ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

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De l'émirat à l'Empire (1362-1451)
 

Des organisateurs, vainqueurs des chrétiens

Murad Ier (ou Murat, 1362-1389) est le véritable créateur de la puissance ottomane en Europe orientale: son règne est en effet marqué par la prise d’Andrinople dès 1363, suivie de l’occupation de la Macédoine, de la Thrace orientale et de la Bulgarie. À plusieurs reprises, avec des sorts divers, il se heurte aux Serbes: au cours de la dernière bataille livrée contre eux, à Kossovo (13 juin 1389), il est assassiné, mais les Serbes sont vaincus. En Anatolie, il a défait et rejeté vers l’est les émirs de Karaman, principaux rivaux des Ottomans, et acquis les territoires frontaliers des Karamanides. Mais, surtout, il a jeté les bases d’un grand État: mise en place d’une administration centralisée (le divan), aux bureaux diversifiés et à la tête de laquelle se trouve le Grand Vizir; création pour son armée d’un système de recrutement qui puise les futurs janissaires parmi les enfants des foyers chrétiens des Balkans, d’où ils sont envoyés en Anatolie pour être islamisés, turquisés et instruits dans le métier des armes ou, le cas échéant, dans le service du palais: ce sont les adjémioghlan. Le contrôle des pays conquis est assuré par l’attribution, à titre viager et personnel, de terres de plus ou moins grandes dimensions (timar, ziyamet) à des militaires responsables de leur mise en valeur et de la levée d’un nombre déterminé de soldats auxiliaires. L’affirmation de la transformation de l’État ottoman apparaît dans la titulature de Murad Ier: alors qu’Orkhan portait le titre d’émir ou encore celui de bey, Murad, au cours des dernières années de son règne, s’intitule sultan, ce qui est le témoignage d’une dignité plus élevée.

Son fils Bayézid Ier (Bayazid) surnommé Yildirim (la Foudre), après avoir annexé tous les émirats turcs d’Anatolie occidentale et centrale, à l’exception de celui de Karaman, poursuit l’œuvre de conquête en Europe balkanique, et favorise même l’accession au trône byzantin de Manuel II à la mort de Jean V (1391); ce qui ne l’empêche pas d’entreprendre peu après le siège de Constantinople. Les progrès des Turcs entre 1393 et 1395 ayant amené ceux-ci aux frontières de la Hongrie, le roi de ce pays, Sigismond, lance en Occident un appel à la croisade que le pape Boniface IX encourage vivement: Français, Anglais, Allemands, quelques Italiens, se joignent aux Hongrois pour attaquer les Turcs et les chasser d’Europe. Le choc se produit le 25 septembre 1396 à Nicopolis et s’achève par l’écrasement complet des croisés: cette défaite a un profond retentissement en Europe et donne naissance à la réputation de force, voire d’invincibilité, des Turcs.

Défaite devant Tamerlan

Pourtant cette invincibilité devait être infirmée peu après. En effet, dans les dernières années du XIVe siècle, une menace avait plané sur l’Anatolie orientale: elle provenait des troupes mongoles de Tamerlan (Timur Leng), le maître de l’Asie centrale, prétendu descendant de Gengis khan, qui peu à peu avait mis sous contrôle l’Iran et l’Irak. De son côté, Bayézid avait occupé les territoires de l’Anatolie nord-orientale et se trouvait ainsi face à Tamerlan. L’affrontement n’a lieu qu’en 1402: le 20 juillet, à Ankara, Bayézid est vaincu par Tamerlan et est fait prisonnier ainsi que l’un de ses fils, cependant que Tamerlan reconstitue les émirats que Bayézid avait annexés: l’État ottoman perd ainsi toutes ses conquêtes en Anatolie; mais, fait plus grave, les fils du sultan ottoman se disputent son héritage, et il s’ensuit dix ans de guerres intestines dont sort finalement vainqueur Mehmed Ier (Mehmet), en 1412.

Sur le continent asiatique, où les Karamanides ont profité de la situation pour se renforcer, tout est à refaire pour les Ottomans; en revanche, leurs sujets européens se sont montrés fidèles et n’ont nullement tenté de se libérer: faut-il y voir le signe d’une soumission inconditionnelle, ou de l’acceptation de la sujétion imposée par les Ottomans et considérée comme supportable, ou encore de l’impossibilité matérielle d’une révolte? La question reste posée.

La défaite d’Ankara a porté un coup sérieux, mais non décisif, à l’État ottoman. De plus, celui-ci a trouvé en Mehmed Ier l’homme capable de redresser la situation: de fait, lorsqu’il meurt en 1421, les émirats d’Anatolie sont réintégrés au domaine ottoman, quelques rébellions écrasées, les Hongrois à nouveau vaincus. En somme, les Ottomans n’ont subi qu’un retard dans leur expansion. Celle-ci reprend de plus belle avec le nouveau sultan, Murad II, en Europe comme en Anatolie septentrionale. L’avance turque en Europe provoque une nouvelle croisade, plus limitée que la précédente, et qui elle aussi échoue (Varna, 10 nov. 1444). Pourtant, le Hongrois Jean Hunyady offre une résistance opiniâtre aux Turcs, tandis qu’en Albanie Georges Kastriota (Skander Beg) dirige une rébellion qui dure vingt ans.

Un État entre deux puissances maritimes

Lorsque Murad II meurt en 1451, il laisse à son fils Mehmed II un empire consolidé, une armée puissante et une administration habile, dont les chefs (les vizirs) sont souvent des descendants des vieilles familles turques. Murad Ier a, en outre, fait d’Andrinople, sa capitale, un foyer intellectuel et artistique. Les anciens seigneurs locaux des provinces conquises, dans une première phase, conservent leurs privilèges et leur situation sociale, sous contrôle des Ottomans. Ceux-ci visent aussi à apporter le moins de perturbations possible dans leurs territoires, sur le plan économique et sur le plan social, et à permettre la poursuite normale de la vie quotidienne: langues, religions, pratiques coutumières sont maintenues. L’État ottoman se contente d’assurer la sécurité de ces territoires, à charge pour ceux-ci de fournir impôts et soldats; quant aux terres abandonnées par leurs anciens propriétaires, le sultan les confie, comme timar ou ziyamet, à des militaires, parfois à des fonctionnaires civils, à titre de revenus. Ce système du timar va d’ailleurs s’étendre au fur et à mesure que, dans une deuxième phase, les seigneurs indigènes s’assimilent, se turquifient, ou disparaissent. Mais les populations locales conservent toujours leurs particularismes. Ainsi peu à peu s’organise l’État ottoman; il lui manque cependant une grande capitale: Mehmed II va la lui donner.

Il est toutefois un domaine où les Ottomans n’ont pas pu entamer la supériorité des Occidentaux: celui de la mer, où Génois et surtout Vénitiens règnent en maîtres. Les premiers ont conclu avec les Turcs des accords locaux qui leur permettent, à partir de Phocée par exemple, ou de certains ports de la mer Noire, de commercer avec les Ottomans; les seconds protègent leur empire de Romanie, et, même s’ils participent – de façon réduite – à des entreprises antiturques, ils s’efforcent de garder de bonnes relations avec les Ottomans, tout en feignant d’apporter aux Byzantins un secours qui, le plus souvent, est symbolique et arrive trop tard. Jusqu’au milieu du XVe siècle, aussi longtemps que leurs colonies ne sont pas directement menacées, les Vénitiens mènent un jeu souvent double, parfois triple, dont le but est la protection de leurs avantages territoriaux, de leurs privilèges locaux et de leurs activités commerciales.

 
 

Bibliographie

- Dictionnaire historique, Dominique Vallaud, Fayard, 1995.

- Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

- Nicolas Chalmin, Textes sur l'Empire ottoman

- Encyclopédie Hachette, éd.2001

 
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