ATRIUM - Histoire du Moyen Âge

Le moyen age est la période comprise entre l'Antiquité et l'Age classique, c'est-à-dire allant de la chute de l'Empire romain (en 476) à la chute de l'Empire Byzantin (en 1453). C'est l'humaniste Giovanni Andrea qui utilisa pour la première fois le terme de "Moyen age" en 1469. Mais ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que le mot devint d'usage courant. Il était alors utilisé dans un sens dépréciatif et désignait le millénaire séparant la disparition de la culture antique et la Renaissance.

 

Retour au sommaire

Sommaire >>> Histoire du Moyen Âge >>> Le Xe siècle

L’Etat et l’Eglise dans l’Empire franc
 
 

Dans l'Empire franc, l'Etat et l’Eglise travaillèrent dans une étroite communauté d'intérêts; il est difficile de dire qui donna et qui reçut le plus de l'autre. L'Etat franc avait rendu à l'Eglise les plus grands services. Par sa protection, il avait facilité l'érection de sanctuaires et de couvents et le travail des missionnaires parmi les Germains et les Slaves. L'évangélisation des populations païennes n'était pas achevée et il continuait à y collaborer activement.

D'un autre côté, l'Etat franc avait pu compter de tout temps sur l'appui de l’Eglise. Comme nous l'avons dit plus haut, l’Eglise était le défenseur le plus convaincu de l’idée impériale et de la centralisation du pouvoir. Sur ce plan, les évêques prenaient toujours le parti du roi contre les grands seigneurs qui cherchaient à s'imposer par la force. C'est eux qui, par les cérémonies du sacre et du couronnement, conféraient à la personne royale une haute dignité, un caractère presque sacré. Enfin, et c'est là le point essentiel, au moyen de l'instruction qu'elle était seule à même de dispenser, l'Eglise arracha les Francs à leur civilisation primitive et les dota d'aspirations plus élevées.

Les premiers Carolingiens et Charlemagne en première ligne avaient fait de l’Eglise franque une Eglise d'Etat. Charlemagne considérait les terres de l'Eglise comme des biens de la couronne et les évêques, en quelque sorte, comme des fonctionnaires de l'Etat. En temps de guerre, évêques et abbés devaient marcher à la tête de leurs hommes pour le service de leur maître. Ces coutumes subsistèrent après la mort de Charlemagne et les conséquences malheureuses de ce système, qui fut d'ailleurs souvent blâmé par l'Eglise, apparurent nettement au cours du IXe siècle. Le clergé s'adonnait trop à une activité profane, il en oubliait sa véritable tâche et perdit son caractère spirituel. Le grand abbé Adelhardt se plaignait que plusieurs des princes de l’Eglise, et ceux-là même qui avaient solennellement renoncé au monde, fussent contraints à le servir malgré tout parce qu'ils en possédaient les biens en trop grande abondance. Avec leur diocèse, les évêques recevaient, en général, l'immunité de laquelle dépendait l'exonération des impôts et certains privilèges judiciaires, souvent même le droit de haute juridiction, mais ceci impliquait aussi des obligations militaires et d'autres encore. En cas de guerre, évêques et abbés prenaient rang parmi les combattants, souvent à leur tête, et il n'était pas rare que de hauts prélats fussent trouvés parmi les morts sur le champ de bataille. Dès lors, il ne faut pas s'étonner que les membres du clergé se soient conduits en temps de paix comme des guerriers, allant à la chasse avec chiens et faucons et témoignant souvent d'un plus grand intérêt pour les chevaux et les armes que pour les affaires de l’Eglise.

L'institution de l’Eglise privée montre à quel point les prêtres étaient regardés comme serviteurs du pouvoir civil. Plus d'un seigneur éleva dans son domaine une chapelle ou une église qu'il considérait comme sa propriété, tandis qu'il voyait un serviteur dans l'ecclésiastique qu'il y installait. Le fait était sans conséquence pour l'Eglise tant que le seigneur restait conscient de la dignité de la prêtrise et traitait le prêtre avec respect. Mais, trop souvent, ce dernier était contraint à des besognes indignes et traité en laquais, surtout quand il était d'origine servile. Enfin, le seigneur considérait, presque toujours, l’Eglise comme une source de gain et gardait par devers lui le montant des dîmes. Cependant, la coutume de l’Eglise privée eut certainement aussi son bon côté, elle fut souvent à l'origine d'églises paroissiales. Mais dans de nombreux cas, le prêtre privé était complètement livré aux caprices de son seigneur.

De même que le seigneur voyait dans le prêtre une sorte de domestique et disposait des revenus de celui-ci selon son bon plaisir, les Carolingiens virent trop souvent dans les évêques des vassaux de la couronne et des serviteurs de l'Etat. L'Eglise courut le danger d'être emprisonnée dans le système féodal. Les évêchés et les abbayes prirent figure de fiefs royaux, les dignitaires de l'Eglise se muaient en fonctionnaires de l'empire. Tandis que, conformément au droit ecclésiastique, les évêques devaient être élus par le clergé et le peuple, les abbés, par les moines de leur ordre, les rois prétendaient au droit de disposer des évêchés et des abbayes. Leurs élus leur prêtaient alors le serment de fidélité et les rois en usaient avec les évêchés et les abbayes comme avec des fiefs laïques, qu'ils octroyaient, sans aucun égard pour les droits des électeurs, à celui qui leur plaisait. Il s'ensuivit, bien entendu, que ce ne furent pas toujours les plus dignes qui furent pourvus, mais très souvent des favoris et des parents; il arriva même que les charges ecclésiastiques furent confiées à des laïques.

Au début du Xe siècle, il existait, dans le Midi de la France et en Italie surtout, bien des couvents qui n'étaient guère autre chose que des hospices laïques. Des abbés laïques mariés cherchaient à faire du couvent une institution de famille dont leurs enfants pussent hériter, comme d'un fief quelconque. Le danger qui menaçait l’Eglise n'était pas de petite importance. Elle courait le risque d'être peu à peu absorbée par l'Etat, et de se laïciser; elle était menacée de voir la ruine de sa mission, d'être vidée de sa substance. Mais, dans un temps relativement court, ce péril fut écarté, comme le montrera la suite de l'histoire. C'est étonnant, et pourtant compréhensible, car, au fond, l'Etat qui dominait l'Eglise et menaçait de l’absorber était chrétien. Les rois qui abusaient des biens ecclésiastiques étaient, sans exception, des croyants, quelques-uns même des hommes pieux, et de ce fait n'étaient pas inaccessibles aux avis de ceux qui demandaient une réforme. L'autorité des papes restait intacte, malgré l'indignité de quelques-uns, et n'était, en théorie, attaquée par personne.

 
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
Copyright © Yannick RUB