A la
fin du VIIe siècle, les migrations slaves se trouvaient fixées
au bord de l’Elbe, sur les
rivages de l’Adriatique et
dans le Péloponnèse. Partagés
entre Slaves de l’est, du sud et de l’ouest, leurs
divers peuples menèrent longtemps encore leur vie de
nomades, jusqu’au moment où, spontanément ou contraints
par les Germains ou par Byzance, ils se donnèrent une
organisation politique et adoptèrent le christianisme.
Les Slaves de l’est, en Russie, et les Slaves du sud, dans
les Balkans, à l’exception des Croates, ne font pas
partie du groupe occidental, de culture latine, mais de
celui de l’Europe orientale
et doivent être étudiés à part. Au IXe siècle déjà,
s’élevèrent entre les diverses tribus des Slaves, au-delà
de l’Elbe et de la Saale, Abodrites,
Wendes et autres, alors
qu’ils choisissaient le lieu de leur résidence, des rivalités
armées qui devaient avoir pour conclusion leur
assujettissement et leur germanisation. Dès
lors, leur histoire se confond avec celle du royaume
allemand. En revanche, les rameaux Slaves des Tchèques,
des Moraves et des Polonais
méritent une attention particulière. Tandis que les Slaves
de l’Elbe se montraient politiquement faibles et sans
initiative, une activité politique remarquable se manifesta
de bonne heure dans le territoire de la Bohème
et de la Moravie. Déjà
dans la première moitié du VIle siècle, le Franc Samo
fonda un royaume qui s’étendait bien au-delà de la Bohème,
mais qui disparut avec lui (658).
Depuis l’époque de
Charlemagne,
le territoire de la Bohème et de la Moravie se trouva
rattaché à l’empire des Francs par un lien assez lâche.
Puis au IXe siècle, sous la domination du prince morave Ratislav
(846-870), un grand royaume se
constitua qui, outre la Bohême et la Moravie, comprenait la
Slovaquie et s’étendait plus loin jusqu’à l’Elbe et
à la Saale au nord et à la Tisza au sud. Ainsi les Slaves
de l’ouest se trouvèrent rassemblés en un
seul Etat national dans lequel, au temps de Ratislav,
des missionnaires allemands de Salzburg et de Passau apportèrent
le christianisme.
Quatorze
seigneurs tchèques se firent baptiser à Ratisbonne,
en 845. Mais, là-dessus, un grave conflit éclata entre
missionnaires. Ratislav,
obéissant à son antipathie pour la mentalité allemande,
demanda à l’empereur d’Orient, Michel
III, de lui envoyer quelques missionnaires. Cyrille
et Méthode, deux moines
d’une haute culture, furent envoyés de Salonique, mais,
fort malheureusement pour la cause chrétienne, ils entrèrent
en conflit avec les évêques allemands qui voyaient en eux
des rivaux. Ils avaient commencé à traduire la Bible en
langue slave et célébraient le culte dans la langue
populaire, ce à quoi les missionnaires allemands
s’opposaient avec violence. Le litige fut porté à Rome,
où Cyrille devait mourir, mais Méthode sortit victorieux
de la lutte. Cependant, après sa mort, en 885,
l’influence allemande devint prépondérante
en Bohème et le rite latin fut introduit dans les cérémonies
du culte. Les Slaves de l’ouest regardèrent résolument
vers Rome et l’Occident, ce qui, à l’époque, avait
d’autant plus d’importance que la rupture inévitable
entre Rome et Constantinople allait se produire.
L’empereur
Arnoulf engagea une
lutte à mort contre Swatopulk,
successeur de Ratislav et appela les Hongrois à l’aide. Le
grand royaume morave succomba sous leurs coups (906);
mais la Bohème se releva bientôt de ses ruines et enfanta
un nouvel Etat des Slaves de l'ouest, le duché - plus tard
royaume - de Bohème.
Les Tchèques furent les véritables soutiens de cet Etat
dont les souverains appartenaient à la famille des Premyslides.
La citadelle de Prague devint
le centre d’un Etat et d’une civilisation.
Les
Premyslides se fixèrent deux buts: faire l’unité
des Slaves de l’ouest et fortifier
la civilisation chrétienne; ils surent atteindre
l’un et l’autre parfaitement. Wenzel
Ier (920-929), par un accommodement avec le roi
Henri l’Oiseleur, régla la question des
relations de son duché avec l’Allemagne, dont il reconnut
la suzeraineté, et introduisit définitivement son peuple
dans le domaine de la civilisation chrétienne de
l’Occident. Mais il devait périr assassiné, sans doute
victime d’une conjuration dont son frère Boleslav
était le chef et dont les membres, encore païens, haïssaient
toute influence allemande. Othon Ier
jugula la rébellion de Boleslav et rétablit les choses
dans leur ancien état. Les missions chrétiennes reprirent
leur activité et furent définitivement conduites par l’Église
d’Allemagne. Avec l’assentiment du pape et du grand évêque
Wolfgang de Ratisbonne, un
évêché fut fondé à Prague en 973. Ainsi
la Bohème eut son centre ecclésiastique propre, quoique le
nouvel évêché se trouvât dans la dépendance de celui de
Ratisbonne. Par la suite, les
relations avec l’empire devinrent beaucoup moins solides
et moins précises.
C’est
au Xe siècle que les Polonais entrent vraiment dans le
champ de l’histoire. La dynastie des Piastes
fonda un Etat qui groupa divers peuples slaves entre l’Oder
et la Vistule. Mieszko
(960-992), prince capable et qui voyait clairement le but à
atteindre, se laissa gagner au christianisme par son épouse
tchèque Dubravka, et imposa le
christianisme à son peuple. Des raisons
politiques semblent avoir pesé d’un grand poids
sur ses décisions. En effet, c’est par l’adoption du christianisme
que Mieszko pouvait prévenir le plus
sûrement le danger allemand, puisque les Allemands
ne pourraient plus dissimuler leur ambition de conquête
sous le prétexte de se protéger contre des païens
ignorants. Toutefois, il semble que Mieszko ail toujours
reconnu la suzeraineté de l’Allemagne, et l’évêché
de Posen, qui fut fondé sous son règne, fut ensuite placé
sous la dépendance de celui de Magdebourg. Ainsi
la Pologne se trouva, à son tour, orientée vers Rome et
l’Occident, ce qui constitue l’un des faits les
plus importants de son histoire. Mais de lui découle un
autre fait digne de réflexion: la fissure
qui partagea dès lors en deux le monde slave;
les Slaves de l’est et du sud (à l’exception des
Croates et des Slovènes) entrèrent dans l’orbite de
Constantinople dont ils adoptèrent les idées religieuses
et la culture, tandis que les Slaves de l’ouest (Tchèques,
Slovaques, Polonais) se rattachaient à l’Occident latin.
Les
premiers maîtres de la Pologne furent les plus remarquables
de tous ceux qui la gouvernèrent au cours de son histoire.
Au grand Mieszko succéda un fils plus grand encore, Boleslav
Chrobry (c’est-à-dire
le Vaillant) (992-1025). C’était
un homme d’une énergie puissante et un politicien réaliste
et sans scrupule. Il sut utiliser à ses fins propres l’idéalisme
stérile de l’empereur Othon III.
Avec son assentiment et celui du pape, il fonda l’archevêché
de Gnesen, détacha ainsi la Pologne
de I’Eglise allemande et donna au pays son propre centre
religieux. Des conquêtes militaires furent nécessaires
au succès de ses visées politiques et culturelles.
Boleslav s’empara de Cracovie, de la Silésie et de la
Slovaquie, jusque-là possessions de la Bohème. Après la
mort d’Othon III, il pénétra
en Allemagne et occupa la Lusace et Meissen, voire même
Prague. Il s’ensuivit une guerre de quatorze ans avec
l’empereur Henri Il,
qui se termina tout à l’avantage de la Pologne. Boleslav,
il est vrai, dut reconnaître formellement la suzeraineté
du roi d’Allemagne, mais il conserva
ses conquêtes. Du côté de l’est, il agrandit
aussi son domaine et, pour quelque temps, retint même Kiev
sous son sceptre. Ainsi fut constitué un grand royaume de
Pologne qui s’étendait de la Baltique à la Moravie et du
Boug jusqu’à l’Elbe. Peu avant sa mort, Boleslav
compléta son oeuvre en se faisant couronner roi.
Mais
le jeune Etat n’avait pas une organisation intérieure
solide; si bien qu’il s’effondra rapidement dans la
confusion qui suivit la mort de ce grand prince.