ATRIUM - Histoire du Moyen Âge

Le moyen age est la période comprise entre l'Antiquité et l'Age classique, c'est-à-dire allant de la chute de l'Empire romain (en 476) à la chute de l'Empire Byzantin (en 1453). C'est l'humaniste Giovanni Andrea qui utilisa pour la première fois le terme de "Moyen age" en 1469. Mais ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que le mot devint d'usage courant. Il était alors utilisé dans un sens dépréciatif et désignait le millénaire séparant la disparition de la culture antique et la Renaissance.

 

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La vie de l'esprit au temps des Othon
 
 

Par une activité déployée en faveur de tout ce qui est grand, riche et bien ordonné, Othon Ier stimula, dans une large mesure, la vie intellectuelle. Il n'avait reçu, lui-même, aucune véritable instruction et n'apprit à lire que dans les dernières années de sa vie. Mais, conformément à ses dispositions idéalistes et à sa noble mentalité, il était ouvert aux choses de l'esprit et admettait volontiers que sa cour, sous la direction de son frère Bruno, devint le foyer d'un travail intellectuel fécond, duquel sortit un mouvement que l'on aime à appeler la « renaissance ottonienne », parce que les influences de l'antiquité ne se mêlèrent qu'ensuite à ce qui représentait la culture médiévale. C'est au plus jeune frère d'Othon le Grand, le remarquable Bruno, que revient, avant tout autre, le mérite d'avoir suscité cette éclosion de la pensée. La piété, la grandeur morale, le zèle intellectuel, le sens politique s'unissaient chez lui dans une mesure peu commune. On ne saurait surestimer l'importance du rôle qu'il joua. Il fut le plus fidèle des collaborateurs d'Othon, qui un jour en exprima sa joie en disant: « que le Dieu Tout-Puissant a permis dans Sa Grâce que la royale prêtrise vienne à la rencontre de notre puissance souveraine ». Nous possédons de Bruno l'une des plus belles et des plus intéressantes biographies des temps médiévaux, écrite par son élève Ruotger.

Bruno présidait la chancellerie royale et il eut, de ce fait, la plus grande influence sur la vie ecclésiastique du royaume. En effet, les évêques étaient choisis dans le clergé qui desservait la chapelle du palais et qui faisait également partie de la chancellerie et Bruno était très scrupuleux à ne nommer évêques que des hommes dignes et adonnés à l'étude. Ruotger a pu écrire: « Le pieux berger Bruno, représentant de la Vérité et dispensateur de l'Evangile, cherchait avec la plus grande ferveur des hommes actifs et zélés, capables de servir l'Etat avec fidélité et vaillance, chacun à sa place, et son principal souci était qu'ils ne manquassent ni de conseils ni des moyens nécessaires. » Dévoré lui-même d'une soif ardente de connaissance, il travailla avec zèle à instruire le clergé, surtout depuis qu'il eût été nommé archevêque de Cologne.

Il est facile d'apprécier dans quelle mesure les goûts intellectuels de la cour d'Allemagne se développèrent peu à peu en considérant la différence d'instruction qui distingue les trois Othon. Le premier n'apprit que tardivement à lire et à écrire, après la mort de sa première épouse Edgitha. Dès sa jeunesse, Othon II eut des lettres et manifesta du goût pour les sciences. Lors d'une visite à Saint-Gall, il se fit ouvrir la bibliothèque du couvent, s'y promena longtemps, emporta un certain nombre de volumes, qu'il ne rendit plus tard qu'à regret, et en partie seulement, cédant aux instances du moine Ekkehard II. Othon III était très avide de connaissances, vif d'esprit et d'une imagination débordante. Soigneusement élevé par sa mère grecque, instruit par le sage Philagathos, influencé plus tard par Bernward aux goûts d'artiste, il ressemblait davantage aux moines imbus de culture qu'aux héros de son temps, avides de puissance et de royauté. Il savait le latin et la grec et s'essayait à faire des vers. Son admiration pour la culture grecque et latine n'avait d'égale que son mépris pour la mentalité germanique. Il écrivit à Gerbert, le futur pape Sylvestre Il, pour le prier de venir à sa cour lui enseigner la philosophie et les sciences. A cette requête, il ajouta le vécu que Gerbert piétine, sans ménagement, la grossièreté de sa nature saxonne, mais qu'il vivifie et développe, au contraire, le peu de finesse grecque qui se trouve en lui.

Gerbert n'était pas le premier homme instruit auquel la cour de Saxe faisait appel. Déjà au temps d'Othon Ier, on trouvait, dans l'entourage de la cour, des Allemands et surtout des Italiens cultivés, sans toutefois que leur cercle fût aussi illustre que celui qui avait entouré Charlemagne. L'un d'eux était le Lombard Liutprand, un historien remarquable, qui a sauvé son nom de l’oubli par une histoire de son temps et par le tableau d'un épisode de la vie d'Othon Ier. Parmi ces savants, on comptait aussi des grammairiens et des spécialistes du droit ecclésiastique.

Hors de la cour, les membres du clergé répandirent dans des cercles plus vastes les diverses connaissances. A l'ombre des cathédrales, de nombreuses écoles naquirent dans les villes épiscopales. Elles fleurirent avec une telle vitalité qu'elles éclipsèrent même les écoles des couvents, ce qui est dû, non seulement à l'essor intellectuel, mais aussi à l'essor économique de cette époque. Car les villes se développèrent alors, et tout particulièrement les villes épiscopales, en leur qualité de centres de territoires ecclésiastiques; on y vit éclore une vie économique importante. L'artisanat et le commerce prirent leur premier essor et assurèrent à la bourgeoisie, surtout dans la région du Rhin et des Pays-Bas, un certain bien-être, qui eut également un retentissement heureux sur la vie intellectuelle. Les évêques, pour la plupart stimulés par Bruno, consentirent volontiers à associer entre elles les écoles des chapitres, ce qui leur assura une floraison rapide à Magdebourg, Hildesheim et surtout à Liège, qui devint le centre de culture le plus important dans le nord, grâce à des maîtres remarquables.

Dans la famille ottonienne, les femmes jouèrent non seulement un rôle politique à l'occasion, mais elles prirent aussi une grande part à la vie intellectuelle. Avant Adélaïde et Théophanie, Mathilde, la charmante épouse de Henri ler et l'ancêtre de tous les Othon, exerça une grande influence. Son amour maternel, toujours en éveil, toujours prêt à la compassion, ne rayonnait pas seulement sur ses fils, il débordait encore sur les pauvres; plus tard, elle consacra sa vie à soulager leurs peines. Son immense générosité à l'égard de l'Eglise la mit pour un temps en conflit avec ses fils Othon et Henri. Elle fut la fondatrice de plusieurs couvents de nonnes, en particulier de celui de Quedlinburg qui devint un centre de culture fameux. Les couvents de nonnes saxons abritèrent, à cette époque, un grand nombre de femmes très instruites. Plus d'une abbesse sortit de la famille impériale. La plus célèbre de ces femmes fut Roswita, du couvent de Gandersheim, la première poétesse allemande. Elle écrivit en prose latine six comédies qui révèlent: un grand talent et un sens artistique affiné, puis, en vers, un beau poème épique de valeur historique, sur Othon le Grand. Elle avait été inspirée par son abbesse, Gerberge, qui était la nièce de l'empereur.

Othon Ier trouva un autre héraut en Widukind, un moine du couvent de Corvey. Dans son histoire de la dynastie saxonne, il célèbre Henri ler comme le plus grand et le meilleur des rois; mais il magnifie Othon en des accents particulièrement enthousiastes, comme « l'empereur des Romains », le « roi des peuples », « le bien-aimé de l'univers », « le maître de la terre ». La langue de Widukind est vivante et inspirée par un riche tempérament, polie à l’école du vieux latin; elle n'exprime que des sentiments bien saxons et chante surtout les compagnons issus de la même souche que le poète. Certes, il n'est pas encore question d'un sentiment patriotique quelconque, mais bien de celui d'une appartenance à une même race. Chez Roswita, comme chez Widukind, l'inspiration germanique se retrouve sous la forme et le parler latins.

Cependant l'élite intellectuelle contemporaine des empereurs saxons s'est recrutée avant tout parmi les évêques. A côté de ceux qui ont déjà été nommés: Bruno de Cologne, Bernward de Hildesheim, Adalbert de Prague, l'Allemagne de cette époque a connu un nombre surprenant d'ecclésiastiques distingués. Citons parmi eux l'évêque d'Augsbourg, Ulrich, qui défendit vaillamment sa ville contre les Hongrois en 955 et fut aussi un conducteur d'âmes exemplaire; Wolfgang, évêque de Ratisbonne, richement et diversement doué, moine, professeur, missionnaire, évêque, qui travailla avec autant de zèle au développement de l'instruction et des écoles qu'à la réforme de L’Eglise; enfin Bruno de Querfurt qui porta l'Evangile aux Hongrois, aux Polonais et, plus tard, aux Prussiens qui le firent périr. Le rôle que ces hommes richement doués et d'une grande supériorité morale ont joué dans l'éducation de leur peuple est inestimable. Ils furent tous canonisés, la plupart peu après leur mort, si bien que le souvenir de leur exemple et de leur oeuvre subsiste dans la mémoire du peuple.

L'évêque Bernward de Hildesheim occupe une place toute spéciale dans l'art de cette époque. Il n'est pas seulement connu comme l'éducateur d'Othon III, non plus que par sa conduite exemplaire, sa dignité et son humilité, mais, avant tout, par ses dons artistiques. Il encouragea les artistes de diverses manières et lui-même était un orfèvre très doué; malheureusement, on ne peut dire avec certitude si, parmi les quelques pièces d'orfèvrerie qui nous sont parvenues de son temps, il en est qu'on puisse lui attribuer. En revanche, on sait que l'église Saint-Michel de Hildesheim, édifiée en style roman de la première époque, fut construite sur son conseil et sous son inspiration.

D'autres oeuvres encore révèlent que, sous le règne des trois Othon, les arts plastiques reçurent un vigoureux élan. Les rois saxons et leurs évêques furent de grands bâtisseurs; ils élaborèrent les plans de villes nouvelles, édifièrent des châteaux forts, mais leur amour de l'art se manifesta surtout dans la construction de couvents et d'églises, dont il ne reste qu'un petit nombre; ils sont en ruines pour la plupart, mais ils portent, malgré leur architecture massive rappelant celle d'un bâtiment fortifié, l'empreinte traditionnelle de la basilique romaine.

L'activité intellectuelle et artistique ne fut pas le fait du seul duché de Saxe; elle se manifesta dans bien d'autres contrées d'Allemagne encore. Ainsi Saint-Gall, à cette époque, connut un nouvel épanouissement. Des quatre moines qui portèrent le nom d'Ekkehard, le premier, mort en 973, est le plus fameux. Il écrivit son « Walther à la main forte », épopée d'inspiration toute allemande et chrétienne quoique écrite en langue latine et en vers classiques, imités de Virgile. Notker l'Allemand, surnommé aussi « Labeo », l'homme aux lèvres épaisses, mort en 1027, a rendu les plus grands services à la langue allemande en traduisant du latin plusieurs oeuvres classiques, ainsi que les Psaumes, le livre de job, les « Consolations de la philosophie », de Béothius, et bien d'autres ouvrages encore. Il possédait le talent d'un philologue et les dons d'un poète; il écrivait une langue admirablement coulante, sonore et rythmée. Ses traductions sont au nombre des trésors les plus précieux du vieux haut allemand. Malheureusement, son oeuvre, au moyen de laquelle il avait cherché à susciter une littérature nationale, ne trouva, après lui, ni imitateur, ni continuateur. Ekkehard et Notker sont là pour donner la preuve que les moines allemands du Xe siècle ne s'adonnaient pas seulement à la culture latine et étrangère, mais que l'esprit de leur peuple les animait.

Au début du XIe siècle, le couvent de Reichenau se distingua par son activité musicale et poétique, comme par son savoir, à côté de beaucoup d'autres monastères, où fleurissait aussi une saine vie de l'esprit. C'est grâce à Armand le Boiteux que le couvent de Reichenau acquit la célébrité. Armand était le fils d'un comte, estropié de naissance, mais doué d'une intelligence supérieure, d'une âme gracieuse, contemplative et paisible; il était en outre un écrivain fécond et savant. A côté de ses poésies, ses écrits ont pour objet les mathématiques, l'astronomie, la musique. Il écrivit, en outre, une chronique universelle, qui malheureusement s'est perdue. Il fut l'un des premiers savants allemands (mort en 1054).

Mais il faut avouer que seule l'aristocratie laïque et ecclésiastique, du sein de laquelle l'élite intellectuelle était issue, a laissé une empreinte facile à discerner. De la masse du peuple de ce temps-là, nous ne savons presque rien. On ne trouve l’écho des pensées et des sentiments de l'homme du commun que dans un petit nombre de documents, comme, par exemple, ce roman réaliste, intitulé « Ruodlieb » qui fut composé dans le couvent bavarois de Tegernsee, aux environs de 1030, ou dans des satires, des farces, des fabliaux, des allégories.

Cependant, on ne peut être que surpris par la richesse et la fraîcheur dont se pare la vie intellectuelle dans les contrées au nord des Alpes, au début du XIe siècle, quand on considère combien primitives étaient encore les conditions matérielles et combien modeste le chiffre de la population. Il n'est certainement pas juste de dire, comme on l'a fait pendant longtemps, que les populations ont cru, conformément à une prophétie apocalyptique mal interprétée, que l'an mille amènerait la fin du monde et l'ont attendue, résignées et inactives. Ce travail intellectuel en plein développement, animé d'un vigoureux espoir dans l'avenir, prouve le contraire.

Le Xe siècle est souvent considéré comme une période sombre de l'histoire, à cause de tant d'événements malheureux, dont nous avons fait mention dans d'autres chapitres. Mais il faut se garder des généralisations. Les pays allemands révèlent, sous les empereurs saxons, à côté de zones sombres, tant de brillante lumière, de vigueur et de grandeur morale, tant de talents remarquables, qu'on s'en étonne. La même chose se passa en France, malgré tous les troubles politiques. Quant à l'Italie, où le relâchement des mœurs et la paresse de l'esprit avaient fait de grands ravages, il y subsistait pourtant assez de bons éléments pour qu'un renouveau y fût possible.

 
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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