ATRIUM - L'Âge Classique (1453-1789)

Retraçons ici trois siècles particulièrement riches pour l'histoire de l'humanité. Nous étudierons les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles au travers de divers dossiers et de simples pages s'attachant aux aspects politiques, militaires, sociaux, culturels...

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Âge Classique >>> Le XVIe siècle

Les origines de l'Empire ottoman
 
 

Le sultanat turc seldjoukide d’Asie Mineure (ou Anatolie) avait réussi à établir, dans le courant du XIIe siècle, sa domination sur la majeure partie de la péninsule anatolienne, ne laissant aux Byzantins que son extrémité occidentale. Après une période très brillante durant le premier tiers du XIIIe siècle, il s’est ensuite trouvé confronté à plusieurs problèmes graves qui ont précipité sa disparition.

Dès avant le milieu du XIIIe siècle, des querelles de succession entamèrent l’unitarisme et la centralisation du gouvernement, entraînant un affaiblissement du pouvoir au moment où il devait faire face à l’invasion des Ilkhans mongols, héritiers, au Proche-Orient, de l’empire de Gengis khan. Victorieux, les Mongols imposèrent leur protectorat à toute la partie orientale de l’Anatolie; ailleurs, les querelles intestines et les intrigues des vizirs contribuèrent à anéantir l’autorité des sultans.

Dans cet État en déclin apparaissent alors les tribus turcomanes que les souverains seldjoukides avaient, un siècle auparavant, installées au fur et à mesure de leur arrivée sur le limes byzantino-turc: il s’agissait de tribus ou de groupes de tribus plus ou moins bien assimilés au monde turco-musulman et ayant conservé un esprit offensif que les sultans s’efforçaient de diriger contre l’Empire byzantin. En outre, elles étaient animées de sentiments religieux musulmans, encore imprégnés il est vrai de chamanisme et, sous l’impulsion de chefs de confréries, leur prosélytisme de néophytes les conduisait volontiers à s’engager dans la lutte contre les chrétiens.

De petits Emirats autonomes (XIIIe siècle)

Profitant de la désintégration du pouvoir seldjoukide, les tribus turcomanes constituèrent, sur le pourtour du sultanat et plus particulièrement à l’ouest, des émirats autonomes (beylik) qui devinrent totalement indépendants à la fin du XIIIe siècle. Les émirats de l’ouest ont pour objectif la conquête des territoires byzantins; ceux du centre (par exemple l’émirat de Karaman) visent à acquérir l’héritage seldjoukide.

Mais aucun d’entre eux n’est assez fort pour imposer sa domination aux autres; toutefois, l’action non concertée des émirats de l’ouest aboutit à la liquidation de la puissance byzantine en Asie Mineure occidentale qui, aux environs de 1340, est passée entièrement aux mains de la puissance turque.

C’est parmi ces émirats que se trouve celui qui, au début du XIVe siècle, est dirigé par Osman (Uthman) et qui aura, grâce aux successeurs de celui-ci, une fortune remarquable sous le nom d’Empire ottoman. Les origines des Ottomans et leur histoire, au moins jusqu’à la fin du XIVe siècle, ont été longtemps mal connues du fait que les historiens, jusqu’à une période récente, n’ont utilisé que des sources partiales, qu’il s’agisse des sources grecques, naturellement hostiles, ou des sources turques, postérieures, qui visaient à magnifier la dynastie ottomane. Des documents nouveaux, pour la plupart provenant des archives ottomanes et européennes, et une analyse critique des chroniques ont permis de mieux cerner l’histoire des Ottomans.

La tribu d’où est issue la dynastie ottomane appartient à la branche oghouz des Turcs; elle est venue d’Asie centrale soit en même temps que les Seldjoukides, soit plus probablement un peu plus tard, poussée vers l’ouest par les Mongols, au début ou au milieu du XIIIe siècle. On sait peu de chose des premiers chefs de la tribu en Anatolie et ils ont fait l’objet de légendes ou d’inventions historiques postérieures; l’un d’eux, Ertughrul, paraît bien avoir reçu, aux environs de 1260, la région de Seuyut (Sögüt), sur la Sakarya, avec mission de la défendre contre les Byzantins, sinon d’attaquer ceux-ci. À sa mort, vers 1290, son fils Osman prend en charge l’émirat et passe sans tarder à l’offensive contre les Grecs. Peut-être Osman, comme plus tard son fils Orkhan, appartenait-il à la confrérie des Ghazis, groupement à caractère religieux et militaire dont l’objectif essentiel était de combattre pour la foi musulmane et pour son triomphe. Il est en tout cas incontestable que l’influence des milieux religieux a été très forte sur les premiers chefs de la dynastie.

Les conquêtes d'Osman et de son fils (1290-1362)

Avant même la fin du XIIIe siècle, Osman avait placé sous son contrôle la partie orientale de la Bithynie byzantine; ses conquêtes, bien que limitées, lui valent le concours d’autres Turcs ou Turcomans, désireux de combattre pour l’Islam, et aussi de profiter du butin. Vers 1317, Osman (qui mourra vers 1326) cède le commandement de sa petite troupe à son fils Orkhan qui continue l’offensive marquée par la prise de villes byzantines: Brousse (1326), Nicée (1330 ou 1331), Nicomédie (1337), et par la mainmise sur l’émirat voisin de Karasi, établi sur le rivage méridional de la mer de Marmara et des Dardanelles; cette conquête permet à Orkhan de posséder une large façade maritime, bien située face aux territoires européens de Byzance. Déjà il a mis en place un embryon d’administration dans les pays conquis où ses proches tiennent les principaux postes, et il a organisé une armée formée de contingents réguliers (en particulier la cavalerie) et de troupes irrégulières (fantassins ou azab et cavaliers ou akindji).

Le chemin de l’Europe a été ouvert aux Ottomans par les Grecs eux-mêmes. En effet, après la mort du basileus Andronic III (1341), le ministre Jean Cantacuzène, pour s’emparer du trône au détriment de l’héritier Jean V Paléologue, a fait appel à l’émir Umur d’Aydin dont les troupes sont passées en Thrace en 1343, puis en 1345. À la mort d’Umur, Cantacuzène s’adresse à Orkhan auquel il a donné en mariage sa fille Théodora (vers 1345-1346). Orkhan envoie en Thrace des soldats sous le commandement de son fils Süleyman; en mars 1354, un tremblement de terre ayant détruit les fortifications de Gallipoli, Süleyman s’empare de la ville qu’Orkhan refuse de rendre à Jean Cantacuzène; celui-ci renonce d’ailleurs peu après au pouvoir impérial, mais Süleyman continue sa pénétration en Thrace orientale; toutefois, il meurt accidentellement en 1355. Lorsque, à son tour, Orkhan meurt en 1362, son émirat a acquis une dimension nouvelle.

Le développement de cet émirat a été dû jusqu’alors à la conjonction de plusieurs facteurs: sa position géographique, qui le situe à l’écart des émirats voisins; le peu d’intérêt que ceux-ci, pris par leurs propres problèmes, ont porté aux entreprises ottomanes; la situation favorable au passage en Europe; les erreurs politiques des Grecs; l’unitarisme du pouvoir ottoman, son organisation administrative et militaire ainsi que l’élan religieux, qui a été renforcé par les succès remportés en Europe.

À la mort d’Orkhan, les conquêtes sont encore limitées, mais les Ottomans tiennent les deux rives des Dardanelles et ils sont implantés solidement en Thrace. En Asie Mineure, ils débouchent sur la façade égéenne, mais ils se gardent d’attaquer les émirats assez puissants de Sarukhan et d’Aydin, car il ne saurait encore être question de lutter sur deux fronts; il en est de même au sud-est où l’émirat de Ghermiyan n’attire pas, pour le moment, les convoitises d’Orkhan, tout entier tourné vers un monde byzantin dont la situation apparaît de plus en plus précaire.

 
 
 

Bibliographie

- Dictionnaire historique, Dominique Vallaud, Fayard, 1995.

- Encyclopédie Universalis © 1998 Encyclopædia Universalis France S.A. 

- Nicolas Chalmin, Textes sur l'Empire ottoman

- Encyclopédie Hachette, éd.2001

 
Copyright © Yannick RUB