ATRIUM - Histoire du Moyen Âge

Le moyen age est la période comprise entre l'Antiquité et l'Age classique, c'est-à-dire allant de la chute de l'Empire romain (en 476) à la chute de l'Empire Byzantin (en 1453). C'est l'humaniste Giovanni Andrea qui utilisa pour la première fois le terme de "Moyen age" en 1469. Mais ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que le mot devint d'usage courant. Il était alors utilisé dans un sens dépréciatif et désignait le millénaire séparant la disparition de la culture antique et la Renaissance.

 

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Le nouvel Empire d'Occident
 
 

Nous avons déjà parlé des événements malheureux dont l'Italie fut le théâtre au Xe siècle. Durant des années, plusieurs familles se disputèrent la couronne des Lombards, et le titre d'empereur. Il n'est pas utile d'énumérer les noms de ces roitelets et de ces empereurs fantômes. Le marquis Béranger du Frioul, petit-fils de Louis le Pieux, fut roi d'Italie, et dès 916, empereur. Son fils, le margrave Béranger d'Ivrée, s'éleva lui-même à la dignité royale en anéantissant son rival, Hugo de Vienne et le fils de celui-ci, Lothaire, - l'un et l'autre avaient porté le titre de roi d'Italie, le dernier même celui d'empereur. A sa mort, Lothaire laissa une veuve, Adélaïde, fille de Rodolphe, roi de Haute-Bourgogne, qui avait été lui-même roi d'Italie. Comme Adélaïde, en sa qualité de veuve et de fille de rois d'Italie, pouvait, selon les circonstances, être amenée à faire valoir ses droits à leur héritage, qu'elle était non seulement jeune et belle, mais intelligente et très avisée en politique, donc redoutable, Béranger la fit rapidement mettre en prison, mais elle réussit à envoyer au roi Othon un appel au secours. Comme s'il n'avait attendu que ce message, Othon se mit immédiatement en route pour l'Italie; l'exemple des Carolingiens flottait devant ses yeux. Sans hésitation, la noblesse lombarde fit sa soumission au grand Allemand, qui s'intitulait sans vergogne roi des Francs et des Lombards, car il se tenait pour le successeur en droit d'Arnoulf, qui avait également porté la couronne de fer des Lombards. Là-dessus, étant veuf depuis quelque temps, il épousa la princesse royale Adélaïde. L'archevêque de Mayence fut envoyé à Rome pour discuter avec le pape de l'éventualité du couronnement d'Othon comme empereur d'Occident. Mais il se heurta à une fin de non recevoir; le moment était mal choisi pour semblable démarche. Celui qui, à sa façon, fut le grand Albéric, était mort en 954. On se souvient qu'avant sa mort, il avait fait promettre aux seigneurs romains de placer son fils Octave sur le trône pontifical, à la première occasion. Ce fait s'était produit l’année précédente; ainsi le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel se trouvaient, à Rome, réunis en une seule main. Mais cette élection pontificale était l'une des plus lamentables qui n’ait jamais été faite. L'élu, qui avait pris le nom de Jean XII, n'avait que dix-sept ans; il n'était pas mûr, dépourvu du sens de la responsabilité, ambitieux à l'excès et n'avait aucunement le sentiment de la grandeur de sa dignité pontificale.

Lorsque Béranger, qui avait secoué la suzeraineté allemande, chercha à le contraindre et à gêner ses plans politiques, il appela à l'aide le roi d'Allemagne, en lui promettant la couronne des empereurs. Ce fut pour Othon l'occasion favorable.

Il confia le gouvernement du royaume aux deux archevêques Bruno de Cologne et Guillaume de Mayence, soit à son frère et à son fils, et se mit sans délai en route pour l'Italie, suivi d'une puissante armée. Lorsque, ayant franchi le Brenner, il parut en Italie septentrionale, la noblesse, sans hésiter, fit sa soumission, tandis que Béranger prenait la fuite. Il marcha rapidement sur Rome où, de la main du pape, il reçut la couronne impériale, le 2 février 962. Quelques jours après, les deux chefs de la chrétienté échangèrent un document en foi duquel Othon reconnaissait les donations des Carolingiens et les droits acquis plus tard par les papes. D'un autre côté, les droits impériaux relatifs au choix des papes et à ceux des Etats de l'Eglise étaient confirmés, dans l'avenir, aucun pape ne pourrait être sacré avant d'avoir juré fidélité à l'empereur, qui obtint ainsi une sorte de suzeraineté sur le chef des Etats de l'Eglise.

Ainsi l'Empire d'Occident, jadis fondé par Charlemagne, puis détruit, était reconstitué. La dignité impériale resta dès lors solidaire du royaume d'Allemagne. Malgré les hasards qui jouèrent leur rôle, malgré le fait que c'est un pape indigne qui couronna Othon, l'événement revêt une grande importance; il répondait aux besoins et aux idées du temps. Le roi allemand qui tenait réellement, parmi les princes de l'Occident, la place d'un chef était destiné à faire éclater son importance aux yeux de l'étranger par le fait qu'un pape l'avait couronné et sacré. D'un autre côté, l’Eglise qui, dans l’ltalie bouleversée, était exposée à toutes sortes d'influences politiques, avait un besoin pressant de l'appui d'un prince temporel puissant. Le devoir de protéger le pape et l'Eglise fut la principale raison d'être de la dignité impériale et l'opinion contemporaine trouva naturel que le plus puissant des rois de la chrétienté fût appelé à étendre un bras protecteur au-dessus du représentant du Christ sur la terre. Othon devait prouver par des actes qu'il prenait sa tâche au sérieux et Jean XII se repentit bientôt de l'avoir appelé à l'aide. Aussi l'empereur n'avait-il pas plus tôt quitté Rome pour guerroyer contre Béranger que le pape faisait alliance avec ses ennemis. Othon revint à Rome et fit déposer Jean XII par un synode, sous le prétexte que le pape ne peut être jugé par personne. Le nouvel élu, Léon VIII, dut fuir les Romains révoltés et se réfugier dans le camp impérial. Othon s'empara de la ville rebelle par la force. Il exila à Hambourg un antipape élu par les Romains. Après la mort de Léon, Jean XIII, un pape digne et excellent, fut nommé à la suite d'un accord entre Othon et le peuple de Rome. Cependant, les Romains ne restèrent fidèles à Othon que dans la mesure où ils le sentirent proche. De retour en Allemagne, l'empereur apprit que Jean XIII avait été mis en prison. Alors, il parut en Italie pour la troisième fois, libéra le pape et fit comparaître les coupables devant un tribunal qui distribua des peines sévères. Il resta au sud des Alpes jusqu'en 972, compléta les Etats de l'Eglise en leur rendant des territoires qui leur avaient été arrachés depuis longtemps, tel l'Exarchat de Ravenne. Enfin, à l'occasion de la fête de Noël, en 967, il fit couronner empereur par le pape son fils Othon.

Ainsi Othon soumit l’Eglise à sa puissance et fit peser sur elle une main de fer. Mais il croyait remplir, de la sorte, un devoir sacré, et, certes, il était nécessaire d'arracher la papauté à l'ignoble servitude de la politique romaine. L'Eglise ne fut pas soumise alors au caprice d'un tyran ennemi, mais à la volonté ferme d'un chrétien conscient de sa responsabilité. Sans doute Othon se laissait-il conduire par ses vues de politicien réaliste et par les intérêts de l'empire. Ainsi, la soumission de la papauté lui conféra une pleine autorité sur l'Eglise d'Allemagne, et il devint clair que la domination, péniblement acquise, sur l'Italie, supposait la dépendance du Saint-Siège et des Etats de l’Eglise; mais Othon ne pressentit pas le mal qui pouvait en résulter pour l'Etat et pour l'Eglise.

La question de savoir si la double politique italienne et impériale que poursuivait Othon fut ou non favorable au développement de l'Allemagne a fait l'objet de nombreuses discussions. Il est certain que, par la suite, l'Italie a trop souvent ébloui les empereurs et les a éloignés de leur tâche première, et que les terribles luttes entre l’Eglise et l'Etat, dont Othon, à son insu, avait semé le germe, ébranlèrent profondément l'Occident. Mais, dans le domaine culturel, l'union étroite avec l'Italie fut une grande bénédiction pour le Nord. En outre, l'association de L’Eglise à la politique allemande et universelle pouvait être délicate dans son principe, et devenir dangereuse par la suite, mais elle parut à Othon le seul moyen utile pour affaiblir les forces centrifuges de l'empire et les unir.

Pour que son titre de roi d'Italie ne fût pas un vain nom, il fallait qu'Othon rangeât sous son sceptre les populations de l'Italie méridionale ou que, tout au moins, il affirmât ses droits dans ces contrées. Mais, de la sorte, il entra dangereusement en conflit avec l'Empire byzantin, car l'empereur d'Orient régnait encore sur les Pouilles et sur la Calabre, tandis qu'à Bénévent et à Capoue, des ducs lombards reconnaissaient sa suzeraineté. Othon obligea ces derniers à lui rendre hommage, cependant qu'il entretenait contre Constantinople, tantôt à main armée, tantôt par des négociations, une lutte qui dura quelques années. Il visait, de la sorte, un double but: la domination sur l'Italie méridionale et le mariage de son fils avec une princesse byzantine. L'énergique Nikephoros Phokas, qui régnait alors à Constantinople, réclamait ouvertement Rome, comme prix d'une princesse; mais, par bonheur pour Othon et son fils, il fut renversé, et dut laisser le trône à un successeur plus conciliant. On en vint premièrement à un arrangement pacifique au sujet de l'Italie méridionale: Capoue et Bénévent restèrent allemandes, les Pouilles et la Calabre, byzantines; et, secondement, à un mariage entre le jeune Othon et Théophanie, une princesse grecque, aussi remarquable par son intelligence que par sa beauté. Le couple impérial fut béni par le pape dans l'église de Saint-Pierre.

Ainsi, les deux empires, celui de l'est et celui de l’ouest, se trouvèrent unis et en paix. Othon Ier avait atteint L’apogée de la fortune et de la puissance. Quand, de retour en Allemagne, à Pâques 973, il convoqua à Quedlinburg une brillante assemblée de sa noblesse ce ne furent pas seulement des vassaux allemands, laïques et ecclésiastiques, qu lui rendirent hommage, mais aussi les ducs de Bohême et de Pologne, tandis que d'Italie et de Byzance, de Hongrie, de Bulgarie, de Russie, du Danemark, des envoyés se présentèrent. Peu après, le 7 mai 973, alors qu'il assistait aux Vêpres dans l'église du couvent, Othon mourut « sans un cri et en paix ».

L'un des plus grands rois d'Occident avait expiré. L'importance de son oeuvre ne peut être exagérée. Il a soudé les forces d'Allemagne en un faisceau unique. Il a assuré à l'Allemagne la première place parmi les peuples d'Occident qui lui restèrent longtemps soumis. Par sa politique, et sa politique religieuse surtout, il a fait beaucoup pour pacifier et unir les peuples de l'Europe, car, en arrachant l'Eglise et la papauté à leur affreux abaissement, il a contribué au développement toujours croissant des forces spirituelles. Othon n'a nullement considéré l'Eglise comme la servante de l'Etat; il lui a toujours assuré un appui respectueux quoique, en cas de besoin, il ait eu recours à la force. Le roi disait - « Je m'en voudrais, comme si je jetais des choses saintes aux chiens, si je prenais pour un usage temporel les biens des couvents que des hommes pieux ont donnés pour le service de Dieu. »

La sécurité intérieure, l'ordre, la bonne tenue des couvents, l'ouverture d'esprit de la cour royale préparèrent le terrain sur lequel une vie de l'esprit allait éclore

 
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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