lépante (7 oct. 1571), en Moldavie, en Hongrie; les traités conclus durant cette période n’apportent que peu de modifications aux frontières, sinon quelques améliorations à l’est. Ahmed Ier (Ahmet, 1604-1617), connu surtout pour être le constructeur de la «mosquée bleue» d’Istanbul, doit faire face à des révoltes dans l’Empire, premier signe de la désagrégation qui se manifeste beaucoup plus nettement avec le meurtre par les janissaires du sultan Osman II (mai 1622), jeune souverain désireux de rénover l’Empire. Dans les années qui suivent, le pouvoir est détenu en fait par la sultane mère Keussem (Kösem); après quelques années de désordres, Murad IV reprend l’Empire en main. Puis les sultanes se disputent à nouveau le pouvoir, l’administration se désagrège, l’armée se révolte, la situation économique s’aggrave; l’Empire est au bord de l’abîme quand paraît un Grand Vizir, Mehmed Keuprulu (Mehmet Köprülü, sept. 1656), décidé à user de la manière forte pour rétablir l’ordre, sans ménager personne; à sa mort (1661), l’œuvre de redressement, en bonne voie, est poursuivie par son fils Ahmed qui, entre autres, mène à bien la dernière conquête ottomane, celle de l’île de Crète, commencée en 1645 et achevée en 1669; après lui, Kara Mustafa pacha et deux autres Keuprulu, Husseyin et Numan, s’efforcent de limiter les dégâts, en particulier sur le plan extérieur, car, après l’échec du second siège de Vienne (1683), les Turcs ont été vaincus à plusieurs reprises. La paix de Karlowitz (28 janv. 1699) est la première paix défavorable signée par les Ottomans qui perdent presque tout ce qu’ils tenaient en Hongrie, tandis que Vénitiens, Polonais et Russes, alliés aux Autrichiens, obtiennent quelques avantages territoriaux.

C’est aussi la première fois que les Russes apparaissent en pleine lumière sur la scène ottomane. Certes, au cours du XVIIe siècle, ils ont accompli des progrès: ils ont occupé l’Ukraine et, devenus voisins des Turcs, se sont livrés à des incursions en territoire ottoman. Pierre le Grand se fait reconnaître comme tsar par les Turcs, installe un patriarcat orthodoxe à Moscou et cherche à se faire attribuer le droit de protection des chrétiens orthodoxes de l’Empire ottoman, ce qu’il obtient d’autant moins qu’une nouvelle guerre turco-russe, suscitée par les intrigues du roi de Suède Charles XII, aboutit à la défaite des Russes qui rétrocèdent tous les avantages acquis en 1699 (traité d’Andrinople, 1713).

L’avancée russe (1713-1774)

Si les Turcs ont jusqu’alors à peu près réussi à contenir leurs adversaires, désormais le cours du XVIIIe siècle n’est qu’une succession de revers et de traités défavorables, comme le traité de Passarowitz qui voit le triomphe des Autrichiens (juill. 1718), triomphe qu’atténuera un peu la paix de Belgrade (1739); à l’est, les Ottomans doivent céder aux Persans les provinces du Caucase (1736). Plus tard, une nouvelle guerre turco-russe, née de l’attaque russe contre la Pologne, pays garanti par les Ottomans, s’achève par la destruction de la flotte turque près de Smyrne, à Tchechmé, et par l’invasion de la Valachie; la paix de Kutchuk-Kaïnardja (21 juill. 1774) consacre l’accès des Russes à la mer Noire et leur accorde la libre navigation dans cette mer et le franchissement des détroits pour leur flotte de commerce; cependant les Ottomans récupèrent les territoires occupés par les Russes en Valachie et en Bessarabie. Le traité de Kutchuk-Kaïnardja est considéré comme le point de départ de la question d’Orient. Jusqu’alors, Français, Anglais et même Hollandais n’ont pas réagi devant la progression russe: ils sont trop occupés par leurs luttes propres, par la conquête de colonies ou par celle des marchés commerciaux d’Asie et d’Afrique. Au cours du XVIIe siècle, Anglais et Hollandais ont considérablement développé leur commerce dans l’Empire ottoman, où ils ont supplanté les Français; dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, ceux-ci reprennent le dessus; mais, en fait, c’est parce que leurs rivaux s’intéressent de plus en plus à l’Amérique, à l’Inde et à l’Extrême-Orient. Et les Anglais, maîtres de l’Inde à la fin du XVIIIe siècle, ne vont pas rester sans réaction devant l’expansion russe qui pourrait menacer, sinon leur empire d’Asie, du moins la route qui conduit vers l’Inde.

Le champ des rencontres diplomatiques ou militaires où vont s’affronter non seulement Anglais et Russes, mais aussi Autrichiens et Français, c’est désormais l’Empire ottoman, devenu l’enjeu de la «question d’Orient».

 
 
 

Bibliographie

- Dictionnaire historique, Dominique Vallaud, Fayard, 1995.

- Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

- Nicolas Chalmin, Textes sur l'Empire ottoman

- Encyclopédie Hachette, éd.2001

 
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