ATRIUM - Histoire du Moyen Âge

Le moyen age est la période comprise entre l'Antiquité et l'Age classique, c'est-à-dire allant de la chute de l'Empire romain (en 476) à la chute de l'Empire Byzantin (en 1453). C'est l'humaniste Giovanni Andrea qui utilisa pour la première fois le terme de "Moyen age" en 1469. Mais ce n'est qu'au cours du XVIIe siècle que le mot devint d'usage courant. Il était alors utilisé dans un sens dépréciatif et désignait le millénaire séparant la disparition de la culture antique et la Renaissance.

 

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Les Normands et les Anglo-Saxons
 
 

Il est généralement admis que les Normands n’ont pas peu contribué à la ruine de l’Empire carolingien. Leurs voyages et leurs expéditions de pillage durèrent des siècles et ne sont au fond rien d’autre qu’une tardive manifestation des grandes migrations. Les «hommes du nord» (Nordmannen) sont le rameau septentrional de la race germanique et leur civilisation ne se distingue guère, en somme, de celle des Germains du sud, ainsi que le révèle l’examen de leurs sépultures; c’est d’eux qu’ils apprirent à utiliser les caractères runiques que l’on peut voir sur un grand nombre de monuments de pierre et qui furent même plus en usage en Scandinavie que chez les autres peuples germains, quoiqu’il ne puisse être encore question, dans ces temps reculés, d’une véritable littérature. Mais ce qui distingue les Normands des autres Germains, c’est l’attrait que la mer exerçait sur eux et leurs excursions aventureuses. L’eau était leur élément. Dans leurs barques à rames, de petite dimension, ils se lançaient sur l’océan et remontaient les fleuves. Ce qu’ils recherchaient avant tout, ce n’était pas les conquêtes, mais le butin. Puis, avec le temps, ils prirent l’habitude d’établir des camps fortifiés pour hiverner et, finalement, ils se construisirent de véritables résidences en pays étranger. Mais il ne faut pas voir, dans les incursions normandes, seulement le pillage et les actes de violence. Sans doute imposèrent-elles de terribles souffrances aux peuples d’Occident, mais les Normands ne furent pas uniquement des destructeurs. L’expansion de ce jeune peuple plein de vigueur apporta à l’édification de l’Europe à venir des éléments très positifs. Les Germains du nord ne se distinguaient pas seulement par une énergie exceptionnelle, mais encore par une aptitude peu commune à organiser et édifier un Etat. Leur esprit pratique et ouvert intervint de façon heureuse dans le développement de la civilisation et de la politique. Le duché de Normandie, le jeune royaume d’Angleterre, les Etats de l’Italie méridionale et de la Russie sont des institutions normandes. La politique primitive du pillage fut abandonnée enfin; les Normands devinrent sédentaires; ils adoptèrent le christianisme et accomplirent, dans le domaine de la civilisation, une oeuvre d’une haute importance.

Dès les temps du plus lointain moyen âge, les Normands étaient divisés en trois groupes: Norvégiens, Suédois et Danois. Partant des fjords de la côte occidentale de la Scandinavie, les Norvégiens se révélèrent des marins particulièrement hardis et, du milieu du IXe siècle jusqu’à la fin du Xe siècle, ils firent de puissantes conquêtes. Ils occupèrent l’Irlande et une partie de la côte occidentale de l’Angleterre et firent de la mer d’Irlande une mer norvégienne. Plus tard, ils s’emparèrent des Hébrides, des Orcades et des îles Shetland. De l’Islande, où ils fondèrent Rekjavik en 870, ils atteignirent la côte orientale du Groenland et, de là, le Labrador, Terre-Neuve et d’autres points de l’Amérique du Nord. Au début de l’an 1000, ils entretenaient des relations avec ces rivages lointains. Mais, à la longue, ils ne purent les maintenir et leurs grandes découvertes tombèrent plus tard dans l’oubli.

Les Suédois, dont le centre était à Upsala, étaient, de par leur position géographique, orientés vers la Baltique. Ils entretenaient un commerce actif, mais pas toujours pacifique, avec les populations de Riga et du golfe de Finlande. De là, ils découvrirent le chemin du Dniéper. Ce qu’ils obtinrent alors ce fut du butin, un commerce rémunérateur, enfin de la puissance et des terres. Ils entreprirent une véritable colonisation. Le long des routes qu’empruntait leur trafic, ils établissaient des entrepôts fortifiés qui, avec le temps, devinrent des villes. Novgorod et Kiev sont les plus fameuses d’entre elles. Nous reparlerons, à propos de l’histoire de la Russie, du développement politique très important qui trouva là son origine.

Les Danois, sortis du centre de la Suède, s’étaient emparés de la presqu’île du Jutland et des îles voisines, y compris Bornholm. De là, ils poussèrent jusqu’au pays des Abodrites et à la Frise. Au IXe siècle, ils fondèrent, dans les Pays-Bas, une principauté autonome. Dans les dernières années du règne de Louis le Pieux, ils pillèrent à plusieurs reprises les contrées qui se trouvaient aux embouchures du Rhin et de l’Escaut. Bientôt, ils trouvèrent moyen de remonter la Seine; en 841, ils réduisirent Rouen en ruines; un peu plus tard et plus d’une fois, Paris fut leur victime. Au-delà de la Loire et de la Garonne, ils pénétrèrent profondément dans le centre de la France. A Nantes, en 843, ils assassinèrent l’évêque et le clergé. A Tours, Blois, Orléans, Beauvais, comme dans un grand nombre d’autres villes, ils se conduisirent de la même façon. Vers le milieu du siècle, les Normands cherchèrent en France des places fortes où hiverner; ils se fixèrent enfin pour longtemps dans les contrées qu’arrosent la Seine et la Loire. Leurs incursions prirent fln, comme nous l’avons dit plus haut, lorsqu’en 911, le faible Carolingien, Charles le Simple, céda en due forme au prince normand Rollon un territoire qui devait prendre plus tard le nom de Normandie.

L’autre principale cible des Danois était l’Angleterre, dont ils déterminèrent les destinées durant deux siècles environ.

Au VIIIe et au IXe siècles, l’Angleterre était encore morcelée en plusieurs royaumes, l’hégémonie appartenant tantôt à l’un tantôt à l’autre. Au temps de Charlemagne, elle était le partage de l’intelligent Offa, roi de Mercie; plus tard, le Wessex supplanta la Mercie et, autour de lui, se groupa une fédération d’Etats qui fut durable. Le roi Egbert (802-839) ne régna pas sur le Wessex seulement, mais sur toute l’Angleterre jusqu’aux frontières de l’Ecosse. Puis, les Danois envahirent la Grande-Bretagne et leur furieux essaim se répandit en tous sens. En 851, ils remontèrent la Tamise avec trois cent cinquante bateaux et réduisirent en cendres Cantorbury et Londres. Pendant un certain temps, l’Angleterre fut, plus que toute autre contrée, le siège des incursions pillardes des Danois. Ils commencèrent à hiverner et firent mine de s’installer de façon durable. L’Etat et la civilisation des Anglo-Saxons se trouvèrent dangereusement menacés. Comme dans l’Empire franc, le peu de souplesse d’une armée trop lourdement équipée rendait la défense très difficile. Ce fut le roi Alfred (871-899) qui conjura le danger, arracha l’Angleterre à sa misère et l’éleva à un niveau qu’elle n’avait pas encore atteint.

L’histoire de ce roi met en évidence ce dont est capable une personnalité intelligente et énergique et le rôle qu’elle peut tenir dans l’enchaînement des faits. Le début de son règne fut des plus lamentables. En 878, il dut fuir devant les Danois jusqu’à l’extrémité sud-ouest du pays et se retrancher dans les forêts et les marais du Somerset, en compagnie d’une toute petite troupe de fidèles, tandis que beaucoup de ses sujets fuyaient sur le continent pour éviter d’être réduits en captivité par les Danois. On put croire que la dernière heure du royaume saxon avait sonné. Mais Alfred ne perdit pas courage et, soutenu par une petite armée, parvint, au bout de quelque temps, à vaincre l’adversaire. Le roi danois Guthrum se fit baptiser et conclut avec Alfred un partage des terres d’après lequel la route conduisant de Londres à Chester marquait une frontière au nord de laquelle les lois danoises étaient appliquées, tandis que les lois saxonnes restaient en honneur au sud.

Pendant ce temps, Alfred s’armait en vue de nouvelles agressions. Sa grande innovation consista dans la construction d’une flotte dont les bateaux étaient deux fois plus longs et beaucoup plus rapides que ceux des Danois. Ce fut la première apparition d’une flotte anglaise. Le résultat ne se fit pas attendre. Avec le temps, les Danois essuyèrent tant de revers que, dès le milieu du IXe siècle, on ne les vit plus reparaître et l’Angleterre connut le repos.

Alfred remédia au désordre des lois en codifiant le droit anglo-saxon. Il réunit non seulement les lois du Wessex, mais encore, pour autant qu’il le trouva utile et en toute liberté de choix, celles d’autres royaumes, auxquelles il en ajouta de nouvelles. De la sorte, il rapprocha encore les diverses parties du pays et leur permit de faire un nouveau pas sur le chemin qui devait les conduire à l’unité. En tête du code, Alfred fit inscrire les dix commandements et des préceptes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Par cette mesure, ainsi qu’il l’avait espéré, il s’attira la considération de l’Eglise et s’assura son concours pour le maintien de l’ordre et le respect des lois. Ainsi, son Etat se trouva fondé, comme il en est peu, sur une base chrétienne.

Chez Alfred, le zèle religieux marche de pair avec un intérêt actif pour la civilisation. Ils se marquent l’un et l’autre dans ses efforts pour répandre l’instruction, efforts qui sont son plus grand titre de gloire. Les temps où des hommes venaient du continent fréquenter les écoles anglo-saxonnes n’était plus. Alfred affirme que les prêtres saxons comprenaient à peine le latin de leur livre de messe et qu’aucun d’entre eux ne pouvait traduire une lettre latine en langue vulgaire. Afin de mieux lutter contre semblable ignorance, il apprit le latin dans l’âge adulte et, avec le temps, en poussa l’étude si loin qu’il osait transposer en langue saxonne des oeuvres classiques, afin de rendre accessible à son peuple et surtout au clergé les trésors de la pensée. Le choix qu’il faisait de ces oeuvres est révélateur de sa mentalité. Il le fit en première ligne en faveur d’un enseignement moral et religieux et pour poser les bases philosophiques et théologiques d’une culture chrétienne. Il traduisit l’histoire générale d’Orosius, l’histoire de l’Eglise anglaise de Bede, l’ouvrage de Grégoire le Grand qui traite des peines de l’âme, les «Consolations de la philosophie» de Béothius, une partie des psaumes et, probablement, les monologues de Saint­Augustin. Sans doute, ses traductions sont très imparfaites; souvent il ne fait que rapporter le sens de l’oeuvre et y ajoute beaucoup de considérations personnelles, de descriptions géographiques et de rapports maritimes. «La véritable grandeur prend racine dans l’esprit, non dans la chair. » Telle est, parmi d’autres, une réflexion personnelle du roi.

L’entrain qu’Alfred mit à instruire et à éduquer ses sujets fut très profitable aux écoles. Celle de son palais, qu’il avait instituée avant tout pour son fils, mais qu’il ouvrit aussi aux enfants des nobles et même à des garçons de plus humble origine, fut le point de départ d’un renouveau dans l’enseignement du peuple. Alfred exigeait des laïques qu’ils s’instruisissent jusqu’à ce qu’ils pussent lire parfaitement l’écriture anglaise; mais ceux qui se destinaient à l’état ecclésiastique devaient aussi apprendre le latin.

Le roi Alfred peut donc s’attribuer la gloire d’avoir non seulement assuré à son peuple la liberté et la paix, mais aussi de lui avoir donné une organisation nationale et des lois et d’avoir renouvelé en sa faveur les bases de l’instruction. Le fait qu’il fonda l’enseignement non sur le latin, mais sur la langue saxonne, est d’une grande importance. Par ses traductions et celles que d’autres firent à son exemple, il a pourvu son peuple d’une littérature anglo-saxonne, qui facilita plus tard le développement de la prose anglaise. La langue populaire conserva en Angleterre une importance beaucoup plus grande que ce ne fut le cas sur le continent. Le savoir fut, de ce fait, plus proche du peuple, plus national qu’ailleurs. Mais, d’un autre côté, une fissure se préparait, sans doute, qui devait isoler l’Angleterre de toute la chrétienté d’Occident.

Les premiers successeurs d’Alfred surent non seulement conserver ce qui était acquis, mais ils l’augmentèrent encore en anéantissant les Ecossais et les Danois qui s’étaient maintenus en Angleterre et en Irlande. Le roi Edouard, fils d’Alfred, prit le titre de roi d’Angleterre. Edgar (957-975), à qui les rois celtes du Pays de Galles et de l’Ecosse prêtèrent serment de fidélité, se fit même couronner empereur­auguste d’Angleterre. Il éleva le moine Dunstan à la dignité d’archevêque de Cantorbury et lui assura une grande influence dans l’Etat et dans l’Eglise. Dunstan s’efforça de réconcilier les Anglo-Saxons avec les Danois et d’établir un lien fédératif entre leurs diverses tribus. C’est lui surtout qui, avec l’appui du roi, implanta en Angleterre la réforme bénédictine, venue de France, et arracha ainsi les couvents, comme le clergé séculier, à leur terrible indolence. Le rattachement spirituel de l’Angleterre au continent fut rétabli de ce fait et l’avenir devait le fortifier encore.

Le Xe siècle vit l’apogée de la vieille civilisation anglo-saxonne. Une noblesse terrienne et une armée de métier étaient parfaitement constituées. La vie économique avait atteint un degré remarquable. Tandis que les paysans devenus sédentaires se vouaient à l’exploitation du sol et à l’élevage, l’artisanat s’installait dans les villes, donnant essor à un commerce actif que les rois encourageaient avec ardeur. Dans les assemblées de village et les assemblées des comtés, se développait une activité publique limitée et, avec elle, une certaine conscience démocratique de la solidarité.

La royauté ne fut jamais tyrannique. Seul, le sheriff, administrateur des domaines royaux, était directement soumis au roi, un fonctionnaire dans sa dépendance immédiate. Pour le reste, le roi dépendait de l’assemblée royale, constituée selon une règle établie, le «Witenagemot ». C’était l’assemblée des seigneurs ecclésiastiques et laïques. Elle choisissait le roi, éventuellement le déposait, sanctionnait les impôts, rendait la justice et intervenait même par ses conseils et ses décisions dans la vie de l’Eglise. Elle nommait les évêques et les abbés, discutait de la politique étrangère, de l’armée et de la flotte. Cette assemblée fut l’une des racines du parlement anglais. Mais à la fin du Xe siècle se produisit une décadence politique, l’oeuvre d’Alfred et de Dunstan tomba en ruines. Sous le règne du faible et cruel Ethelred Il (978-1016), l’Angleterre connut une nouvelle invasion danoise. Tout d’abord, le roi acheta la paix en acceptant de payer un tribut annuel. Ensuite, dans l’espoir de se libérer, il donna l’ordre d’assassiner tous les Danois qui étaient en Angleterre (1002); il en tomba des milliers; mais une guerre de revanche s’ensuivit. Le roi danois, Sven, furieux, se jeta sur l’Angleterre. Cantorbury fut saccagée et l’archevêque tué. Ethelred dut fuir en Normandie. Le fils de Sven, Canute le Grand, se fit reconnaître pour roi par les seigneurs anglo-saxons. Dès lors, l’Angleterre ne fut plus qu’un morceau du grand empire danois qui s’étendait de la Baltique au Groenland, par­dessus les diverses îles britanniques, car, en 1028, Canute s’empara aussi de la Norvège et de toutes ses dépendances. Entre temps, il était devenu chrétien, ce qui provoqua chez lui une transformation intérieure. Il gouverna son empire avec sagesse et équité, interdit le paganisme, abolit l’esclavage, fonda des églises et des couvents. Mais après sa mort (1035), son empire s’effondra et l’Église y fut troublée par le désordre et la confusion.

En Angleterre, sous Edouard le Confesseur (1042-1065), les Anglo-Saxons rentrèrent dans leurs droits. Pendant son règne et grâce à lui, l’abbaye de Westminster fut construite. Toutefois, il manquait complètement de personnalité et avait noué avec les Normands de France des relations tellement étroites qu’il lui devint impossible d’échapper à leur emprise. Après sa mort, le duc Guillaume de Normandie prétendit avoir des droits au trône d’Angleterre. Il sut gagner le pape à son point de vue et donner à sa conquête l’apparence d’une croisade. En septembre 1066, il s’embarqua sur la Manche avec une flotte puissante et débarqua près de Hastings. Une bataille s’engagea dans le voisinage qui décida du sort de l’Angleterre. On raconte que le chevalier-trouvère, Taillefer, chanta la chanson de Roland devant l’armée prête au combat, afin de réveiller son ardeur. Les Normands eurent la victoire. Harold tomba sur le champ de bataille; il est reconnu comme le dernier des rois anglo-saxons. Avec Guillaume Ier, le Conquérant, commence une ère nouvelle de l’histoire d’Angleterre. Les Normands, tant ceux venus de France que les Danois, ont exercé une influence considérable sur l’évolution si diversement orientée des Anglo-Saxons. Par la dernière grande invasion, un sang nouveau fut infusé aux peuples de l’île; l’Etat fut fondé sur une base nouvelle, l’Eglise rénovée. Les rapports qui unissaient la dynastie avec la Normandie renforcèrent le lien qui rattachait la culture anglaise à celle des peuples chrétiens de l’Occident.

 
 
 

Bibliographie

E-Th. Rimli, coll. Histoire universelle illustrée Editions Stauffacher S.A

 
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