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Le sultanat turc seldjoukide d’Asie Mineure (ou
Anatolie) avait réussi à établir, dans le courant du XIIe siècle,
sa domination sur la majeure partie de la péninsule
anatolienne, ne laissant aux Byzantins que son extrémité
occidentale. Après une période très
brillante durant le premier tiers du XIIIe siècle,
il s’est ensuite trouvé confronté à plusieurs problèmes graves
qui ont précipité sa disparition.
Dès avant le milieu du XIIIe siècle,
des querelles de succession
entamèrent l’unitarisme et la centralisation du gouvernement,
entraînant un affaiblissement du pouvoir au moment où il
devait faire face à l’invasion des Ilkhans mongols, héritiers,
au Proche-Orient, de l’empire de
Gengis khan. Victorieux, les Mongols imposèrent
leur protectorat à toute la partie orientale de l’Anatolie;
ailleurs, les querelles intestines et les intrigues des vizirs
contribuèrent à anéantir l’autorité des sultans.
Dans cet État en déclin apparaissent alors les tribus
turcomanes que les souverains seldjoukides avaient, un siècle
auparavant, installées au fur et à mesure de leur arrivée sur
le limes byzantino-turc: il s’agissait de tribus ou de groupes
de tribus plus ou moins bien assimilés au monde turco-musulman
et ayant conservé un esprit offensif que les sultans
s’efforçaient de diriger contre l’Empire byzantin. En outre,
elles étaient animées de sentiments religieux musulmans,
encore imprégnés il est vrai de chamanisme et, sous
l’impulsion de chefs de confréries, leur prosélytisme de
néophytes les conduisait volontiers à s’engager dans la lutte
contre les chrétiens.
De
petits Emirats autonomes (XIIIe
siècle)
Profitant de la désintégration du pouvoir seldjoukide,
les tribus
turcomanes constituèrent, sur le pourtour du sultanat et plus
particulièrement à l’ouest, des émirats
autonomes (beylik) qui devinrent
totalement indépendants à la fin du XIIIe siècle.
Les émirats de l’ouest ont pour objectif la conquête des
territoires byzantins; ceux du centre (par exemple l’émirat de
Karaman) visent à acquérir l’héritage seldjoukide.
Mais aucun d’entre eux n’est assez
fort pour imposer sa domination aux
autres; toutefois, l’action non
concertée des émirats de l’ouest
aboutit à la liquidation de la
puissance byzantine en Asie Mineure
occidentale qui, aux environs de
1340,
est passée entièrement aux mains de
la puissance turque.
C’est parmi ces émirats que se
trouve celui qui, au début du XIVe siècle,
est dirigé par
Osman
(Uthman) et qui aura, grâce aux
successeurs de celui-ci, une fortune
remarquable sous le nom d’Empire
ottoman. Les origines des Ottomans
et leur histoire, au moins jusqu’à
la fin du XIVe siècle,
ont été longtemps mal connues du
fait que les historiens, jusqu’à une
période récente, n’ont utilisé que
des sources partiales, qu’il
s’agisse des sources grecques,
naturellement hostiles, ou des
sources turques, postérieures, qui
visaient à magnifier la dynastie
ottomane. Des documents nouveaux,
pour la plupart provenant des
archives ottomanes et européennes,
et une analyse critique des
chroniques ont permis de mieux
cerner l’histoire des Ottomans.
La tribu d’où est issue la dynastie
ottomane appartient à la branche
oghouz
des Turcs; elle est venue d’Asie
centrale soit en même temps que les
Seldjoukides, soit plus probablement
un peu plus tard, poussée vers
l’ouest par les Mongols, au début ou
au milieu du XIIIe siècle.
On sait peu de chose des premiers
chefs de la tribu en Anatolie et ils
ont fait l’objet de légendes ou
d’inventions historiques
postérieures; l’un d’eux,
Ertughrul,
paraît bien avoir reçu, aux environs
de 1260, la région de Seuyut (Sögüt),
sur la Sakarya, avec mission de la
défendre contre les Byzantins, sinon
d’attaquer ceux-ci. À sa mort, vers
1290, son fils
Osman prend en charge
l’émirat et passe sans tarder à
l’offensive contre les Grecs.
Peut-être Osman, comme plus tard son
fils Orkhan,
appartenait-il à la confrérie des
Ghazis, groupement à caractère
religieux et militaire dont
l’objectif essentiel était de
combattre pour la foi musulmane et
pour son triomphe. Il est en tout
cas incontestable que
l’influence
des milieux religieux a été très
forte sur les premiers chefs de la
dynastie.
Les
conquêtes d'Osman et de son fils
(1290-1362)
Avant même la fin du XIIIe siècle,
Osman avait placé sous son contrôle
la partie orientale de la Bithynie
byzantine; ses conquêtes, bien que
limitées, lui valent le concours
d’autres Turcs ou Turcomans,
désireux de combattre pour l’Islam,
et aussi de profiter du butin. Vers
1317, Osman (qui mourra vers 1326)
cède le commandement de sa petite
troupe à son fils
Orkhan
qui continue l’offensive marquée par
la prise de villes byzantines:
Brousse (1326), Nicée (1330 ou
1331), Nicomédie (1337), et par la
mainmise sur l’émirat voisin de
Karasi, établi sur le rivage
méridional de la mer de Marmara et
des Dardanelles; cette conquête
permet à Orkhan de posséder une
large façade
maritime, bien située face
aux territoires européens de
Byzance. Déjà il a mis en place un
embryon d’administration dans les
pays conquis où ses proches tiennent
les principaux postes, et il a
organisé une armée formée de
contingents réguliers (en
particulier la cavalerie) et de
troupes irrégulières (fantassins ou
azab et cavaliers ou
akindji).
Le chemin de l’Europe a été ouvert
aux Ottomans par les Grecs
eux-mêmes. En effet, après la mort
du basileus
Andronic III (1341), le
ministre Jean
Cantacuzène, pour s’emparer
du trône au détriment de l’héritier
Jean V
Paléologue, a fait appel à
l’émir Umur
d’Aydin dont les troupes sont
passées en Thrace en 1343, puis en
1345. À la mort d’Umur, Cantacuzène
s’adresse à Orkhan auquel il a donné
en mariage sa fille
Théodora
(vers 1345-1346). Orkhan envoie en
Thrace des soldats sous le
commandement de son fils
Süleyman;
en mars 1354, un tremblement de
terre ayant détruit les
fortifications de Gallipoli,
Süleyman s’empare de la ville qu’Orkhan
refuse de rendre à Jean Cantacuzène;
celui-ci renonce d’ailleurs peu
après au pouvoir impérial, mais
Süleyman continue sa pénétration en
Thrace orientale; toutefois, il
meurt accidentellement en 1355.
Lorsque, à son tour, Orkhan meurt en
1362, son émirat a acquis une
dimension nouvelle.
Le développement de cet émirat a été
dû jusqu’alors à la conjonction de
plusieurs facteurs: sa position
géographique, qui le situe à l’écart
des émirats voisins; le peu
d’intérêt que ceux-ci, pris par
leurs propres problèmes, ont porté
aux entreprises ottomanes; la
situation favorable au passage en
Europe; les erreurs politiques des
Grecs; l’unitarisme du pouvoir
ottoman, son organisation
administrative et militaire ainsi
que l’élan religieux, qui a été
renforcé par les succès remportés en
Europe.
À la mort d’Orkhan, les conquêtes
sont encore limitées, mais les
Ottomans tiennent les deux rives des
Dardanelles et ils sont implantés
solidement en Thrace. En Asie
Mineure, ils débouchent sur la
façade égéenne, mais ils se gardent
d’attaquer les émirats assez
puissants de Sarukhan et d’Aydin,
car il ne saurait encore être
question de lutter sur deux fronts;
il en est de même au sud-est où
l’émirat de Ghermiyan n’attire pas,
pour le moment, les convoitises d’Orkhan,
tout entier tourné vers un monde
byzantin dont la situation apparaît
de plus en plus précaire.
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