A l'époque où Othon affermissait sa
puissance à l'intérieur du royaume
par la réforme que nous venons
d'expliquer, il parvint aussi à
écarter définitivement les Hongrois
qui le menaçaient de l'extérieur. En
effet, lorsqu'en
955, les Hongrois
envahirent de nouveau l'Allemagne
avec des forces considérables, Othon
marcha à leur rencontre, à la tête
de l’armée allemande. Les Hongrois
assiégèrent longtemps
Augsbourg qui
fut vaillamment défendue par
l'évêque Ulrich. Au sud de la ville,
dans la plaine du Lech,
ils furent
complètement défaits. A partir de
cet événement, ils renoncèrent à
leurs expéditions pillardes; ils
devinrent sédentaires et chrétiens.
A cette même époque, signe certain
de l'affermissement de son pouvoir,
Othon réalisa de remarquables
progrès du côté des Slaves. Il
assujettit à nouveau la Bohême en
contraignant
Boleslav, le rebelle,
l'ennemi des Allemands, qui avait
assassiné son frère
Wenzel le Saint,
à lui rendre hommage. Deux seigneurs
saxons, Hermann Billung et surtout
Géro, guerrier sans scrupule,
entreprirent la lutte contre les
Slaves au-delà de l'Elbe et de la
Saale, si bien que, parmi eux
également, la civilisation allemande
et le christianisme purent
s'introduire peu à peu.
Châteaux-forts et évêchés furent
érigés dans la contrée habitée par
les Slaves, et de nombreux Allemands
se mêlèrent à ce peuple disséminé.
La fondation dans les années
soixante, conformément au vécu
d'Othon, de l'archevêché de
Magdebourg, fut d'une grande
importance pour les pays de l'est,
car il eut, dans sa dépendance, tous
les nombreux évêchés qu'on établit
par la suite dans ces contrées.
Magdebourg devint ainsi le point de
départ de la mission chrétienne et
de la civilisation occidentale vers
les vastes contrées de l'est.
Toutefois, ces heureux événements
ont des côtés très sombres, car la
conquête spirituelle des peuples
slaves est étroitement liée aux
conquêtes guerrières. Le
missionnaire devait servir l'Etat;
le plus souvent,
les prêtres
marchaient derrière l’armée
allemande. Les Slaves firent
rarement l'expérience de la charité
et de la bienveillance. Il est donc
compréhensible qu'ils se soient
souvent révoltés non seulement
contre le pouvoir civil, mais aussi
contre l'Eglise, le christianisme
n'étant pour eux que la religion de
leurs oppresseurs. Les choses
allèrent mieux cependant quand des
missionnaires animés d'idéal vinrent
à eux, tels
saint Adalbert,
Bruno de
Querfurt et d'autres qui unissaient
la charité et la bienveillance au
zèle qu'inspire la foi.