ATRIUM - Histoire du Moyen Âge

Le moyen age est la période comprise entre l'Antiquité et l'Age classique, c'est-à-dire allant de la chute de l'Empire romain (en 476) à la chute de l'Empire Byzantin (en 1453). C'est l'humaniste Giovanni Andrea qui utilisa pour la première fois le terme de "Moyen age" en 1469. Mais ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que le mot devint d'usage courant. Il était alors utilisé dans un sens dépréciatif et désignait le millénaire séparant la disparition de la culture antique et la Renaissance.

 

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Othon II et Othon III
 
 

Othon II n'avait que dix-huit ans lorsqu'il succéda à son père. D'emblée, il fut reconnu à l'unanimité, ce qui prouve que la royauté était désormais très forte. En effet, les quelques révoltes qu'il eut à vaincre au début de son règne furent le fait de l'ambition d'un petit nombre, et ne menaçaient pas le royaume dans son principe. Il dut d'abord régler un grave conflit avec la Bavière, où régnait Henri le Querelleur, fils de cet autre Henri, frère d'Othon Ier, réconcilié avec lui, après une longue mésentente. Le Querelleur avait espéré ajouter la Souabe à la Bavière, lors de la mort de son beau-frère Burckhardt; mais Othon Il le prévint, afin d'empêcher un accroissement de la Bavière qui, augmentée de la Souabe, eût dominé toute l'Allemagne du sud. Depuis longtemps, les ducs de Bavière jouissaient, dans leur domaine, d'une grande puissance politique, par le fait, entre autres, qu'ils disposaient des évêchés du sud de l'Allemagne en faveur des membres de leur famille. En fait, la Bavière imposait sa suzeraineté à une grande partie de l'Autriche actuelle et au sud jusqu'à la mer Adriatique et au lac de Garde.

Allié à la Bohême et à la Pologne, Henri se souleva donc contre son impérial cousin, mais il fut vaincu, déposé et banni. Othon mit fin à la situation privilégiée de la Bavière; il en sépara la Marche de l'Est qu'il donna à Luitpold de Babenberg telle fut l'origine du règne des Babenberg en Autriche; ils devaient s'y maintenir 270 ans. Dans le sud, l'empereur institua le nouveau duché de Carinthie qui comprenait les anciennes marches de Carniole, de Vérone et d'Istrie. A la même époque, l'évêché de Prague fut établi et placé sous la dépendance de l'archevêché de Mayence, alors que, jusque là, la Bohême relevait de l'évêché de Ratisbonne. Ainsi la Bavière perdit également toute autorité religieuse sur la Bohême. En revanche les ducs Boleslav en Bohême et Mieszko en Pologne conservèrent toute leur indépendance. Cependant, des troubles éclatèrent en Lorraine. Le roi de France, Lothaire, espérant tirer parti d'une situation confuse, pénétra dans le duché en révolte, mais le roi d'Allemagne conduisit son armée jusque sous les murs de Paris et contraignit ainsi les Français à céder.

Puis, Othon Il dut se rendre en Italie, afin d'y exercer ses fonctions de « patricius romanorum ». Les rivalités de partis avaient, en effet, repris de plus belle depuis la mort d'Othon Ier, et, cette fois, c'était la famille issue de Théodora la jeune, les Creszenzi, qui réclamait le pouvoir et qui déshonorait l'Eglise par ses intrigues et ses violences. En 980, accompagné de Théophanie, Othon parut pour rétablir l'ordre. Rome se soumit et le pape Benoît VII, qui avait dû se retirer, fut rétabli dans sa dignité. Mais Othon poursuivait des buts plus vastes; il voulait s'assurer la domination sur toute l'Italie et ne pouvait plus tolérer, en Sicile, la présence des Sarrasins qui s'y étaient installés et, depuis quelques années, faisaient des incursions victorieuses dans la péninsule. Il put s'emparer de Tarente, mais l'armée allemande fut battue en Calabre par les Sarrasins. Othon dut prendre la fuite et atteindre à la nage le bateau qui lui donna refuge. Les Grecs avaient lié partie avec les Sarrasins. Ils remirent la main sur les Pouilles et la Calabre. 

Othon fit élire roi, par les Allemands et par les Italiens, son fils âgé de trois ans; il s'occupa de pourvoir une fois de plus le trône pontifical et travailla sans relâche aux préparatifs d'une nouvelle campagne. Mais au moment où il allait partir pour le sud de l'Italie, à la tête d'une armée, la mort le surprit (983) - Il n'avait que vingt-huit ans. Son corps fut déposé dans un sarcophage romain et enfoui sous le porche de l'église Saint-Pierre. Ses contemporains ont célébré son savoir et sa piété. S'il n'a pas égalé Othon Ier par le talent, du moins s'est-il efforcé de gouverner l'empire conformément à ses idées. Sa mort précoce fut, pour le jeune empire, une grave épreuve.

Dès lors, l'oeuvre d'Othon Ier parut mise en question. Le Nord, pas plus que le Sud, n'étaient sûrs et l'héritier du trône n'était qu'un enfant. Le premier qui se révolta fut Henri le Querelleur, revenu d'exil. Il sut s'emparer de l'enfant royal et exigea qu'on lui confiât la régence; puis, chercha à prendre la couronne. Toute l'Allemagne s'agita, et même la France, dont l'ambitieux roi Lothaire jeta de nouveau les regards sur la Lorraine. Mais, en définitive, le jeune Othon conserva la couronne, grâce à la fidélité de la plupart des vassaux, des évêques notamment. L'édifice construit par Othon le Grand prouvait combien il était solide. Quant à Henri le Querelleur, il obtint son pardon et son duché lui fut rendu. Théophanie, mère du petit Othon III, régna pendant sept ans en son nom. La capacité et l'intelligence qu'elle tenait de son origine grecque se manifestèrent pleinement. Quoique venue de Byzance, elle gouverna conformément à la meilleure tradition allemande, toujours attentive à rester fidèle à l'esprit d'Othon le Grand; elle fit constamment preuve d'autant d'énergie que de sage modération. Elle sut conserver l'Italie à l'empire, protéger les frontières orientales contre les Slaves et maintenir la Bohême sous la suzeraineté de l'Allemagne. Mais des difficultés surgirent lorsque Théophanie, jeune encore, mourut en 991 et que la régence eut passé aux mains de sa belle-mère Adélaïde. Au bout de trois ans, on remit à Othon, garçon de quatorze ans, les rênes du pouvoir.

Othon III était un enfant très brillant. Théophanie et Adélaïde l'avaient initié à la culture de la Grèce et de la Rome antique. L'archevêque Bernward de Hildesheim, qui dirigea son éducation, est certainement pour beaucoup dans l'éclosion des dispositions pieuses qui se manifestèrent chez ce garçon naturellement religieux. L'idéalisme qui anima tous les Othon se révéla chez le troisième d'entre eux à un degré particulièrement élevé, mais sans le contrepoids de l'intelligence réaliste qui avait distingué le premier et, jusqu'à un certain point, le deuxième. Il fut bientôt évident que les réalités matérielles comptaient peu pour lui. Ce n'était pas l'activité tranquille de ses prédécesseurs qui le conduisait, mais une agitation due à la nervosité. On a prétendu qu'il n'avait que du mépris pour tout ce qui était saxon, et, peut-être, est-ce exagéré; mais il est certain qu'il ne se sentait guère de racine dans le sol allemand, et qu'il finit par se fixer à Rome. Ses goûts sont sensibles jusque dans sa politique. Tandis qu'Othon Ier regardait l'Italie comme une annexe de l'Empire d'Allemagne, qu'Othon II s'était efforcé de placer les deux pays sur un plan d'égalité, il s'en faut de peu qu'Othon III n'ait complètement renversé cette situation: pour lui, l'Italie était le noyau, le centre, l'Allemagne, un territoire annexé à la périphérie de l'Empire romain. Car les efforts d'Othon III ne tendirent à rien de moins qu'à la résurrection de l'ancien Empire romain. En 996, il se rendit en Italie à la tête d'une armée; reçut à Pavie, ancienne capitale des rois lombards, l'hommage de l'aristocratie; après quoi, il marcha sur Rome, où il investit un nouveau pape, qui lui donna sitôt après la couronne des empereurs d'Occident. Le nouvel élu était Grégoire V (996-999), parent d'Othon, jeune homme d'une conduite exemplaire. Il fut le premier pape allemand; il était libre de tout lien à l'égard des partis qui déchiraient Rome et il était fermement résolu à arracher l'Eglise à l'état d'abaissement auquel l'avaient réduite les intrigues partisanes. A Rome, Othon apprit à connaître Adalbert, archevêque de Prague, qui avait fui son évêché pour se rendre dans la ville des papes, afin de s'y recueillir dans la retraite et d'y faire pénitence. Le jeune empereur reçut d'Adalbert une profonde impression; il le respecta, dès lors, comme un ami paternel et son conducteur spirituel. Ensemble, ils revinrent en Allemagne. A Mayence, où ils séjournèrent quelque temps, Othon passait des nuits entières à s'entretenir avec Adalbert de sujets religieux. Peu de temps après, l'archevêque partit évangéliser les Prussiens, chez lesquels il mourut martyr. Plus tard, revêtu de la robe des pénitents, Othon fit un pèlerinage à Gnesen, afin de prier sur sa tombe. Il se rendit aussi à Aix-la-Chapelle, au tombeau de Charlemagne. Il se fit ouvrir la crypte, au fond de laquelle il descendit auprès du mort qui, tel un vivant, se tenait assis sur un trône, couronné et le sceptre en main. Othon pria devant le cadavre et partit en emportant quelques reliques. Il ne se préoccupa pas le moins du monde de l'opinion de ses contemporains qui considéraient sa démarche comme une profanation. Adalbert et Charlemagne étaient les deux patrons auxquels l'empereur adolescent, brûlant d'un ardent enthousiasme, avait confié son destin. Il s'intitulait « empereur des empereurs », mais aussi « serviteur de Jésus-Christ » ou « serviteur des apôtres ». Il voulait qu'au sein de l'empire, le règne de Dieu se réalisât sur la terre. De là l’éclat dont il entoura la dignité impériale. Contrairement à la tradition saxonne, il constitua une cour brillante et, quand il retourna à Rome, en 998, se logea dans un palais sur l'Aventin. Mais, il était aussi capable de s'humilier profondément et de se faire donner la pénitence. Il semble qu'Othon III, fils d'une princesse grecque et d'un roi saxon, ait porté en lui deux hérédités incompatibles: l'orgueil des empereurs d'Orient et la foi enfantine, la vie intérieure ardente de la chrétienté germanique, encore toute jeune.

L'Eglise avait à nouveau besoin de la protection impériale, car la population romaine, toujours agitée, avait déposé le pape allemand Grégoire V, et instauré un antipape. Othon soumit la ville, fit décapiter, au château Saint-Ange, le chef de la rébellion, Crescentius, et rétablit Grégoire à sa place et, quand ce dernier mourut, l'année suivante déjà, Othon lui donna pour successeur son ami Gerbert qui prit le nom de Sylvestre II. Gerbert était Français et l'un des hommes les plus instruits de son temps; il unissait en lui la culture chrétienne et la culture arabe, grâce à ses connaissances en mathématiques et en sciences naturelles, qui excitaient l'étonnement de ses contemporains. Il avait été le directeur de l'école de Reims, puis l'archevêque de cette ville. Il avait déjà approché Othon Ier; Othon II lui avait confié l’abbaye de Bobbio. Othon III se lia de la façon la plus intime avec cet homme dont il admirait la culture et avec l'aide duquel il espérait réaliser l'Etat auquel il aspirait. Ce que l'imagination d'Othon lui faisait entrevoir, c'était une sorte d'association des peuples chrétiens, dont les divers éléments, poursuivant chacun sa politique personnelle, n'en seraient pas moins unis d'une façon ou d'une autre, grâce à ces deux chefs qu'étaient le pape et l'empereur. Cela ne ressemblait plus guère à la politique d'Othon Ier, qui avait voulu soumettre à la puissance allemande les peuples de l'extérieur, comptant sur l'appui de L’Eglise pour l'aider dans cette tâche. Othon III, au contraire, laissa sans aucune opposition, la Pologne et la Hongrie se détacher de l'Eglise d'Allemagne par la création des archevêchés de Gnesen et de Gran, démarche de laquelle devait sortir aussi l'indépendance politique de ces deux Etats, puisque le pape Sylvestre, avec l'assentiment de l'empereur, envoya des couronnes royales à Boleslav de Pologne et à Etienne de Hongrie.

La collaboration d'Othon et de Sylvestre, qui s'inspirait d'un identique idéal chrétien, s'était fixée pour but l'établissement d'une confédération des peuples occidentaux; mais, dès l'abord, les dangers de cette politique apparurent. Comment l'empereur d'Occident pourrait-il longtemps régner en maître à côté du pape qui entendait posséder sur les Etats de l'Eglise un pouvoir illimité ? Qu'Othon ait affirmé à Sylvestre que la donation de Constantin était un document falsifié, laisse déjà pressentir le péril; mais la conformité de leurs pensées était telle qu'aucun conflit ne surgit entre eux. Othon III poursuivait trop uniquement des buts d'ordre spirituel et religieux, croyant accomplir ainsi son devoir d'empereur et s'occupait trop peu de protéger les assises de l'Empire. Tandis qu'il entretenait son rêve, son pouvoir commença à chanceler. Les villes de l'Italie méridionale secouèrent son joug; à Rome même, une révolte éclata contre lui; l'Allemagne était sur le point de se soulever. Ainsi, l'impérialisme d'Othon arrivait à son terme, son grand rêve d'empereur universel prenait fin, quant il mourut au bon moment, au début de l'an 1002. Il avait vingt-deux ans. En combattant constamment, les Allemands parvinrent à ramener son corps à travers l'Italie, jusqu'en Allemagne. Il fut enterré à Aix-la-Chapelle.

 
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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